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Annuler ou non des festivités, un dilemme pour chaque maire

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La suppression de la Braderie de Lille 2016 à la suite du drame de Nice renforce le camp des maires très prudents.
D’autres communes comme Bayonne, Annecy ou Lorient jugent l’enjeu local et politique trop fort pour reculer.

« Je préfère affronter la colère de ceux qui perdront de l’argent à celle de ceux qui perdraient un enfant. » En justifiant ainsi lourdement l’annulation vendredi de la Braderie de Lille au côté de la maire, Martine Aubry, le préfet des Hauts-de-France, Michel Lalande, a résumé la position de tous ces responsables locaux qui renoncent les uns après les autres à leurs festivités aoûtiennes.

L’attentat de Nice n’en finit pas de traumatiser les maires. Le dirigeant de cette même ville, Philippe Prada, a d’ailleurs préféré ce week-end jeter l’éponge pour le Championnat d’Europe de cyclisme sur route programmé mi-septembre. A Lille, Martine Aubry et le préfet avaient considérablement amplifié le dispositif de sécurité, mais ont fini par juger la Braderie trop risquée, citant notamment « le fort volume de marchandises de toute nature », « la présence de nombreux véhicules avec essence », mais aussi « le risque que le moindre bruit ou mouvement de foule puisse créer un effet de panique avec des conséquences graves ».

Plusieurs maires organisant des événements similaires en milieu urbain ouvert ont fait preuve de la même prudence depuis fin juillet. La Baule, Cannes, Collioure, Aubagne ou Avignon ont renoncé à leurs feux d’artifice du 15 août, avec chaque fois de 30.000 à 100.000 visiteurs qui étaient attendus. Même les petites manifestations moins connues ont été touchées comme Les Plages musicales à Berck (Pas-de-Calais), qui concernaient moins de 10.000 personnes, la Fête des fleurs de Grasse ou encore plusieurs Nuits des étoiles. Les manifestations sportives ne sont pas épargnées avec l’abandon de la fan-zone que Pau avait conçue pour diffuser les exploits en canoë-kayak des Français aux JO de Rio.

En dehors des critiques de capitulation venues d’extrême droite, peu de clivage politique n’est encore apparu sur le sujet : Martine Aubry a reçu le soutien de Jean-René Lecerf, président LR du Nord, ou du député LR du Nord Marc-Philippe Daubresse. Ces décisions ne font pas l’unanimité pour autant. Comme l’a rappelé le ministres de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, mercredi dernier, ces annulations restent « ponctuelles ».

Certaines villes préfèrent même adopter une posture de fermeté face au terrorisme. C’est le cas de Bayonne, qui organisait fin juillet sa traditionnelle feria avec 1 million de visiteurs en liesse parcourant la ville en tout sens. Même posture du dirigeant de la feria de Dax qui se tiendra dans quelques jours avec à peu près la même fréquentation. La capitale landaise a prévu 1.400 personnes affectées à la sécurité, dont 447 policiers municipaux et plus de 150 gendarmes et militaires. « Oui, il y a un risque, mais la vie doit continuer », justifiait à l’AFP cette semaine le maire, Gabriel Bellocq. Les élus locaux évoquent l’économie locale, mais aussi une certaine forme de résistance, la fierté de leur territoire comme Jean-Luc Rigaut, à Annecy (lire ci-contre). Ou Pierre Mathonier, le maire PS d’Aurillac, qui accueille après le 15 août un festival international de théâtre de rue. « Ca serait plus simple de tout annuler. Mais ce serait renoncer à notre manière d’être, de vivre », déclarait-il ce week-end au « Monde ».
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Si la plupart des événements sont donc maintenus, tous musclent les mesures de sécurité ou révisent les manifestations. Paris a par exemple réduit la capacité de son festival de cinéma en plein air à La Villette tout en maintenant Paris Plages, moyennant un filtrage intense des visiteurs. A Dinard, en Ille-et-Vilaine, la maire, Martine Craveia-Schütz, avait annulé le feu d’artifice de la mi-juillet, compte tenu du deuil national et écoutant la préfecture. « Nous l’avons reporté au 15 août prochain. Ce feu d’artifice réunit de l’ordre de 40.000 personnes. Nous maintenons également le bal nocturne. Dinard offre l’avantage de sa géographie, c’est une presqu’île, il est donc plus facile de cerner la ville que celle de La Baule par exemple. » Les communes changent aussi peu à peu leur approche. « Nous avons pris il y a quelques années une assurance qui va couvrir une partie de l’annulation du feu d’artifice de la mi-juillet », explique Martine Craveia-Schütz.

M. Q. avec S. d G.

Les Echos

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