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Primaire : un débat symptomatique de la crise identitaire que traverse la droite

Alors que le troisième débat de la Primaire de la droite et du centre a eu lieu ce jeudi, Frédéric Saint Clair note que si les candidats s’accordent autour du libéralisme économique, ils peinent à incarner l’Europe et la nation.

Frédéric Saint Clair est analyste en stratégie et en communication politique. Il a été chargé de mission auprès du Premier ministre Dominique de Villepin. Son livre, La refondation de la droite, vient de paraître aux éditions Salvator.

La première question qui vient à l’esprit à l’issue de ce troisième débat précédant le premier tour de la primaire de la droite et du centre est: n’était-ce pas le débat de trop? Chaque débat devait servir à construire l’image des candidats. Les deux premiers ont atteint leur objectif, celui-ci a donné l’impression de tourner en rond. Les images se sont affadies. Et ce n’est pas forcément de la faute des candidats, le format était probablement en cause également. Cependant, de là à prétendre que rien ne s’est joué durant ce dernier échange entre les 7 postulants, il y a un pas que nous ne franchirons pas.

Le nombre tout d’abord: 7. Il est devenu évident hier soir à tout le monde qu’il y en avait 3 de trop. Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire ont montré qu’ils avaient des profils politiques intéressants mais qu’ils n’incarnaient pas les qualités d’un chef d’Etat. En tout cas pour le moment. Il est donc regrettable, pour la cohésion dont la droite – et en réalité tout mouvement politique – a besoin, qu’ils n’aient pas su être moins personnels et davantage politiques en se rangeant derrière un des trois candidats avant les primaires. La leçon d’hier a été claire: Bruno Le Maire et Jean-François Copé n’ont pas réussi démontrer qu’ils incarnaient une «droite» spécifique ; quant à NKM, son discours est assurément tranché, mais il ne justifie pas une démarche personnelle à ce niveau, et aurait mérité de s’inscrire dans une ligne portée par un des trois candidats. En clair, ils ont des profils de ministres, pas de président.

Le cas de Jean-Frédéric Poisson est particulier en ceci qu’il est le seul représentant de la droite chrétienne. On pourrait d’ailleurs déplorer qu’un meilleur travail n’ait pas été effectué en amont pour aiguiser le message de cette droite, dont assurément la France a besoin et qui mériterait de sortir de l’ornière dans laquelle elle est entrée il y a de nombreuses années. Le profil de Jean-Frédéric Poisson n’était pas en mesure de concurrencer celui des trois favoris, mais son discours en revanche a interpelé, par sa capacité à approcher les problématiques habituelles sous un angle neuf, décalé. Assurément, la droite chrétienne a un message à porter, et la droite républicaine aurait tort de l’ignorer.

Une remarque générale également concernant une absence dommageable dans ces débats. Celle d’un candidat centriste. L’impact de cette absence est double. Premièrement, il génère une interrogation. L’intitulé est: Primaire de la droite et du centre, et cependant il n’y a pas de représentant du centre. Ceci est probablement symptomatique de la crise identitaire que traverse la droite. Deuxièmement, cela favorise Alain Juppé, dont la position modérée rassemble des suffrages qui auraient naturellement dû se porter sur le candidat centriste, et ainsi redistribuer les cartes entre les favoris.

Ces favoris sont au nombre de trois, et, à l’issu de ce troisième débat, leurs positions sont désormais bien identifiées. Alain Juppé est le candidat d’une droite modérée qui mord sur le centre. Nicolas Sarkozy est le candidat d’une droite forte qui mord sur l’extrême droite. François Fillon se situe entre les deux, ne mordant ni d’un côté ni de l’autre, représentant idéal-typique – pour reprendre un terme de Max Weber – de la droite française, ce qui explique probablement son succès croissant. Plusieurs éléments sont à noter tout de même:

D’un point de vue économique tout d’abord, le libéralisme, même si tous s’en défendent, est à l’honneur. Cela a été de nouveau rappelé, même si brièvement, hier soir. Réduction de la dépense publique. Augmentation du temps de travail des fonctionnaires. Allongement des durées de cotisation. Et puis, l’éternelle marotte de tous les gouvernements: l’emploi et la croissance par une politique de l’offre en bonne et due forme. Aucune approche décalée, ou différenciée: les trois profils sont, peu ou prou, identiques. Notons entre parenthèse, puisque l’alternance se profile et que l’un des trois sera très probablement le prochain président de la République, que l’effort que les Français s’apprêtent à consentir sera douloureux. Que le retour sur investissement sera uniquement monétaire ; qu’il leur apparaîtra relativement faible en comparaison de ce que cela leur aura coûté à titre personnel ; que ce retour sur investissement sera non uniforme parmi l’ensemble des classes sociales et donc sujet à caution. La mesure de la qualité de vie, ou du bonheur, s’en ressentira. Ces politiques sont proches de celles, anglo-saxonnes des années 1980, ou allemandes des années 2000. Elles sont indispensables vu l’état économique de la France, mais elles ne sont pas des politiques d’avenir ; la droite aura donc à poursuivre sa réflexion sur le libéralisme économique quand bien même elle accèderait au pouvoir.

Le thème de l’Europe a été un autre des sujets majeurs de la soirée ; il a été un révélateur également de la position globale de la droite française: une droite européenne qui reconnaît les dérives de l’UE et désire les infléchir, tout du moins en ce qui concerne les frontières, économiques et migratoires. Cependant, il faut l’avouer, aucun candidat n’a été à même de traduire le sentiment des Français, celui d’une Europe en échec, et dont, cependant, il nous est impossible de nous défaire. L’incapacité à poser ce constat de façon claire a empêché les candidats d’embrasser la seule position qui puisse résonner en matière d’Europe avec les attentes du peuple de droite: la position gaulliste. Être gaulliste, c’est assumer sa part de nationalisme. Or, la droite contemporaine l’a entièrement abandonné à l’extrême droite. Être gaulliste, c’est assumer sa part de réalisme. Or la droite l’a abandonné au profit d’un idéalisme, assez flou d’ailleurs. Dès lors, quand parler d’Europe devrait revenir à parler de la nation française dans l’Europe, les candidats évoquent une Europe à l’intérieur de laquelle se trouve la nation française. Les limites de leur discours ne sont pas techniques, elles sont philosophiques. La droite ne comprend plus ce que sont les ressorts d’une philosophie nationaliste. Elle est donc incapable d’imaginer les moyens de l’adapter à la situation actuelle. Les propositions s’en ressentent.

En conclusion, que dire sinon que la campagne présidentielle qui commencera pour le candidat choisi le 27 novembre prochain ne pourra pas se limiter à faire de la pédagogie autour de son projet. Même si la conjoncture politique lui confère de bonnes chances de l’emporter en mai prochain. Même s’il n’aura pas de mal, une fois élu, à faire mieux que ce qui a été réalisé durant le présent quinquennat. La raison est simple et connue: la France est plongée dans une crise, qui est une crise de la modernité ; celle-ci s’est ouverte au lendemain de la première guerre mondiale et ne s’est toujours pas refermée. Elle se révèle particulièrement aigue à l’heure actuelle. Elle imposera au Président élu de ne pas reproduire l’équation habituelle: Pouvoir politique = Gestion administrative + Production législative. Elle lui imposera de repenser encore une fois le sens du vocable «pouvoir politique». Autant s’y préparer dès à présent.

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