Accueil FOCUS Analyses Dans le cadre des élections c’est – presque – toujours l’opposition qui gagne

Dans le cadre des élections c’est – presque – toujours l’opposition qui gagne

Mis à part dans des configurations bien particulières comme une dissolution de l’assemblée nationale (1997 par exemple), les échéances électorales adviennent régulièrement et sont donc prévues à l’avance. C’est ainsi que les élections municipales ont lieu tous les six ans, 2014 pour les prochaines à venir. En ce qui concerne ces élections particulières, on peut constater des raz de marais, nous indiquant que les résultats des élections locales sont dans les faits, corrélés à une configuration nationale. Ainsi, l’écrasante victoire de la droite en 1983, s’explique par la volonté du corps électoral, de sanctionner le gouvernement de gauche en place à l’époque depuis 1981. On ne nous fera pas croire que les maires de gauche furent autant à être mauvais de 1977 à 1983, ce d’autant plus que lors de l’échéance suivante (1989) le résultat s’inverse.

Si nous limitons notre analyse aux élections présidentielles de la cinquième république, la première eut lieu en 1965, gagnée par le général de Gaulle. C’est donc à partir de là, que notre analyse peut commencer. En 1969, c’est Georges Pompidou qui remporte le trophée et on pourrait donc y voir, un contre exemple à l’hypothèse initiale posée. Dans les faits, c’est le climat bien particulier de l’époque qui explique ce résultat. N’oublions pas l’exceptionnel raz de marais gaulliste de 1968, bien peu représentatif de la couleur politique du corps électoral de l’époque. La peur, bien réelle, du communisme, suite aux événements de 68, explique la victoire gaulliste. Il en va de même pour les élections présidentielles de 1969, même si d’autres raisons sont à prendre en considération (1). Autre angle, la postmodernité, n’est pas encore à cette époque: c’est la postmodernité qui explique en partie, l’origine de cet article.

En ce qui concerne 1974, l’erreur serait de considérer, au motif que Valery est estampillé de droite, qu’il s’agit de continuité politique. Dans les faits, l’auvergnat (2), se posa comme alternative au gaullisme. S’il insista sur la nécessité de combattre le candidat de l’union de la gauche, avec tout ce que le communisme avait d’inquiétant à l’époque, c’était aussi avec l’idée de la mise en place d’un nouveau type de société. Il ne faut pas oublier que la plus grande valse des préfets, eut lieu en 1974 et pas en 1981 comme on pourrait le croire de prime abord. Ce n’est d’ailleurs pas non plus le fait du hasard s’il n’y eut que si peu de gaullistes dans le premier gouvernement aux ordre de Giscard (3). Idem pour la politique étrangère où se trouve prôné l’engagement occidental par opposition au splendide isolement gaulliste. N’omettons pas non plus que Giscard fut le responsable de la défaite gaulliste lors du referendum de 1969, générant le départ du général de Gaulle. Giscard en 1974, fut donc bien un candidat d’opposition.

Est-il nécessaire de rappeler que 1981 fut une victoire de l’opposition, tant c’est flagrant ? François Mitterrand se posa alors comme opposant vigoureux au pouvoir en place. Et s’il fut élu, c’est en grande partie grâce à l’appui dans les urnes de nombreux gaullistes, soucieux de faire payer à Giscard, aussi bien les multiples vexations subies que la politique menée pendant 7 ans. Si ces gaullistes n’étaient nullement mitterrandistes, ils votèrent pour la candidat de la gauche, parce qu’eux aussi, étaient d’opposition à Giscard. La victoire de François Mitterrand en 1981 ne fut donc pas celle de la gauche.

Considérant 1988, la configuration de l’époque est bien particulière. C’est la première élection présidentielle de la cinquième république faisant suite à une période cohabitation. L’erreur serait, au motif que François Mitterrand en 1988 se succède à lui même après la victoire de 1981, de croire qu’il y a continuité. En effet, le pouvoir de 1986 à 1988, est de droite, et par voie de conséquence, la victoire de François Mitterrand en 1988 est, encore une fois, une victoire de l’opposition.

En 1995, on pourrait croire, au motif qu ‘Edouard Balladur et Jacques Chirac sont issus du même terroir (4), que la victoire du second marque une continuité. Or, la continuité, se serait traduite, si elle avait existé, par une victoire d’Edouard Balladur. A l’époque, durant la campagne électorale, Jacques Chirac tint à faire entendre aux Français, une musique bien spécifique, montrant qu’en cas de victoire, une politique alternative à celle d’Edouard Balladur serait menée: encore une fois, c’est en se présentant comme d’opposition au pouvoir en place, que Jacques Chirac est élu.

Concernant 2002, là encore, c’est encore un cas bien particulier puisque Jean Marie le Pen se trouve présent. La continuité eut imposé de voter Lionel Jospin, aux commandes depuis 1997. Non seulement le premier ministre ne fut pas même présent au second tour, mais on sait la raclée qu’il prit, lors du premier tour. Même s’il y a d’autres raisons expliquant son score anormalement bas (5), le corps électoral décida de porter au pouvoir l’opposition (6).

Tout comme pour l’élection 1995, il serait erroné de considérer que l’élection de 2008 marque une continuité, au motif que Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy sont issus du même terroir (7). Même s’il fut plusieurs fois ministre de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy tint à placer sa candidature dans le cadre de l’opposition au gouvernement précédent, ce au point de fustiger son immobilisme. C’est en tant que candidat de rupture, donc d’opposition, que Nicolas Sarkozy se fait élire.

La dernière élection présidentielle fut celle de 2012. Cette fois ci, la candidature de François Hollande s’inscrivait bel et bien, c’est à dire de façon classique dans le cadre classique de l’opposition. L’erreur serait cette fois ci que c’est la gauche qui a gagné: c’est parce qu’il était d’opposition et pas du tout de gauche que François Hollande a été élu.

Il est donc plus probable, à l’aune de ce qui fut écrit ci-dessus, que la gauche a donc, ne serait-ce que par tradition, déjà perdu les élections présidentielles de 2017.

Notes:

(1) A titre d’exemple, le parti communiste, non sans raisons, refuse de faire perdre Georges Pompidou alors qu’il en a les moyens.

(2) A l’évidence, ce n’est certainement pas à Giscard que l’on peut penser lorsqu’on lit ou écoute, les paroles de « l’auvergnat » de Georges Brassens – Lien.

(3) Gouvernement Jacques Chirac: Lien.

(4) Le Rpr en l’occurrence.

(5) A l’époque de « la société du spectacle », un candidat ne doit pas être un « triste ». C’est d’ailleurs parce qu’il en est aussi un, que François Hollande passe durant la campagne de 2012, de 60% d’intentions de vote au début de la campagne, pour finir à 51% lors des résultats. La chute fut constante durant toute cette période.

(6) Le lecteur pensera peut être, et nous sommes bien d’accord, qu’il ne s’agit pas d’opposition parce qu’il s’agit toujours du Système. Il ne faut pour autant pas oublier que le corps électoral considère que droite et gauche, c’est viscéralement différent. D’où la nécessité de dénoncer qu’il s’agit toujours, droite ou gauche, du Système : le système Umps.

(7) A nouveau le Rpr.

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