Accueil ACTU Politique A La Rochelle, l’aile gauche du PS rêve d’une primaire ouverte à toute la gauche

A La Rochelle, l’aile gauche du PS rêve d’une primaire ouverte à toute la gauche

« C’est ici qu’ont eu lieu les premières universités d’été du PS à La Rochelle, en 1993 ! », rappelle le député européen Emmanuel Maurel. Aïe, ça commence mal. Drôle d’endroit pour une conquête, tant les législatives de 1993 ont été, dans l’histoire socialiste, une de ses pires défaites électorales sous la Ve République. Samedi 10 et dimanche 11 septembre, l’aile gauche du PS s’est retrouvée au Forum des Perthuis, loin au bout de la jetée du port rochelais. Avec un objectif – qui relève du chemin de croix politique dans les prochains mois –, tenter de dégager une stratégie commune et, pourquoi pas, un candidat unique pour participer à la primaire organisée par le PS en janvier 2017.

Sur le papier, le plan est simple. Dans les faits, il relève du casse-tête opérationnel et humain. Résumons : ce week-end, les « frondeurs » du PS ont donc lancé « l’appel de La Rochelle ». Un appel pour « une grande primaire citoyenne et ouverte, de toute la gauche et des écologistes, sans exclusive et sans préalable ». En somme, la même primaire, mot pour mot, que celle qui a échoué à se concrétiser au début de l’année. A l’époque, communistes et écologistes avaient dit non, comme Jean-Luc Mélenchon, expliquant qu’il était hors de question pour eux de concourir face à François Hollande, au risque de devoir soutenir le chef de l’Etat si d’aventure celui-ci finissait par l’emporter.

Neuf mois plus tard, l’aile gauche du PS explique que ce qui a été impossible en janvier 2016 devient désormais possible en janvier 2017. Et ce, pour deux raisons : un, François Hollande, trop bas dans les sondages, ne peut plus, selon les « frondeurs », remonter et sera donc forcément battu lors de la primaire ; deux, les gauches dans leur ensemble sont tellement faibles à huit mois de la présidentielle que se présenter divisées devant les Français équivaut à un suicide collectif. « A l’heure où nous parlons, sans sursaut collectif, la gauche est effacée du second tour de la présidentielle », prédit le député de la Nièvre Christian Paul, maître de cérémonie de la réunion rochelaise.

Nombreuses embûches

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Comment ces promoteurs d’une primaire ouverte comptent-ils accomplir l’exploit de la mettre en place ? Par la force de la volonté, répondent-ils en chœur. « Il y a encore quelques mois, tout le monde nous disait que jamais la direction du PS ou l’Elysée n’accepteraient le principe d’une primaire. Elle aura lieu en janvier. Désormais, on nous dit que jamais cette primaire ne pourra être élargie aux écologistes et aux communistes. On verra bien, mais ce qui a réussi une première fois, peut réussir une seconde », avance Emmanuel Maurel.

Sans vouloir doucher les espoirs, les embûches restent nombreuses sur la route. Première difficulté, il faudra réussir à convaincre Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, de pousser les murs de la primaire de janvier. Il n’aura pas le choix balaient en substance les « frondeurs ». Au fil des mois et des sondages, toujours plus catastrophiques pour les gauches, la pression militante, citoyenne et médiatique sera si forte sur les épaules du chef des socialistes qu’il devra plier, affirment-ils. « Si Cambadélis ne bouge pas, il éteindra les lumières rue de Solférino après la présidentielle, et sa photo sera la dernière sur le mur des premiers secrétaires, au rez-de-chaussée », menace Christian Paul.

Deuxième difficulté : faire venir à eux le Parti communiste et Europe Ecologie-Les Verts. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, et Cécile Duflot, députée écologiste, ont pris la parole à la réunion socialiste, dimanche matin, par Skype, de la Fête de L’Humanité, à La Courneuve. Le ton de leurs interventions fut courtois, mais sur le fond, aucun des deux n’a topé. Le dirigeant communiste ne serait pas contre le fait de s’entendre avec les « frondeurs » dans une « plate-forme commune de propositions », mais sa base militante préfère toujours voter pour Jean-Luc Mélenchon plutôt que pour n’importe quel candidat socialiste, fût-il critique.

Surtout, troisième difficulté, comment l’aile gauche du PS espère-t-elle rallier le PCF et EELV à sa cause alors qu’elle aligne elle-même toujours trois, voire quatre candidats à la primaire de janvier ? Pour l’instant, Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann et Gérard Filoche sont décidés à se présenter devant les militants et sympathisants socialistes. Et Arnaud Montebourg hésite encore, mais l’ancien ministre de l’économie semble de plus en plus tenté d’ajouter son nom à la liste.
Montebourg et Hamon sur les rangs

Le quatuor, présent ce week-end, a donné le change et évité de se distribuer des coups bas devant les médias et les quelque quatre cents militants sur place. Arnaud Montebourg, pourtant, se serait bien passé d’être là : l’ex-patron de Bercy, qui se rêve en de Gaulle de gauche en 2017, n’a pas l’intention de revêtir le costume de candidat des « frondeurs », trop étriqué pour lui. S’il décide donc de se présenter à la primaire d’ici au 15 décembre, date limite de dépôt des candidatures, il entend être le candidat unique des anti-Hollande. Aux trois autres de ses camarades, dans ce cas, de s’aligner derrière lui, mieux placé dans les sondages. « On ne concourt pas à un congrès du PS, avec contributions et motions des uns et des autres. On parle de désigner notre candidat à la présidentielle. Si nous sommes plusieurs candidats, rien ne sera clair pour les Français, et la primaire n’aura pas de dynamique », prévient un de ses soutiens, le député d’Indre-et-Loire Laurent Baumel.

Sauf que Benoît Hamon ne compte pas laisser la place à son ancien collègue au gouvernement. L’ex-ministre de l’éducation nationale a martelé son message à La Rochelle : il ira au bout de la primaire. « L’unité, l’unité, bla-bla-bla…. Ça me parle bien sûr, mais on ne va pas décider de nos candidats en assemblée générale avec deux cents personnes. On a besoin que le juge de paix soit les citoyens à la primaire », explique-t-il à la presse, samedi soir, au milieu de ses supporteurs réunis dans un bar du vieux port. Les hamonistes préfèrent donc appliquer la technique du « râteau » pour janvier prochain : Benoît Hamon et Arnaud Montebourg concurrents au premier tour face à François Hollande ; et le moins bien placé des deux soutient l’autre au second tour pour l’emporter.

Il reste trois mois à l’aile gauche pour trouver la formule magique à son équation à plusieurs inconnues. Vaste programme. Dimanche, à l’issue des discours, tous les prétendants ont posé pour une photo de famille, en extérieur, dos à l’océan Atlantique. Personne n’a été poussé à l’eau. C’est déjà ça.

Bastien Bonnefous

Le Monde

 

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