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Entretien avec Valentin Vasilescu

Entretien avec notre collaborateur, le commandant Valentin Vasilescu, paru sur la Voix de la Russie en 2014. Nous le republions aujourd’hui pour que nos lecteurs puissent mieux comprendre comment c’est faite la grande vague d’OTAN-isation forcée en Roumanie et en l’Europe de l’Est.

Valentin Vasilescu, pilote d’aviation, ancien commandant adjoint de l’aéroport militaire Otopeni, a vécu un grand drame après avoir été faussement accusé dans le dossier des cigarettes 2. Il s’en est suivi des années de lutte contre les autorités de son pays.

C’est seulement en 2009 que Valentin Vasilescu a obtenu le verdict qui l’innocentait. Le 30 Janvier 2014, il a enfin gagné son procès contre l’État roumain pour obtenir réparation des préjudices dus à l’erreur judiciaire. En conséquence, l’Etat roumain devra verser une indemnité morale et matérielle à cause de la  durée excessive de la procédure. Dans une interview avec la Voix de la Russie, M. Valentin Vasilescu nous a donné plus de détails.

Voix de la Russie : Vous avez été victime d’un grave déni de justice, sans précédent en Roumanie. Que signifient pour vous ces 16 années de harcèlement judiciaire dans l’affaire des cigarettes?

Valentin Vasilescu : Comme vous pouvez le constater, la première conséquence est que j’ai perdu mon emploi et je suis au chômage depuis 2004. J’ai ensuite commencé à avoir des problèmes de santé. L’appartement et la voiture avaient été saisis lors de mon arrestation en 2008. Par la suite, nous avons eu des dettes et j’étais très proche de vendre mon appartement, et de me retrouver sans toit. Pendant les 10 premières années qui s’en sont suivies, j’avais interdiction de quitter Bucarest, et, de toute façon, je n’avais pas assez d’argent pour aller où que ce soit. J’ai eu, et je pense que c’est encore le cas, interdiction d’occuper un poste dans le domaine de l’aviation dans lequel je suis qualifié. C’est ainsi que  je me suis inscrit et ai concouru pour des postes de de commandant adjoint, de contrôleur aérien, de chef opérationnel dans plusieurs aéroports du pays, les plus récents étant Baneasa et Targu Mures. Durant toutes ces années, j’ai arpenté les couloirs des  procureurs et des tribunaux à Bucarest, j’ai été suivi pas à pas, j’ai eu toutes sortes de menaces par des appels téléphoniques anonymes, etc.

Voix de la Russie : Comment les médias Roumains ont-ils réagi après cette sentence qui vous confère officiellement le statut de premier prisonnier politique en Roumanie?

Valentin Vasilescu : Au moment du scandale des cigarettes et pendant les deux années qui ont suivi, les grands médias ont littéralement  explosé, écrivant et retransmettant des tonnes de fables sur l’affaire. Tous portant le sceau de l’ignorance crasse et de la mauvaise foi par rapport à une zone bien réglementée, comme l’est l’aviation. Jusqu’à présent, aucun patron des médias roumains n’a pris la peine de constater que j’existe, ni permettre à ses journalistes d’analyser les preuves que j’ai  à ma disposition. Ainsi, après l’annonce du tribunal, à part Alessandra Stoicescu de Antena 3 et Adinei Anghelescu  rédacteur du site ’’ul Lumea Justiţiei’’ , l’ensemble des médias roumains a décidé de la passer sous silence.

Voix de la Russie : Parce que vous êtes une carte de visite brillante en tant que militaire, pensez-vous qu’il y avait compatibilité avec le fait que l’Armée et les services de renseignement de la Roumanie se rapprochaient et entraient par la suite au sein de l’OTAN?

Valentin Vasilescu : Plus ou moins, mais c’est surtout parmi les décideurs politiques que le jeu se jouait. Si nous nous référons aux victoires des services secrets roumains, ils se limitent à leur participation à des jeux politiques en fournissant à la presse, par l’intermédiaire direct de procureurs, des milliers de transcriptions de conversations téléphoniques interceptées par eux, sans qu’il y ait, pour autant, de problèmes pour la sécurité nationale. Par exemple, en 1998, lors des inculpations dans le cas de l’affaire cigarette 2, bien avant le déclenchement de la procédure judiciaire, l’existence du dossier secret N° 18 contenant des conclusions avait été révélée et apparaissait dans un article intitulé affaire cigarette 2 (laissant sous-entendre qu’il y en aurait d’autres, peut-être jusqu’à cigarette 100 ?). Ces informations ont été fournies pour publication au journaliste Christian Levant, très probablement par le procureur militaire Mihai Popov, chef des enquêteurs sur le cas cigarette 2. Dans l’article apparaissent des paragraphes sans rapport avec le dossier, transcriptions des écoutes téléphoniques du citoyen bulgare Rumen Draganov, directeur des opérations à Air Sofia, et de l’accusé Dumitru Popescu, un employé de la société de médiation et de courtage en aéronautique Quick Aero Service, une société dont le propriétaire Shimon Naor était soupçonné par les services secrets roumains de servir de paravent pour le trafic d’armes. Les facteurs politiques ont contraint le major général Cornel Grigoraş, chef du Département de protection du Service de renseignement extérieur (le service n’ayant pas de compétences territoriales en Roumanie) à livrer aux procureurs militaires ces documents internes, avec comme motif : la protection de la vie et de l’action de l’agent de renseignement Rumen Dragnov par la surveillance de ses conversations téléphoniques. Suite à la publication de l’article en question dans ‘’Evenimentul Zilei’’, l’espion Rumen Dragnov qui faisait partie du gouvernement bulgare a été démis de ses fonctions dans le gouvernement et interrogé par les services de renseignement de la Bulgarie. Parallèlement, le général de réserve Ioan Talpeş, qui était l’ambassadeur de Roumanie à Sofia, s’est vu donner, par les autorités bulgares, 48 heures pour rentrer chez lui.

Voix de la Russie : Quelle a été votre première pensée au sujet de la somme d’argent que vous allez recevoir lorsque vous avez appris la sentence du tribunal ?

Valentin Vasilescu : J’étais heureux de pouvoir enfin chauffer convenablement  la chambre de mon fils pour la première fois depuis 10 ans.

Voix de la Russie : Enfin, quel est le message que vous voudriez envoyer aux Roumains?

Valentin Vasilescu : Un avis plutôt. On ne peut pas attendre de ceux qui ont débarqué après 1989, arrivant directement dans la stratosphère sur une pile d’argent qu’ ils se sont immédiatement accaparé, de voir et de comprendre un « ver » qui a eu le courage de se battre pour la justice. Ils ne le feront pas non plus quand le ‘’ver’’ gagne définitivement la bataille lorsqu’il s’agit de la justice. De toute façon, dans leur propre stratosphère, la justice n’y arrivera jamais.

Traduction Avic du RI

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