Accueil ACTU Économie Trump et la « guerre de l’acier » : l’affirmation de l’état face aux dogmes du marché

Trump et la « guerre de l’acier » : l’affirmation de l’état face aux dogmes du marché

Les États-Unis ont officiellement mis à exécution les mesures de protection économique évoquées depuis l’élection de Donald Trump, en imposant des taxes douanières sur les importations d’acier et d’aluminium.

Les médias européens (français notamment) s’empressent d’évoquer une « guerre de l’acier » ou une « guerre commerciale », s’en remettant au « multilatéralisme » – toujours oublié lorsqu’il est question de conflits armés ou de souveraineté étatique – et à la sacro-sainte Organisation Mondiale du Commerce,

Toujours heureuse de renoncer à toute volonté de puissance étatique, il n’est pas surprenant de voir la France en appeler à l’OMC ; il faut cependant préciser que l’accord de Marrakech à l’origine de l’organisation ne prohibe pas les droits de douane, qui ont cependant été largement éliminés au cours des dernières décennies. Ces droits – ou plutôt leur suppression – figurent ainsi dans des « listes de concessions » et sont « consolidés », c’est à dire qu’ils ne peuvent plus être modifiés à la hausse par l’action unilatérale de l’état.

Mais puisqu’il est question du système régissant le commerce mondial, rappelons brièvement le but et fonctionnement de l’OMC, pilier du marché global. S’appuyant sur les bases du GATT, l’OMC a été instituée en 1994 par l’accord de Marrakech ; comme son prédécesseur, cette organisation vise à la libéralisation complète des échanges de marchandises, mais également des services ( General agreement on trade in services) et propriété intellectuelle (Agreement on Trade-Related Aspects of Intellectual Property Rights).

Dans une telle perspective le travail de l’OMC consiste depuis sa création à démanteler toutes les barrières tarifaires et non tarifaires faisant obstacle au marché mondial, à commencer par les droits de douane. Concernant les barrières non tarifaires, il s’agit des mesures (publiques ou privées) dont l’effet ou le but est de freiner l’accès des produits d’origine étrangère à un marché national, que ce soit au stade de l’importation ou de la commercialisation. Ces barrières incluent notamment la valeur en douane et les formalités douanières mais également les licences d’importations – visant par exemple à empêcher l’importation de produits dangereux ou posant des problèmes de sécurité – et les mesures basées sur l’origine des produits. L’on voit ici tout le danger potentiel inhérent au libéralisme mondialisé.

L’ennemi de l’OMC, comme de toute politique néolibérale, est donc le protectionnisme sous toutes ses formes. L’un de ses principaux outils destinés à favoriser la libéralisation totale du marché mondial est la clause de la nation la plus favorisée, en vertu de laquelle les pays contractant s’octroient mutuellement le bénéfice des avantages commerciaux supplémentaires qu’ils viendraient à accorder ultérieurement à des pays tiers.

Pierre angulaire de l’OMC, cette clause vise à assurer la liberté de circulation des marchandises, services et de la propriété intellectuelle entre tous les états membres en généralisant toutes les concessions commerciales accordées par un état membre. Donald Trump en instaurant une taxe de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium défie ouvertement l’institution chargée de la « régulation » du commerce mondial, et ré affirme le rôle et l’autorité de l’état face au marché transnational.

Ces mesures, décrites comme « agressives » par Emmanuel Macron1, relèvent en réalité d’un pur pragmatisme, les états-unis étant le 4ème producteur d’acier derrière la Chine, le Japon et l’Inde et le 3eme producteur d’aluminium derrière la Chine et la Russie. Il en est de même concernant les véhicules automobiles : pourquoi les états-unis devraient ils être contraints d’importer des Mercedes et BMW allemandes quand leur production nationale est célèbre pour ses marques quasi-mythiques ( Cadillac, Chevrolet, Dodge, Ram etc.) ? Encore faut-il pour comprendre cela être animé par la volonté de valoriser l’économie nationale, un projet auquel la France semble avoir renoncé depuis longtemps.

Le président américain ne fait ici que rester fidèle à son programme de campagne, en favorisant les entreprises et travailleurs américains. Une mesure évidemment atroce aux yeux des « élites » françaises et européennes habituées à sacrifier leur peuple et leur économie sur l’autel du marché global ; Emmanuel Macron s’est ainsi empressé de dénoncer le « nationalisme économique » qui mène à la guerre, ajoutant que « c’est ce qui s’est passé dans les années 30… ». La démagogie démolibérale la plus totale resurgit ici et lorsqu’on est incapable de mener une politique virile, il faut en appeler au spectre de la seconde guerre mondiale2. Le protectionnisme serait il une nouvelle forme de Shoah ?

L’Union Européenne, indifférente au droit international lorsqu’il s’agit de participer aux guerres de l’OTAN, de renverser des états souverains, ou de soutenir l’indépendance du Kosovo joue la carte de l’hypocrisie en invoquant ici la légalité et le cadre multilatéral. On ne peut néanmoins l’en blâmer totalement puisqu’à force de « libéralisation », l’Europe-marché est loin d’avoir la puissance nécessaire pour faire face aux États-Unis. Pour toute mesure la commission va proposer dans le cadre de l’OMC une liste de produits américains pouvant faire l’objet d’une lourde taxation : Kentucky bourbon, cigarettes, Harley-Davidson, beurre de cacahuète, jeans…

L’agitation de Macron semble encore moins justifiée si l’on considère que la France n’est que le 14ème exportateur d’acier et d’aluminium en direction des états-unis, le Canada étant le principal état visé – premier fournisseur d’acier ET d’aluminium. Concernant l’aluminium, ce sont bien évidemment la Chine et la Russie qui seront principalement touchées par la taxation. En Europe, c’est l’Allemagne qui en fera les frais.

Plutôt que de pleurnicher et brailler contre le « nationalisme économique » et le protectionnisme, les états européens au premier chef desquels la France devraient tâcher de construire une Europe-puissance à même de protéger son peuple et d’assurer sa prospérité, plutôt qu’un simple marché ouvert perméable à tous les assauts économiques.

Quant à Donald Trump, s’il s’avère être une catastrophe géopolitique dans la mesure où il s’inscrit en définitive dans la vision du monde atlantiste de ses prédécesseurs, il n’en reste pas moins un président performant pour ce qui relève de la politique strictement nationale. Nous ne pouvons en effet que nous réjouir de cette défiance vis à vis du système commercial global(iste) et de ses dogmes néolibéraux.

N’oublions pas en outre que les pays qui s’affirment aujourd’hui comme les principales puissances mondiales sont ceux qui ont fait le choix de l’état plutôt que du simple marché ; la Chine sera sans doute elle aussi dans le collimateur de l’OMC du fait des subventions qu’elle accorde à certaines de ses entreprises en vue de favoriser l’exportation, une stratégie souveraine qualifiée de « déloyale » dans le cadre de l’accord général sur le commerce.

Nous autres français devrons quoi qu’il en soit continuer de faire avec un président-banquier aussi pathétique sur le plan international qu’en politique intérieure…

source: retourauxforêts

Notes

  • Le petit banquier président se trouve à nouveau ridiculisé par l’attitude souveraine de Donald Trump, un mois à peine après sa visite aux états-unis
  • A noter que la menace de « guerre » est également l’un des arguments puériles des technocrates pour condamner toute volonté de sortie hors de l’Union Européenne. Le dogme est ainsi clair : le monde aurait le choix entre le libéralisme global ou la guerre…

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