Accueil DÉBATS Tribune Attentats en France : «Il n’y a aucune raison pour que cela s’arrête bientôt»

Attentats en France : «Il n’y a aucune raison pour que cela s’arrête bientôt»

Après Nice, à nouveau l’horreur : le père Jacques Hamel, 86 ans, a été égorgé dans son église par deux terroristes affiliés à Daech.

Auteur du « Jihad au quotidien », paru en 2004 aux Presses universitaires de France (PUF), Bernard Rougier, politologue et spécialiste du monde arabe, explique pourquoi l’Eglise est une cible de Daech.

Pouvait-on s’attendre à ce que la communauté chrétienne soit ainsi frappée ?

BERNARD ROUGIER. Oui, ce n’est pas du tout étonnant. Un prêtre est une cible légitime dans la littérature djihadiste, surtout celle du goupe Etat islamique (EI). Il symbolise une religion qui ne représente pas la « vraie » foi, celle prônée par le wahhabisme primitif. Un courant de pensée radical qui rejette le christianisme mais aussi une partie de l’islam. L’autre est considéré comme un non-croyant et, dans certaines circonstances, on peut le tuer.

La France n’est pas le seul pays de la coalition anti-EI ni le plus influent. Pourquoi est-elle si régulièrement frappée ?

Il faut arrêter avec les explications psychologiques sur la fragilité des individus, leur dépression, leur procédure de divorce. Nous sommes face à un phénomène collectif et non pas individuel. Oui, une frange significative de notre population est travaillée par cette forme de djihadisme encouragée par l’EI. Il faut maintenant en prendre vraiment la mesure. Et demander aux milieux issus de l’immigration maghrébine en France de lutter contre ces courants et contre les zones grises salafistes qui peuvent faciliter la diffusion de cette idéologie.

Comment peut-on analyser le mode opératoire de Daech ?

C’est une forme de démocratisation de la violence. Là où Al-Qaïda filtrait ses recrues, éprouvait leurs convictions, entraînait ses combattants sur le terrain, l’EI leur demande d’agir par tous les moyens possibles où qu’ils se trouvent. Les appels des responsables djihadistes sont très clairs : « Pas la peine de venir chez nous (NDLR : en Syrie ou en Irak), vous pouvez faire le travail chez vous. » Choquer, sidérer ses adversaires en utilisant l’horreur est une technique éprouvée au Moyen-Orient depuis longtemps, elle commence à s’implanter chez nous avec l’influence des réseaux sociaux.

Les réponses de la classe politique vous paraissent-elles pertinentes ?

Non, absolument pas. Nos responsables n’étaient pas préparés à cette escalade, du coup ils ont du mal à l’appréhender. Dans l’idéal, il faudrait une surveillance accrue sur tous les discours de rupture, une plus forte responsabilisation des réseaux religieux et associatifs dans les milieux concernés, l’instauration de signaux d’alerte dès lors qu’on constate une rupture d’un individu avec le monde qui l’entoure, comme s’il passait d’une morale à une autre. C’est un combat qui doit être mené autant par la société que par l’Etat. Mais attention, le phénomène est profond, il n’y a aucune raison pour que cela s’arrête bientôt.

Propos recueillis par Fréderic Gerschel
Source: Le Parisien :: lien

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