Accueil FOCUS Analyses Washington & Orients : Une administration qui sera aux taquets, semble-t-il !

Washington & Orients : Une administration qui sera aux taquets, semble-t-il !

Donald J. Trump, homme de compromis ? Certes. Jusqu’où ira-t-il sur les dossiers du Levant & d’Orient ? D’ici à son installation dans l’Oval room : quelques premiers éléments à prendre en compte..

Q. Entrons dans le vif du sujet : pensez-vous des premiers pas de Trump ?

Jacques Borde. Compte tenu du fait qu’il n’est pas encore en piste, du moins officiellement, je trouve que ce qu’amorce Donald J. Trump va plutôt dans le bon sens.

Comme l’a écrit Eber Addad sur Facebook, « Trump n’est pas encore président qu’il a réussi à empêcher la délocalisation du constructeur d’appareils d’air conditionné Carrier, 1.100 emplois sauvés, 1.100 familles tranquillisées, et d’une importante usine Ford. Il vient de faire annuler le contrat de Boeing pour fournir les 2 nouveaux 747 de la présidence, Air Force One et Two, pour la bagatelle de 4 Md$US alors que le prix catalogue est de 375 M$US l’un ».

Même si l’on s’achemine plus vers une remise à plat de dossier et de grosses ristournes de la part de Boeing, inutile de préciser que les « bénéficiaires de rétro commissions, bakchich pour les intimes, de l’administration Obama » doivent faire grise mine…

Idem pour ses nominations. Jusqu’à présent, je ne vois pas grand-chose à redire.

Q. Vous parlez de qui ?

Jacques Borde. Si je reste sur ce qui nous intéresse : la géostratégie, les noms qu’il propose – outre qu’ils ne marquent pas de rétropédalages quant à l’essentiel de ses promesses de campagne, ce qui est bon signe – sont positifs.

L’Attorney General1, Jefferson B. Jeff Sessions III, est bien dans la ligne définie par Trump. Qui plus est, sa clémence envers la clique Clinton ne devrait pas franchement être celle de Titus ! Tant mieux…

Mike Pompeo2, qui ne sera plus contrairement à ses prédécesseurs le Director of National Intelligence (DNI) en tant que directeur de la CIA, offre aussi le profil d’un homme d’État à l’aise dans ses bottes. Sa nomination aurait été conditionnée à son acceptation de l’abandon des réformes des présidents Bush et Obama en matière de Renseignement. Notez que membre de la commission parlementaire créée pour tirer au clair la tragédie de Benghazi, il a toujours été très sévère à l’endroit de la précédente administration. Là encore le temps devrait se gâter pour les Clinton !

Pompeo, in fine, offre un profil assez proche de celui de Michael T. Flynn. Les deux hommes se compléteront assez bien finalement. Tant mieux, leur postes respectifs réclamant beaucoup de souplesse et d’entente. Cela devrait être positif pour la lutte contre le terrorisme.

Q. Vous avez dit que Pompeo ne sera plus le DNI ?

Jacques Borde. Non effectivement. Les agences de Renseignements ne rendrons plus  plus compte à un Director of National Intelligence (DNI), dont le poste va très certainement être carrément supprimé, mais au National Security Adviser directement…

Q. Donc à Flynn en personne…

Jacques Borde. J’y venais !

Q. Certains prêtent à Flynn une certaine défiance vis-à-vis de la CIA…

Jacques Borde. Oui et non. Certes, Flynn a bien essayé de booster comme Service Action au sein du US Deparment of Defense, le Defense Clandestine Service (DSC). Mais le soufflé n’a pas vraiment pris. En fait, excroissance du Directorate of Operations de la DIA, mais opérant étroitement avec le Directorate of Operations de la CIA et le Joint Special Operations Command (JSOC), le DSC (qui comptait 500 hommes) était surtout un doublon de quelque-chose qui existait déjà.

En fait, toujours la recherche du maximum d’efficacité. Ou plus précisément, l’éternel dilemme : réduire la la boucle OODA3 entre les Renseignements et l’action sur le terrain. Ce qu’ont parfaitement réussi les Israéliens, lorsque le patron du Sherut Ha’Bitaron A’Klali (SHABAK)4, le Dr. Yuval Diskin, s’est attelé à cette tâche.

Là, Flynn va au plus simple : pas de directeur d’agence pour gripper la mécanique, pas de DNI. Tout remontera, sans intermédiaire, au National Security Adviser. Michael T. Mike Flynn5 se veut comme The right man at the right place et pour y arriver il s’en donne les moyens.

Q. Quelles seront ses premières priorités ?

Jacques Borde. C’est assez simple. Dans l’ordre :

1- établir de bonnes relations russo-américaines qui, à ses yeux, sont vitales pour l’équilibre du monde ;
2- éradiquer Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)6.

Flynn se montrera tout aussi inflexible avec les partisans de l’islam politique (sic) proches du Jamiat al-Ikhwan al-Muslimin7, ces derniers risquant de se retrouver assez vite sur la liste des organisations terroristes. Enfin, devrait-on dire. Et, gare à ceux qui, dans notre vieille Europe, les soutiendront encore !

Je n’ai, à ce stade, qu’un seul bémol à apporter…

Q. Lequel ?

Jacques Borde. L’appui actuel de Flynn à la Turquie et à son tumultueux président, Reccep Tayyip Erdoğan, pose problème. Mais, pas d’affolement, il est à parier que la pratique du pouvoir amènera Flynn à revoir sa copie8.

Q. Décidément, Erdoğan n’est pas votre tasse de thé ?

Jacques Borde. Pas vraiment, non. Je confesse ma méfiance extrême vis-à-vis du bonhomme. Vous savez, même si je respecte le choix des peuples à disposer d’eux-mêmes, parfois ces choix ne sont pas très engageants. Ni pour ces peuples eux-mêmes, ni pour le reste du monde.

Q. Des exemples ?

Jacques Borde. Un, si vous le voulez bien. Je pense que conduire et reconduire le populiste Mahmoud Ahamadinéjad fut une erreur de la part du peuple iranien.

En fait, Reccep Tayyip Erdoğan, est un peu l’Ahamadinéjad turc. Même goût pour la provocation, même mysticisme religieux. Et, plus gênant, beaucoup plus intelligent qu’Ahamadinéjad.

Ah, aussi très embarrassant : le fait que le bouillant Erdoğan soit à la tête d’une des plus puissantes armées de l’OTAN.

Q. Donc, là, vous êtes inquiet ?

Jacques Borde. Oui et non. Certes actuellement, Erdoğan semble pouvoir bénéficier du tropisme en sa faveur du National Security Adviser Flynn. Mais c’est tout !

Mais, à bien y regarder, Michael T. Mike Flynn :

1- n’est pas tombé de la dernière pluie. Il n’est pas le genre d’homme à se laisser berner ;
2- est d’une autre trempe que nos caciques européens sans colonne vertébrale qui se laissent tant impressionner et manipuler par Erdoğan ;
3- Flynn, pour important que soit son poste, est aussi là pour mettre en application la géopolitique de son patron, le président  Donald J. Trump. Or, Trump semble savoir ce qu’il veut et ne fléchira pas face aux rodomontades du maître de la Sublime porte.

Trump a, aussi fait le choix de conseillers orientaux-américains, mais chrétiens. Des hommes qui connaissent mieux que quiconque les maux que trimballe Erdoğan dans les roulottes de ses armées, si je puis dire.

Trump est aussi très attentif à ce que lui dit la communauté arméno-américaine qui allie deux traits de caractère essentiels : une connaissance de ce que représente un homme comme Erdoğan au plan géostratégique, une fidélité sans faille à la patrie qui lui a ouvert les bras : les USA.

Des proximités salutaires qui, hélas, font cruellement défaut à la classe politique française. Qui, dans son ensemble se complaît dans la même nonchalance vis-à vis du danger néo-ottoman.

Or, et bien sûr ça n’est qu’un avis personnel, ça n’est pas cet état d’esprit qui devrait prévaloir pour les prochaines années, sur les rives du Potomac. Le temps des courbettes face aux danseuses du ventre et autres porteurs de valises y est passé de mode, balayé par la vox populi. Et, surtout, l’arrivée aux commandes d’hommes à poigne qui n’auront pas l’intention de s’en laisser compter.

Notes

1 Ministre de la Justice.
2 Élu conservateur du Kansas.
3 Pour Observation-orientation-décision-action. Appelé aussi Cycle de Boyd.
4 Pour Service de Sécurité générale. Équivalent israélien de la DGSI et du FBI.
5 Ancien directeur, de 2012 à 2014, de la Defense Intelligence Agency (DIA, Agence du Renseignement militaire), répond aux besoins du président des États-Unis, du US Secretary of Defense, du Joint Chiefs of Staff (JCS, Comité des chefs d’état-major interarmées). Michael T. Flynn est l’auteur avec Michael Ledeen de The Field of Fight: How We Can Win the Global War Against Radical Islam & Its Allies. St. Martin’s Press. ISBN 1250106222.
6 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
7 ou Association de la Confrérie des musulmans, autrement dit les Frères musulmans (FM).
8 Ou les recommandations de ses conseillers, notamment Arabo-américains (au sens large).

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