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Abdelkader et la poésie du désert

 

 

Abdelkader et la poésie du désert : résistons à la conquête moderne comme ce cheikh…

 

 

 

Le nomadisme arabe n’a pas qu’un aspect barbare, hostile à la culture sédentaire. Il possède une certaine noblesse guerrière que chanta dans ses poèmes le célèbre émir ‘Abd el-Kader, chef intrépide et sage qui, au début du XIXe siècle, résista à l’avance des Français en Algérie :

 

Abd el-Kader O toi qui préfères l’existence renfermée de la ville à la vaste et libre solitude, méprises-tu les tentes d’être si légères, et non lourdes comme maisons d’argile et de pierre ?

Ah ! si tu pouvais comprendre le secret du désert, tu serais plus indulgent !

Mais tu ne le connais pas, et l’ignorance est mère de tous les maux.

Si tu t’éveillais au Sahara un matin,

foulant un tapis de sable aux grains pareils aux perles,

à travers un jardin brillant de fleurs de toutes couleurs, exquises et parfumées,

tu respirerais cette brise salutaire

que jamais ne souillèrent les ordures de la ville ;

et si, après une averse nocturne, à l’aube,

embrassant du haut d’une colline tout l’espace alentour,

tu pouvais voir à l’horizon immense

des bêtes sauvages paître dans les herbages odorants,

alors tout chagrin te quitterait

et le calme emplirait ton coeur inquiet. […]

Le jour du départ, sur les chameaux, les palanquins sont sanglés, tels des anémones ployant sous une ondée.

Par des lucarnes, les vierges qu’ils portent jettent des regards ;

Oh, la lucarne que remplit le regard d’une houri !

Les chameliers suivent en chantant d’une voix aiguë.

Leur chant est plus prenant que flûtes et cymbales.

Mais nous, sur de nobles montures caparaçonnées du poitrail à la croupe, nous allons au grand galop, poursuivant bêtes fauves et gazelles.

Nulle n’échappe à nos rapides coursiers.

À la nuit, nous retrouvons la tribu qui déjà a fait halte en un lieu intact.

La terre est pure comme le musc, et plus pure encore ; généreuse aussi, humectée par la pluie soir et matin.

C’est là que nous dressons nos tentes en lignes.

La terre en est couverte, comme le firmament d’astres.

Ceux qui sont morts ont dit en vérité — Et la vérité ne varie pas — : deux choses renferment la beauté, un poème et une tente de laine.

Lorsque nos chameaux paissent, la nuit, leur voix s’élève comme le tonnerre qui roule et gronde à l’aurore. Ils sont les vaisseaux du désert ; ceux qu’ils portent sont saufs ; mais combien risqués sont les vaisseaux de la mer !

Nos méharis sont rapides comme l’antilope, ce sont eux et nos chevaux qui font notre renom.

Nos chevaux pour le combat restent toujours sellés,

Et quiconque implore notre aide nous trouvera prêts.

Nous avons vendu notre droit de cité, sans retour, pour la gloire, et la gloire ne se conquiert pas dans les villes !

Nous sommes des rois ! Que personne ne se compare à nous ! Celui qui vit dans la honte, vit-il vraiment ?

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