Accueil FOCUS Analyses Douma : Crime de guerre syrien ou ultime provoc des ennemis de Damas ?

Douma : Crime de guerre syrien ou ultime provoc des ennemis de Damas ?

Énième implication (sic) de produits chlorés dans ce qui reste de la Ghouta rebelle (sic). Il n’en aura pas fallu plus pour que résonnent les tambours de guerre d’un Occident qui a le plus grand mal à se résoudre à sa défaite qui se profile  en Syrie. Alors qu’il est aujourd’hui avéré que des précédents incidents de ce genre étaient dus au fait que des appareils syriens avaient accidentellement touché des sites de fabrication d’armes chimiques des proxies takfirî, la prudence devrait être de mise dans les chancelleries. Sauf que les Faucons mouillés occidentaux sont toujours aussi avides de sang. Celui des autres évidemment.

| Q. Quid du silence radio des Israéliens quant au raid qu’ils auraient conduit en Syrie ?

Jacques Borde. S’épancher sur ce genre d’opération n’est pas automatique pour les militaires israéliens. C’est selon. Là, pour l’instant Tsahal a refusé de commenter les déclarations russes et syriennes sur l’attaque contre la Base T-4 d‘Al-Qūwāt al-Jawwīyä al-Arabiya as-Sūrī (FAAS)1. Visiblement, Jérusalem tient à son statu quo géopolitique avec Moscou.

| Q. L’usage de chlore par Damas, tel que présenté par les Occidentaux, vous y croyez ?

Jacques Borde. À peu près autant qu’au Père Noël ou aux ADM de Saddam Hussein ! J’ai toujours eu de gros doutes et j’en ai de plus en plus. Heureusement, je ne suis pas le seul…

| Q. Et les accusations du Quai d’Orsay ?

Jacques Borde. Les incantations, vous voulez dire ! Difficile de se persuader de la bonne foi d’une instance qui :

1- d’un côté, accuse Damas sans la plus petite once de preuve. Comme à chaque fois d’ailleurs.
2- de l’autre, ne tarit pas d’éloges quant à Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd, que Paris accueille avec une ostentation et un faste pour le moins déplacés.

Bon, le Quai fait le job pour lequel il est là. De là à gober tout ce qu’il nous sort…

Comment, par ailleurs, ne pas noter que même l’OSDH avance à reculons sur ce sujet et mesure ses propos, tant que faire se peut lorsqu’on roule pour le Foreign Office et les SR britanniques…

| Q. Mais la France a demandé une réunion du Conseil de sécurité sur le sujet ?

Jacques Borde. Que ne fait-elle de même à propos du Yémen ? Ah, oui c’est vrai, nous déroulons le tapis rouge au commanditaire et principal auteur de la via factis contre les malheureux Yéménites.

| Q. Pourquoi des gaz et pourquoi maintenant ?

Jacques Borde. On se demande bien pourquoi, effectivement !

Comment ne pas noter que ces accusations visant Damas tombent pile au moment où les anciens captifs des proxies takfirî de l’Occident commencent à révéler le calvaire qui fut le leur sur les media.

Crier au loup syrien pour détourner l’attention de ses propres turpitudes, ça ne serait pas la première fois que les Occidentaux recourent à ce stratagème.

| Q. Sinon que sait-on du raid sur la Base T-4 d’Homs ?

Jacques Borde. À ce stade, encore peu de choses.

Des engins air/sol ont effectivement frappé, le 9 avril 2018, la Base aérienne T-4, sise à Homs au centre du pays, y causant morts et blessés. Selon Moscou, c’est Israël qui aurait conduit ce raid via deux de leurs F-15I RAM, précisant que trois missiles ont atteint leur cible et que cinq autres ont été interceptés.

L’agence SANA avait auparavant rendu compte que « plusieurs missiles ont frappé l’aéroport de T-4 ». Et, selon la télévision libanaise satellitaire Al-Mayadeen TV, « la DCA syrienne a intercepté 8 missiles US de type Tomahawk ».

| Q. Vous y croyez à la thèse d’un raid israélien sur T-4 ?

Jacques Borde. Oui, plus qu’à d’autres. Pour parler comme les marxistes, même si l’un des porte-paroles de Tsahal, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, a dit ne pas vouloir commenter l’affaire, Jérusalem avait des raisons objectives de décider et conduire cette frappe aéroportée :

1- la Base aérienne T-4 est située dans une zone stratégique, géographiquement proche des principaux gisements gaziers syriens. Or, Jérusalem est actuellement en bisbilles avec ses voisins arabes sur la délicate question des délimitations des zones de forage en Méditerranée. Un des principaux points de désaccord étant une zone maritime disputée avec le Liban. Alors T-4 : un avertissement sans frais, Hierosolymi et Arabi en quelque sorte.
2- la T-4 est utilisée par la Nirouy-é Ghods2. C’est, en tout cas ce dont sont persuadés les SR israéliens qui maîtrisent plutôt bien le sujet. Elle abrite aussi d’importantes forces russes.
3- c’est de T-4 qu’avait décollé le drone iranien visant Israël en février 2018. L’incident avait alors entraîné une brusque montée de tension entre Israël et l’Iran. Déjà, d’après l’OSDH, la Base T-4 avait été l’une des cibles des raids de représailles menés à l’époque par l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal3 après la perte d’un de ses F-16I Soufa, shooté au dessus de la Syrie. Un tir dans lequel je vois plus, je vous l’avait dit à l’époque, l’assistance des Iraniens que des Russes.
4- cité par le Yediot Aharonot, le ministre israélien de la Défense, Avigdor Yvet Lieberman4, aura, titillé sur le raid en question, eu ces mots lourds de sens : « Effectivement, nos avions rentrent d’une mission en Syrie ».
5- à Washington, Christopher Sherwood, un porte-parole du Pentagone, a assuré que le US Department of Defense (DoD) « ne mène pas des frappes aériennes en Syrie (…). Toutefois, nous continuons à observer de près la situation et nous soutenons les efforts diplomatiques visant à faire rendre des comptes à ceux qui utilisent des armes chimique en Syrie et ailleurs ».

Compte tenu du caractère affirmé des chefs de guerre au sein de l’administration Trump – tant le US Secretary of Defense, le général (Ret) James Mad Dog Mattis5, que le National Security Adviser, le lieutenant-général Herbert Raymond McMaster6, le White House Chief of Staff, le général John Francis Kelly7 – leur pusillanimité à admettre leur responsabilité, si tel avait été le cas, semble peu probable.

| Q. Mais plus globalement, vous n’adhérez pas au récit des Occidentaux ?

Jacques Borde. Pas du tout en fait. Même causes, mêmes effets, dirai-je.

Au moment où un accord venait d’être conclu entre le gouvernement syrien et le groupe terroriste pro-séoudien Al-Jayš al-Islam, le cauchemar chimique est à nouveau au rendez-vous. Et comme toujours, des images impossible à dater et à situer (supposément prises dans un hôpital), postées sur la Toile par des miliciens takfirî. Et, toute la journée de dimanche, des media occidentaux qui ont repris en boucele cette version des faits (et elle seule à 98%, la déontologie sans doute!), sans preuve ni confirmation de source indépendante, et lancé une campagne d’intoxication contre l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)8 l’accusant d’être à l’origine de l’attaque. Alors même que l’AAS contrôle depuis 10 jours la quasi totalité de la Ghouta orientale et est, objectivement, bien le dernier acteur du Grand jeu au Levant à avoir besoin de recourir à ce type de frappe.

L’accusation a été reprise par les Occidentaux au Conseil de sécurité des Nations-unies. Dimanche le président américain, Donald J. Trump, a menacé le président syrien, le Dr. Bachar el-Assad, traité d’« animal », de « pire riposte » pour avoir soi-disant « tué des civils dont des femmes ».

| Q. Et Moscou continue à défendre Damas ?

Jacques Borde. Oui. Moscou a qualifié de « provocation » les allégations sur l’usage d’armes chimiques par l’AAS à Douma, mettant en garde contre les éventuelles conséquences de cette « intox ».

« Les intox sur un recours au chlore et à d’autres substances toxiques par l’armée syrienne se poursuivent », a estimé le ministère russe des Affaires étrangères. « Une énième information fabriquée de ce type, qui concernait une attaque chimique présumée contre Douma, a émergé hier ».

Quant aux Casques blancs9, cités comme étant l’une des sources de cette information (sic), ils « ont à plusieurs reprises été pointés du doigt pour leurs liens avec les terroristes ».

« Ces suppositions mensongères dénuées de toute fondement visent à disculper les terroristes ainsi que l’opposition radicale irréconciliable qui a refusé le règlement politique, et ce tout en cherchant à justifier un possible recours à la force par l’étranger (…) Il faut une fois de plus mettre en garde qu’une intervention militaire sous des prétextes fabriqués, en Syrie, où à la demande du gouvernement légitime sont déployés des militaires russes, est absolument inacceptable et peut entraîner les conséquences les plus graves », a conclu la diplomatie russe.

| Q. Sur quoi se basent les Russes pour disculper Damas ?

Jacques Borde. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï V. Lavrov, a affirmé que « … nos spécialistes militaires », les seuls éléments non-syriens à être présents sur zone est-il utiles de le rappeler, « se sont déjà rendus sur place (…) Ils n’ont découvert aucune trace de chlore ou d’une quelconque substance chimique utilisée contre les civils ».

« Il s’agit d’un développement très dangereux de la situation. J’espère qu’au moins les militaires américains et ceux des pays participant à la coalition menée par les États-Unis le comprennent », a conclu le chef de la diplomatie russe…

| Q. A-t-on des raisons objectives de le croire ?

Jacques Borde. En tout cas, autant que le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, ou le US Secretary of State, Michael Richard Mike Pompeo. Pour ne citer qu’eux.

A contrario, à rappeler au passage, la prudence du ministre des Armées, Florence Parly, qui avait reconnu, en février dernier, qu’elle ne disposait pas de preuves formelles concernant l’utilisation de chlore par l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS), mais seulement d’« indications possibles ».

Affaire à suivre, donc…

Notes

1 Force aérienne arabe syrienne.
2 Force de Jérusalem, une branche à part entière du Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi, en français Corps des Gardiens de la révolution islamique). Force spéciale en charge des opérations extérieures dévolues aux Pâsdâran, commandée par le major-général Qassem Soleimani. Elle dépend exclusivement du Rahbar-é Enqelâb (guide de la révolution), l’Ayatollah Sayyed Ali Hossaini Khâmeneî (et non du président), un peu comme le Kidon du MOSSAD reçoit ses ordres du seul Premier ministre israélien (la ressemblance s’arrêtant là)
3 Armée de l’air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.
4 Pas si bourrin (sic) que le dépeignent ses détracteurs, parle quatre langues : l’hébreu, le russe, le roumain et l’anglais et est, depuis 1999, rédacteur en chef de la revue Yoman Yisraeli.
5 Contrairement aux fantasmes colportés par les Démocrates et leurs relais divers et variés, Mattis est considéré comme un intellectuel par ses pairs, notamment en raison de sa bibliothèque personnelle comptant plus de 7.000 volumes. Il a toujours avec lui, lors de ses déploiements, un exemplaire des Pensées pour moi-même de Marc Aurèle. Le major-général Robert H. Scales le décrit comme « … l’ un des hommes les plus courtois et polis que je connaisse ».
6 Director of the Army Capabilities Integration Center et Deputy Commanding General, Futures du US Army Training & Doctrine Command. Avait précédemment dirigé le Fort Benning Maneuver Center of Excellence et la Combined Joint Interagency Task Force-Shafafiyat de l’ISAF en Afghanistan. Très impliqué dans les Opérations Enduring Freedom et Iraqi Freedom, McMaster est l’auteur de Dereliction of Duty (1997), un des plus vives critique du haut-commandement US lors de la Guerre du Viêt-Nam.
7 Ancien patron du US Southern Command (USSOUTHCOM). Soit le 3ème général à intégrer l’administration Trump.
8 Armée arabe syrienne.
9 Mués en « secouristes en zones rebelles », sous l’experte baguette magique de BFM-TV.

 

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