Accueil ACTU Politique Marine Le Pen en tête au premier tour : pourquoi plus personne ne s’en étonne

Marine Le Pen en tête au premier tour : pourquoi plus personne ne s’en étonne

Dans toutes les hypothèses retenues par les sondages, Marine Le Pen se qualifie au second tour de la présidentielle. Pour Bruno Bernard, le FN a prospéré sur les cendres du RPR et de la gauche républicaine.

Marine Le Pen sera au second tour de l’élection présidentielle de 2017. Elle le sera dans tous les cas de figures inventées par les sondeurs, elle frôle même les 30% et ne semble ne pas arriver en tête du premier tour que dans la configuration où Alain Juppé est le candidat des Républicains.

Nous sommes en 2016, 14 ans après l’accession de son père au second tour face à Jacques Chirac et cela ne fait ni l’ombre d’un doute ni ne soulève l’esquisse d’un débat, cela se fera le plus normalement possible comme un hommage à François Hollande, le président normal.

Le 21 avril 2002 avait choqué la France, soulevé des foules d’opposants, poussé des acteurs et autres people à chanter la Marseillaise sur le parvis du Trocadéro pour se «réapproprier les emblèmes de la République» comme ils disaient, face à ce que l’on qualifiait alors de peste brune.

En 2016, Marine le Pen a fait main basse sur les emblèmes de la République que son père délaissait, elle les a repris sur les dépouilles de Philippe Séguin et Charles Pasqua qui n’ont pas eu de descendance politique et des mains d’un Jean-Pierre Chevènement plus isolé que jamais à gauche. En récupérant Florian Philippot, chevènementiste discret en 2002, elle a également fait la meilleure recrue possible pour permettre à son parti de passer un cap. Grâce à lui, le Front National parle la langue du RPR d’antan, celui de l’appel de Cochin, de Michel Debré, de l’union Séguin-Pasqua contre Maastricht, celui où la croix de Lorraine existant encore.

Fort de ses positions anciennes et bien connues sur l’immigration et la préférence nationale, le FN de Marine Le Pen a considérablement augmenté son arsenal pour couvrir une surface politique laissée en friche par une UMP puis des Républicains toujours plus proches de l’ancienne UDF. En effet depuis l’abandon de la croix de Lorraine et la naissance de l’UMP, la droite française a oublié le gaullisme, qui faisait son originalité par rapport aux autres formations de droite en Europe et dans le monde. Elle devint un mélange de travaillisme britannique et démocratie chrétienne allemande. Voyant l’étendard à terre, Le Pen et Philippot se sont empressés de le relever et de l’agiter à tout vent permettant au Front National moribond de 2007 sous la houlette du père de s’imposer sous celle de la fille comme une alternance désormais quasiment crédible.

Longtemps, l’idée que l’exercice du pouvoir allait ramener le FN sur terre en l’obligeant à se compromettre avec la réalité apparaissait comme la seule solution pour entraver sa marche en avant. Les expériences de Toulon, Vitrolles, Marignane et même Orange pouvaient laisser espérer les plus pragmatiques mais c’était oublier que si le FN décevait dans quelques villes, les partis, dit de gouvernement décevaient à l’échelle du pays. La «Génération Mitterrand» n’était qu’un slogan, la «fracture sociale» une réalité occultée, la «rupture» tant annoncée n’eut lieu qu’entre les électeurs et celui qu’ils venaient d’élire et le «changement» fut celui des en-têtes du papier à lettres. Cette impuissance à influer sur le réel démontrée avec persévérance par les Présidents et Premiers ministres de droite comme de gauche a rendu possible et désormais inévitable l’avènement du Front National comme force politique de premier plan.

Si les transfuges vers ce dernier sont encore des cinquièmes couteaux, si pour l’instant le plafond de verre du second tour tient toujours, la victoire idéologique de ce nouveau Front National, incarné par une femme – pied de nez ultime au féminisme dévoyé d’aujourd’hui – est incontestable. Julien Dray se trompe lorsqu’il parle de la constitution d’un «monstre réactionnaire» entre droite et extrême droite, il serait plus avisé de parler de recomposition. En réalité la transformation du Front National permet le rééquilibrage de la droite française qui était orpheline depuis 1992 et la lente agonie du RPR d’un parti plus populaire, eurosceptique et interventionniste économiquement.

La nature a horreur du vide, la politique aussi.

Bruno Bernard est ancien conseiller politique à l’ambassade de Grande-Bretagne.

Le Figaro

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