Accueil SAVOIRS Culture Ernst Nolte, l'historien pour qui le nazisme était une réponse à la menace bolchévique

Ernst Nolte, l'historien pour qui le nazisme était une réponse à la menace bolchévique

Cet intellectuel allemand controversé depuis les années 1980 est décédé à Berlin.

Ernst Nolte est décédé ce mercredi 17 août à Berlin à l’âge de 93 ans. Très controversé, cet historien allemand est associé à la fameuse «Historikerstreit», une querelle qui l’a notamment opposé dans les années 1980 au sociologue et philosophe Jürgen Habermas.

Comme le rappelle le quotidien Süddeutsche Zeitung, Ernst Nolte a déclenché une vive polémique dans le monde des historiens en publiant le 6 juin 1986 dans les colonnes du quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung un texte intitulé Un passé qui ne veut pas passer, dans lequel il remettait en question le caractère unique, exceptionnel des crimes nazis, leur violence inégalée:

«Nolte avait pour thèse que le massacre racial des nazis était une réaction aux crimes des soviétiques. «L’archipel goulag n’était-il pas antérieur à Auschwitz?», demandait-il. Et il supposait qu’un lien logique et factuel pouvait exister entre le “massacre de classes” des bolchéviques et le “massacre racial” qu’ont commis ensuite les nazis.»

En affirmant donc qu’un «nœud causal» existerait entre les goulags et les camps de concentration, que le national-socialisme serait une réaction à «la menace existentielle» que représentait alors la révolution russe pour l’Allemagne, et qu’à ce titre, la violence communiste et la violence nazie seraient comparables, Ernst Nolte s’est attaqué à un des fondements de la République fédérale allemande, déclenchant les foudres d’intellectuels tels que le philosophe Jürgen Habermas et l’historien Hans-Ulrich Wehler qui voyaient en lui un révisionniste tentant de minimiser la portée des crimes nazis.

Dans une tribune publiée quelques semaines plus tard dans l’hebdomadaire Die Zeit, sous le titre éloquent Une sorte de règlement du sinistre, Jürgen Habermas rappelait que la nation allemande contemporaine n’avait pu être créée qu’après et par Auschwitz. Il concluait ainsi son texte:

«Celui qui veut nous débarrasser […] de la honte face à ce fait, celui qui veut rappeler les Allemands à une forme conventionnelle de leur identité nationale, détruit la seule base fiable qui nous lie à l’Occident.»

La controverse s’étirera jusqu’à la fin des années 1980, sans cesse alimentée dans la presse allemande par de nouvelles tribunes et prises de parole, mais sans ce que le débat soit fructueux sur un plan scientifique, précise le site de l’encyclopédie Universalis, qui consacre un long article à la querelle des historiens.

Écrire la nécrologie d’Ernst Nolte est donc un exercice difficile, estime le quotidien Die Welt, qui rappelle que «depuis des décennies, il était considéré comme politiquement correct de le qualifier de réactionnaire, d’impudent ou d’incendiaire intellectuel. […] D’une autre côté, même ses critiques les plus ardents reconnaissaient en lui un homme qui avait été intelligent et qui à un moment donné avait commencé à devenir incorrigible.»

Slate

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