Accueil ACTU Politique Un militaire, c’est comme un ministre pour Juppé. Et un ancien repris de justice?

Un militaire, c’est comme un ministre pour Juppé. Et un ancien repris de justice?

La liberté d’expression – curieux pour un supposé Gaulliste, mais, finalement, Juppé est-il gaulliste ? – pour le candidat aux primaires du centre-droit ne s’applique pas aux militaires. Une posture qui éclaire sur les idées d’un homme politique aussi coutumier des bancs des assemblées que des prétoires…

Revenons sur les faits : devant les étudiants de Science Po. Bordeaux, le 25 avril 2016, Alain Juppé, candidat à la primaire de la droite et du centre en vue des présidentielles de 2017, a tenu à évoquer le sort du général Bertrand Soubelet, qui vient d’être relevé de ses fonction de commandant de la Gendarmerie d’outre-Mer (CGOM), pour crime d’entre les crimes : avoir écrit un livre !

Mais pour l’ancien Premier ministre de Chirac, le général Soubelet est allé trop loin. « Un militaire, c’est comme un ministre : ça ferme sa gueule ou ça s’en va ». Car, « Si on laisse à chaque militaire la possibilité de critiquer les gouvernements, il n’y a plus de gouvernement ».

Ah, bon ! Et il nous sort ça d’où le Juppé ?

Pour mémoire, rappelons qui est le général Soubelet.

L’officier commença à faire parler de lui lors d’une audition devant une commission parlementaire en décembre 2013. Ses propos, iconoclastes, lui valurent d’être affecté au CGOM alors qu’il était le numéro trois de la Gendarmerie nationale depuis seulement quelques mois.

Un peu mis au placard, le général Soubelet a donc récidivé dans la malveillance médiatique et l’arepentance et, horreur, poussé le vice jusqu’à écrire un livre ! Si, si : Tout ce qu’il ne faut pas dire, dont il affirme (parce qu’en plus il est sournois le bougre, n’en doutons guère) qu’il « ne met en cause ni le gouvernement ni (ses) supérieurs ».

Back to basics, comme disent les Anglo-Saxons : les militaires peuvent-ils écrire des livres ?

De mémoire et n’en déplaise au grand inquisiteur du Bordelais : oui ! Citons en quelques-uns :

Un dénommé Caius Julius Caesar, auteur de, que Juppé me pardonne, de quelques ouvrages qui, eux, ont fait date :

Le plus célèbre d’entre tous, son De Bello Gallico, Commentaires sur la Guerre des Gaules, relatant ses campagne en Gaule.

De Bello Ciuile, Commentaires sur la Guerre civile, relatant sa lutte avec Pompée.

De Bello Alexandrino, Sur la guerre d’Alexandrie.

De Bello Africo, Sur la guerre d’Afrique.

De Bello Hispaniensis, Sur la guerre d’Hispanie, relatant la campagne de César dans la péninsule Ibérique.

Les trois derniers n’ont peut être pas été écrit par le Divin César, mais par un de ses lieutenants. Je viens de les relire récemment. Captivants.

En revanche, j’aurais du mal à vous donner mon avis sur les pensum que nous pond A. Juppé parce que, désolé, je n’en ai lu aucun. Et, sauf attaché sur une chaise et un pistolet sur la tempe, il n’est pas dans mes intentions de gaspiller le temps qui est le mien à me livrer à cet exercice.

Oui, je sais, ça n’est pas bien ! Mais je suis sur la bonne voie, pardi, si je commence à ne plus lire, j’éviterai probablement de me pencher sur Tout ce qu’il ne faut pas dire, ou tout autres ouvrage mis à l’index par la bien-pensance burdigalaise.

Quant à lire des trucs écrit par de gens ayant eu maille à partir avec la justice, je (re)lirai plutôt L’instinct de mort de Jacques Mesrine. Juppé ? Bof…

Quant aux plumes kakies, outre l’irrévérencieux de Gaulle, citons le facétieux Carl Philipp Gottlieb von Clausewitz. Assez prolixe, vu qu’il a, notamment, couché :

De la guerre, ISBN 2-7436-1516-8 ;

Théorie du Combat. Enseignement militaire au prince de Prusse, ISBN 979-10-91815-02-4 ;

De la révolution à la restauration. Écrits & lettres ;

Principes fondamentaux de stratégie militaire ;

– Sur la guerre et la conduite de la guerre : Éclairage stratégique de plusieurs campagnes (tomes IX et X) : Gustave Adolphe, Luxembourg, Frédéric Le Grand ;

Là, je vous rassure, je n’ai lu que le premier.

Évidemment, parmi les militaires ayant commis quelques ouvrages, comme ne pas citer un certain Charles de Gaulle. Le futur chef de la France Libre qui, comme le général Soubelet, provoqua la controverse, avec la publication, en 1934, de son Vers l’armée de métier.

Ce qui m’horripile le plus dans l’attitude de Juppé, c’est qu’il ne discute même pas de ce que nous dit Soubelet, mais lui dit, in fine, de la boucler. Un vrai acte de démocratie.

Finalement Juppé, ce faisant ne se se met-il pas au même niveau que les vielles badernes à qui L’Armée de métier donna plus que des boutons.

Citons en quelques-uns :

– Daladier,

– Weygand,

– Gamelin,

et, le plus guignolesque de tous : un certain Pétain.

Asinus, asinum fricat, peut-être ?

Infime bonté de sa part : Juppé nous affirme, toutefois, que « tous les militaires ont le droit de penser ». Mais, parce qu’il y a un mais, « il y a quand même des limites à ne pas dépasser ».

Lesquelles, au fait ? Juppé, n’est-il pas celui qui, en janvier 2011, donna mandat aux stagiaires de l’École de guerre de « construire des hypothèses crédibles et concrètes, d’élaborer les réponses doctrinales et capacitaires qui fonderont les choix de défense essentiels que les militaire ont le devoir de proposer aux plus hautes autorités politiques de notre pays ».

Les militaires, comme de Gaulle, n’ont ils pas vocation à s’exprimer ? Allez savoir ?

« Soutenir la Nation, c’est soutenir l’expression de ses différents corps. Si l’un vient à manquer, c’est tout l’édifice qui devient bancal. A ce titre, le corps social militaire, ses élites en particulier, ont le devoir – et doivent avoir le droit – de faire valoir leurs points de vue, car ils appartiennent à la Nation au moins autant qu’à l’État », estimait, en 2011, le général (2S) Vincent Desportes.

Ça n’est visiblement pas, dont acte, l’avis de Juppé. Sachons nous en souvenir en 2017…

Terminions par une ultime question :

Puisque, semble-t-il, certains ont vocation à la boucler : un quidam qui a été condamné par la justice de son pays, ça ne pourrait pas, aussi, fermer sa gueule ?

PS : relisez donc Le Grand Cirque de Pierre Clostermann, un patriote, lui.

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