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Limes sud : État des lieux entre le HAMAS & Jérusalem

Volens nolens, l’on s’achemine, j’en suis persuadé, vers une déflation des tensions entre le HAMAS & Tsahal. Jusqu’où ? Toute guerre, lapalissade d’entre les lapalissades, se fait avec des buts de guerre. Or, quels qu’ils puissent être – sauf à expédier chaque jour que Dieu fait de plus en plus de Chahid au paradis – aucun des buts de guerre envisageables pour le HAMAS n’est atteignable en l’état des forces en présence & la volonté qui anime l’administration Nétanyahu de ne rien céder sur l’essentiel. Entre rêves & réalités du terrain, il va falloir choisir & si, quelque part, c’était déjà fait…

| Q. Que vous inspire la sortie d’Alain Finkielkraut visant l’administration Nétanyahu ?

Jacques Borde. Dire, comme il le fait que Binyamin Nétanyahu1, « ne propose rien aux Palestiniens. Il les pousse au désespoir et à l’extrémisme », c’est typiquement la phrase de l’intellectuel parisien qui ne veut pas dire grand-chose. Or, en fait :

1- c’est, malheureusement… faux. Nétanyahu, ne propose pas rien aux Palestiniens. Il leur propose, assez régulièrement d’ailleurs, quelque-chose que les Palestiniens ne peuvent, géopolitiquement, accepter. Ce qui n’est pas la même chose.
2- si le fait que les Palestiniens soient « au désespoir » est indéniable, cette situation doit beaucoup aux directions palestiniennes corrompues. Que ce soit à Ramallah et, encore plus, à Gaza.
3- il n’échappera à personne que Nétanyahu n’est pas à la tête des parties de l’ex-Palestine mandataire passées sous contrôle palestinien. Nétanyahu a été élu par des Israéliens eux-mêmes assez radicaux (sic) sur la question palestinienne. Quelque part, Nétanyahu n’a pas à se soucier directement du sort de voisins avec lesquels Israël est de facto en état de guerre. Plus encore, on peut légitimement se demander si le Premier ministre israélien, Binyamin Nétanyahu, n’en a pas, comme disait Édith Cresson, rien à cirer des Palestiniens.

Pour peu que cela soit vrai, ça n’est, certes, philosophiquement, pas très cool. Mais, qui l’est vraiment sur ce dossier ?

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Il y a quelque-chose de totalement hors-sol et ubuesque dans l’attitude des Européens que nous sommes. Alain Finkielkraut (entre autres) peut faire la fine bouche, mais combien de chancelleries occidentales ont-elles acté que l’Autorité nationale palestinienne (ANP) était, depuis pas mal de temps déjà, le Dawlat Filastin2 ?

Pourquoi, dès lors, le premier d’entre les Israéliens, Binyamin Nétanyahu, devrait-il afficher davantage de reconnaissance à l’endroit de ses plus vieux ennemis que n’en ont la majorité des administrations du monde ? À commencer, d’ailleurs, par celle qui, du plus loin possible, font mine de défendre les Palestiniens ?…

Et ne me parlez surtout pas des frères (sic) arabes.

| Q. Pourquoi donc ?

Jacques Borde. Parce que nous ne sommes plus dans les années 80. Dans le monde d’aujourd’hui personne ne s’intéresse aux Palestiniens. Sauf à titre groupusculaire donc insignifiant, vues les ridicules manifestations de solidarité dans les pays limitrophes du champ de bataille.

| Q. Au Liban…

Jacques Borde. Des postures, tout au plus. Si vous prenez les trois guerres de Gaza, aucune, et je dis bien aucune, n’a provoqué d’opération armée de la part du Hezbollah en vue d’alléger la pression subie par les Katā’ib Izz al-Din al-Qassam (Brigades Ezzedine Al-Qassam)3, la branche armée du Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS)4. Or, on sait que toute armée, et Tsahal n’échappe guère à cette règle, n’aime avoir à se battre sur plusieurs fronts.

| Q. Donc, à vous entendre, la situation est bloquée ?

Jacques Borde. Moins qu’on le croit. En coulisses, fleurissent de réelles initiatives.

Selon Jacob Magid et Stuart Winer, citant Channel-10, « Israël envisage la fin des hostilités à long-terme avec le HAMAS, après avoir rejeté une telle offre pendant des semaines », et « Des responsables diplomatiques ont déclaré à la chaîne qu’Israël avait abandonné son exigence, à savoir que le HAMAS, groupe terroriste qui contrôle la bande de Gaza, soit démilitarisée et que l’Autorité palestinienne le remplace à la direction de l’enclave côtière »5.

| Q. Et le HAMAS pourrait accepter ?

Jacques Borde. C’est une possibilité. Si le HAMAS a relativement bien géré cette crise-là au plan de la com, militairement et humainement, c’est un fiasco. Et quoiqu’ils n’en disent évidemment pas, les dirigeants du HAMAS savent compter.

| Q. Et les chiffres ne sont pas en leur faveur ?

Jacques Borde. Absolument pas.

Selon Judah Ari Gross qui se réfère explicitement au « ministère de la Santé de Gaza, plus de 100 Palestiniens, dont deux journalistes, ont été tués par les forces israéliennes depuis le début des affrontements frontaliers le 30 mars [2018]. Dans le même temps, les affrontements n’auraient fait qu’une seule victime israélienne – un soldat israélien aurait été légèrement blessé par une pierre »6.

Un à cent7, jamais le ratio des pertes n’a été aussi défavorable pour le camp palestinien. Un ratio qui, selon moi, invalide toute possibilité de guerre d’attrition.

| Q. Et pourquoi ?

Jacques Borde. Pour des tas de raisons qui, en plus, se conjuguent entre elles : entre les deux partie en lice, HAMAS Vs Tsahal, les forces sont bien trop disproportionnées. La 1ère Guerre d’attrition qui opposa l’Égypte à Israël mettait en lice deux armées classiques disposant toutes d’eux, de blindés, d’avions de combat, de navires armés d’engins surface/surface de dernière génération.

| Q. Et, vous ne pensez pas que les Israéliens puissent avoir la grosse tête à toiser de haut les Katā’ib Izz al-Din al-Qassam  ?

Jacques Borde. Très franchement, je ne crois pas que les pontes de Tsahal toisent de haut les Katā’ib. La grosse boulette que fit Tsahal en 2006, en allant se colleter frontalement au Hezbollah a fait l’objet d’un intense RETour d’EXpérience (RETEX) de la part des Israéliens. De fait, les chefs de guerre israéliens ont, je le pense, une vision aussi exacte que possible des risques posés par les Katā’ib. De leur côté, les Katā’ib ça n’est pas le Hezbollah. C’est aussi simple que cela.

Notez que face au Hezb, les Israéliens ont assez vite évalué les enjeux sur le terrain par rapport aux buts de guerre qu’ils s’étaient fixés8. La Guerre des 34 Jours ne s’est arrêté, côté israélien, ni faute de moyens, ni faute de combattants. Mais bien parce que les Israéliens ont assez vite compris que ce que recherchaient le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallâh, et son secrétaire général adjoint, Cheikh Na’ïm Qâssem9, était soit une guerre longue soit une guerre d’attrition. Un long terme qui est la la hantise de la planification militaire israélienne.

| Q. Et dans le cas du HAMAS Vs Tsahal, les Palestiniens peuvent aussi jouer la montre, non ?

Jacques Borde. Absolument pas. Certes les Katā’ib Izz al-Din al-Qassam ont la possibilité de faire durer leurs confrontations asymétriques sur le Limes sud d’Israël. Mais avec quels moyens et pour quels résultats ?

Outre le ratio des pertes dont nous avons parlé, Tsahal :

1- n’a pas besoin de levées importantes de troupes pour tenir sa frontière sud.
2- le Mishmar Ha’Gvul (MA’GAV)10 est parfaitement dans son rôle au limes sud. Donc l’outil est là, sans nécessité d’un accroissement notable des moyens.

En un mot, comme en cent, en termes capacitaires, les Israéliens sont loin d’être à l’os. Ils le savent. Et plus important encore : le HAMAS le sait tout autant…

| Q. Osons la question : et si tout ce qui vient de se passer avait été fait en vue de paver la voie à une paix entre Israël et le HAMAS ?

Jacques Borde. Question osée, effectivement. Remarquez, la Guerre d’attrition et la Guerre d’octobre 1973 ont, in fine, été le prélude nécessaire à la paix, qui dure depuis, entre Le Caire et Jérusalem. Alors, très théoriquement, pourquoi pas ? Cela voudrait alors dire que la centaine de morts au Limes sud d’Israël ont été le prix à payer pour pouvoir dire : Pouce, arrêtons-là et devenons à terme(Gaza) un mini-Singapour arabe !

Nous en sommes encore très loin évidemment, mais ça ne mange pas de pain d’en parler…

Notes

1 Commence véritablement sa carrière politique en chapeautant le Yonathan Institute for the Study of Terrorism, portant le nom de son frère, le seul mort israélien du raid d’Entebbe, et qui avait pour but de sensibiliser l’opinion publique sur les questions de sécurité qui touchent Israël.
2 Ou État de Palestine, lorsque reconnu comme tel au plan international.
3 Anciennement Al-Moujahidoun al-Philistiniyoun, les combattants palestiniens.
4 Mouvement de résistance islamique, l’acronyme signifie également zèle en arabe.
5 Times of Israel .
6 Times of Israel .
7 Voire deux si l’on compte le sergent Ronen Lubarsky, décédé le 26 mai 2018 après avoir été grièvement blessé par un bloc de marbre reçu à la tête deux jours auparavant.
8 Pour faire simple l’éradication du Hezbollah, en tant qu’adversaire militaire.
9 Auteur de l’indispensable Hezbollah : La voie, l’expérience, l’avenir,  dans lequel il a théorisé le discours polémologique de son parti.
10 Ou Police des frontières israélienne, parfois appelée Police en vert, à cause de la couleur des uniformes.

 

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