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Primaire de la droite : la stratégie suicidaire d’Alain Juppé

De calculs politiciens en calculs politiciens, Alain Juppé n’aura pas su offrir de voie intéressante à la droite et à la France dans cette primaire. Peu pleureront son échec quasi certain dimanche prochain.

Au premier tour de la primaire ouverte de la droite et du centre, Alain Juppé, grand favori, a finalement terminé en deuxième place avec 28%, derrière un François Fillon triomphant à 44%. Une situation très compliquée pour l’ancien Premier Ministre, condamné à prendre des électeurs à tous ses concurrents. Pourtant, Alain Juppé semble persister dans une stratégie suicidaire…

Un positionnement à gauche pour une primaire… de droite

Depuis sa candidature, Alain Juppé a fait campagne, ou plutôt n’a pas fait campagne, convaincu que l’antisarkozysme suffirait à le faire élire en tant que favori des sondages. Quand il a pris position, c’est essentiellement en se positionnant au centre (sur le spectre des primaires), sur le créneau du vote utile, voire en draguant ouvertement la gauche.

Un positionnement très clairement visible sur cette carte électorale par bureau de vote à Paris (Crédits Le Figaro). Le vote Juppé (en rose, ça ne s’invente pas) recouvre quasi parfaitement les arrondissements de gauche, le vote Fillon (en bleu) les arrondissements de droite.

Gros hic, les bureaux de vote Juppé ont environ 2 fois moins de votants (~500) que les bureaux de vote Fillon (~1000), puisque les électeurs de gauche se mobilisent évidemment beaucoup moins pour une primaire de droite.

C’est la droite classique qui s’est surmobilisée, dans le 7e, 8e, 16e, 17e à Paris, Versailles, Saint-Cloud, Neuilly en IDF, avec des files d’attente de plusieurs heures pour pouvoir voter. Ce n’est pas, si elle existe, la droite « moderne » juppéiste.

Une gauche absente du 2e tour et Juppé à moins de 25% ?

Avec une campagne incompréhensible à gauche de la droite pour une primaire… de droite, Juppé perd donc la droite et gagne marginalement à gauche, comme l’ont montré les résultats électoraux de dimanche soir.

Problème supplémentaire, avec l’élimination surprise de Nicolas Sarkozy, on peut s’attendre à ce que les électeurs de gauche restent chez eux dimanche prochain. Sur les 15% d’électeurs de dimanche dernier qui se disaient de gauche, une large part avait voté pour Alain Juppé pour échapper à Nicolas Sarkozy. Combien ne reviendront pas dimanche prochain ? Il suffirait que la moitié restent chez eux pour qu’Alain Juppé descende à 25% dans une semaine, même avec les reports de voix de NKM.

Les élites juppéistes contre le peuple ?

Plus problématique, la stratégie retenue par Alain Juppé et ses équipes pour préparer le second tour semble être d’amplifier ce positionnement à gauche de la droite, voire de s’approprier, avec un ton à la limite de la condescendance, la « modernité » face aux « réactionnaires » de l’autre bord, « traditionalistes », provinciaux, homophobes et bigots de préférence. Quand ce n’est pas ça, c’est le discours techno, sur l’irréalisme supposé du programme de François Fillon, avec une bataille de chiffres digne de l’énarque Juppé.

Une recette sûre pour un résultat à la Hillary Clinton face à Donald Trump (lire notre article Donald Trump élu grâce au politiquement correct ?). Un parallèle qui n’a pas échappé aux équipes Fillon, avec des porte-paroles qui associent Juppé aux élites et aux médias, face au « bon sens paysan » de François Fillon, qui « trace son sillon » fidèlement à ses idées.

Des ralliements sans cohérence

Ce positionnement n’est pas aidé par des ralliements sans grande cohérence : quid d’un Hervé Mariton, qui s’est fait le héraut de la Manif pour Tous et de l’électorat catholique il y a encore quelques semaines et défendait une remise en cause du droit à l’avortement, se faisant dimanche soir sur BFM le champion de ce même droit à l’avortement qu’il voulait réduire ? Au point de susciter l’incompréhension sur Twitter

Et que penser d’un Jean-François Copé, qui s’est fait le champion de la « droite décomplexée », revendiquant le terme à chacun des débats, et qui rallie aujourd’hui Alain Juppé, le champion du centre droit et de l’opposition à une droite trop à droite ?

Un gâchis

Quel dommage, quand on aurait pu espérer un positionnement libéral cohérent au lieu d’une course à l’échalote au « plus à gauche que moi ». Un gâchis déjà pour le libéralisme, puisque les électeurs libéraux n’attendaient qu’un programme réellement réformateur sur l’économie, et non une poursuite de l’immobilisme chiraquien ; un programme sociétal ouvert et non un conservatisme à la François Fillon.

Un gâchis aussi pour les Français, puisqu’il faudrait être aveugle pour croire que la réponse à apporter au Front National, c’est le positionnement le plus à gauche possible pour s’assurer les votes du PS, et non un réel travail programmatique. Tristes calculs politiciens qui nourrissent à juste titre la hausse de tous les extrêmes.

De calculs politiciens en calculs politiciens, Alain Juppé n’aura pas su offrir de voie intéressante à la droite et à la France dans cette primaire. Peu pleureront son échec quasi certain dimanche prochain.

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