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Arnaud Montebourg et les décombres de la gauche

Arnaud Montebourg a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle, sans préciser s’il participait à la Primaire. Pour Jérôme Sainte-Marie, la déclaration de Frangy symbolise l’affaissement de la figure présidentielle et l’effondrement de la gauche.

Diplômé de Sciences Po Paris et d’une licence d’histoire, Jérôme Sainte-Marie a travaillé au Service d’Information du Gouvernement et à l’institut Louis Harris. Il a ensuite dirigé ensuite BVA Opinion de 1998 à 2008 puis CSA Opinion de 2010 à 2013. Il a fondé en parallèle l’institut iSAMA en 2008.

Il aurait pu se concevoir que du fait de la crise, de la menace terroriste et de l’angoisse multiforme qui monte des profondeurs du pays, ce que les enquêtes d’opinion enregistrent à leur manière, nous ayons constaté une densification du débat public et une simplification de l’offre électorale. L’heure, en effet, n’est pas vraiment à la fantaisie et à la dispersion. Or c’est tout l’inverse qui se produit, et la déclaration dimanche 21 août par Arnaud Montebourg de sa candidature à l’élection présidentielle en constitue une nouvelle illustration.

Cette annonce nous dit beaucoup de la décomposition du système politique français, sous trois rapports: l’affaissement de sa clef de voûte, la figure du Chef sous de l’Etat ; l’effondrement d’un de ses piliers, la gauche ; le délitement de sa structure, qui était le rapport d’hostilité entre deux camps bien définis.

L’affaissement de la légitimité présidentielle

Dans la décision d’Arnaud Montebourg, le discrédit de François Hollande est évidemment primordial. Etant descendu à 12% de confiance en juillet dernier (TNS Sofres), celui-ci déstabilise par une impopularité hors norme l’ensemble du jeu politique. Sa candidature n’est pas souhaitée par une majorité des électeurs qui l’ont porté à l’Elysée en 2012, et, comme on l’a vu à Frangy, rien n’est plus simple que de se faire applaudir à gauche en attaquant le bilan du quinquennat.

Dès lors, les sondages d’intentions de vote enregistrent continûment l’élimination du Président sortant dès le premier tour, même lorsque l’offre politique testée est concentrée, sans candidature dissidente issue du Parti socialiste. Ceci vide de toute portée l’argument négatif appelant à soutenir François Hollande pour éviter un nouveau «21 avril», sauf un improbable changement de l’image du Président. C’est précisément pour provoquer un tel rebond que le Parti socialiste s’est résigné à l’organisation de primaires, en espérant une providentielle relégitimitation.

Cette entreprise apparaît bien précaire. D’une part car elle a suscité de nombreuses vocations, chaque postulant espérant profiter de l’occasion pour se constituer un capital politique utile en cas de victoire d’un candidat de gauche à la présidentielle, ou bien, dans l’hypothèse bien plus probable d’un échec de la gauche, pour la recomposition du jeu politique qui la suivrait. D’autre part, le fait que ni Emmanuel Macron ni Arnaud Montebourg ne se considèrent engagés à participer à cette primaire en affaiblit terriblement la portée, déjà très entamée par la dynamique de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Aussi ne sait-on ce qui serait pire pour l’image de François Hollande, entre participer à une compétition réduite à des figures politiques assez modestes, ou bien annuler un scrutin devenu sans objet.

La gauche en voie d’auto-dissolution

Si l’organisation d’une primaire de la gauche est une gageure, c’est que de toutes parts cette notion se délite. La gauche a survécu à bien des crises internes, car le mot même constituait un Graal politique. S’en emparer, et François Mitterrand l’a montré avec quel talent, permettait une absolution de tous les échecs et renoncements, pour entamer une marche vers le pouvoir. Le moment présent a ceci d’original que ce signifiant politique n’est plus guère convoité, comme si sa force symbolique s’était épuisée.

Comparons avec la période précédente où la gauche conquit puis occupa le pouvoir présidentiel. Le Parti communiste et le Parti socialiste se disputait l’authenticité de gauche, Jean-Pierre Chevènement et Michel Rocard incarnaient deux figures antagonistes mais à ce moment là pleinement à gauche, et François Mitterrand situait son jeu dans ce cadre, sauf l’épisode significativement raté de l’ouverture vers des figures centristes tentée en 1988. Il en va différemment aujourd’hui. Emmanuel Macron fait bien comprendre qu’il est à la fois de gauche et de droite, et que donc ces notions n’ont pas de sens à ses yeux. Arnaud Montebourg à sa manière, et Jean-Luc Mélenchon à la sienne, indiquent que s’ils acceptent volontiers l’appui des électeurs reprochant à François Hollande ne n’être pas un Président suffisamment à gauche, ils considèrent pour leur part que leur candidature ne se situe pas dans ce cadre trop restreint et largement obsolète.

La mécanique électorale habituelle de la Cinquième République est donc enrayée, celle qui consistait à une concurrence de premier tour pour incarner la gauche (ou la droite), afin d’affronter le candidat de l’autre camp au second tour. Il fallait dans un premier temps proclamer l’amitié, en l’espèce être le candidat le mieux à même de faire gagner la gauche, pour ensuite mettre en scène l’hostilité fondamentale, contre la droite. Les affrontements entre les postulants au sein de la gauche pouvaient être sans merci, ils ne remettaient pas en cause le cadre politique global.

A sa façon, le discours d’Arnaud Montebourg, montre que ce schéma ne fonctionne plus. Après Benoît Hamon qui déclarait que François Hollande n’avait même pas tenté une politique de gauche, la démolition du bilan du quinquennat prononcé à Frangy est un constat de faillite. Que peut donc penser un électeur de gauche d’une telle attitude de deux anciens ministres d’un gouvernement de gauche, mettant en œuvre la politique décidée par un Président de gauche, sinon que cette notion recouvre des options irréconciliables?

C’est là que la candidature d’Arnaud Montebourg trouve sa plus grande fragilité. S’il acceptait de participer à une primaire avec François Hollande il courrait non seulement le risque d’y être battu, du fait notamment de la profusion de candidats issus de la gauche du Parti socialiste, mais aussi de dissiper toute l’originalité de son message. S’il s’y refusait, il trouverait dans sa critique du quinquennat et, surtout, dans le débat qu’il ouvre sur l’Europe, la question salariale, et la démocratie notamment, un concurrent plus radical et surtout disposant d’une plus grande liberté de manœuvre en la personne de Jean-Luc Mélenchon. D’ores et déjà, le discours de Frangy montre que l’irréconciliable est une figure qui monte au sein de la gauche, rendant non seulement la victoire d’un candidat issu de ses rangs très improbable en 2017, mais annonçant surtout sa dispersion future.

Jérôme Sainte-Marie

Le Figaro

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