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Comment Villiers rewrite Paul et Virginie en 1885

O jeunesse dont on attend éveil, révolution, enthousiasme !

Il faut se calmer sur ce sujet, à l’heure où le mouflet coûte 50.000 euros par an à ses parents séparés pour terminer son masters à Melbourne en attendant d’aller pantoufler à l’Oréal.

En 1885, Villiers de l’Isle-Adam célèbre la jeunesse moderniste et branchée, celle de nos Gambetta, Sarkozy, Chirac, Fillon, Hollande. Et cela donne dans le remake bobo de Paul et Virginie. Ce conte cruel s’appelle Virginie et Paul et, dirait Alphonse Allais, c’est à se tordre. On commence avec le maître et sa prose joyeuse :

C’est un premier rendez-vous ! C’est une page de l’idylle éternelle ! Comme ils doivent trembler de joie l’un et l’autre ! Salut, innocence divine ! souvenir ! fleurs ravivées !

– Paul, mon cher cousin !

– Donnez-moi votre main à travers la grille, Virginie. Oh ! mais est-elle jolie, au moins ! Tenez, c’est un bouquet que j’ai cueilli dans le jardin de papa. Il ne coûte pas d’argent, mais c’est de coeur.

– Merci, Paul. – Mais comme il est essoufflé ! Comme il a couru !

– Ah ! c’est que papa a fait une affaire, aujourd’hui, une affaire très belle ! Il a acheté un petit bois à moitié prix. Des gens étaient obligés de vendre vite ; une bonne occasion. Alors, comme il était content de la journée, je suis resté avec lui pour qu’il me donnât un peu d’argent ; et puis je me suis pressé pour arriver à l’heure.

– Nous serons mariés dans trois ans, si vous passez bien vos examens, Paul !

– Oui, je serai un avocat. Quand on est un avocat, on attend quelques mois pour être connu. Et puis, on gagne, aussi, un peu d’argent.

– Souvent beaucoup d’argent !

– Oui. Est-ce que vous êtes heureuse au pensionnat, ma cousine ?

– Oh ! oui, Paul. Surtout depuis que madame Pannier a pris de l’extension. D’abord, on n’était pas si bien ; mais, maintenant, il y a ici des jeunes filles des châteaux. Je suis l’amie de toutes ces demoiselles. Oh ! elles ont de bien jolies choses. Et alors, depuis leur arrivée, nous sommes bien mieux, bien mieux, parce que madame Pannier peut dépenser un peu plus d’argent.

– C’est égal, ces vieux murs… Ce n’est pas très gai d’être ici.

– Si ! on s’habitue à ne pas les regarder. Mais, voyons, Paul, avez-vous été voir notre bonne tante ? Ce sera sa fête dans six jours ; il faudra lui écrire un compliment. Elle est si bonne !

– Je ne l’aime pas beaucoup, moi, ma tante ! Elle m’a donné, l’autre fois, de vieux bonbons du dessert, au lieu, enfin, d’un vrai cadeau : soit une jolie bourse, soit des petites pièces pour mettre dans ma tirelire.

– Paul, Paul, ce n’est pas bien. Il faut être toujours bien aimant avec elle et la ménager. Elle est vieille et elle nous laissera, aussi, un peu d’argent…

– C’est vrai. Oh ! Virginie, entends-tu ce rossignol ?

– Paul, prenez bien garde de me tutoyer quand nous ne serons pas seuls.

– Ma cousine, puisque nous devons nous marier ! D’ailleurs, je ferai attention. Mais comme c’est joli, le rossignol ! Quelle voix pure et argentine !

– Oui, c’est joli, mais ça empêche de dormir. Il fait très doux, ce soir : la lune est argentée, c’est beau.

– Je savais bien que vous aimiez la poésie, ma cousine.

– Oh ! oui ! la Poésie ! … j’étudie le piano.

– Au collège, j’ai appris toutes sortes de beaux vers pour vous les dire, ma cousine : je sais presque tout Boileau par coeur. Si vous voulez, nous irons souvent à la campagne quand nous serons mariés, dites ?

– Certainement, Paul ! D’ailleurs, maman me donnera, en dot, sa petite maison de campagne où il y a une ferme : nous irons là, souvent, passer l’été. Et nous agrandirons cela un peu, si c’est possible. La ferme rapporte aussi un peu d’argent.

– Ah ! tant mieux. Et puis l’on peut vivre à la campagne pour beaucoup moins d’argent qu’à la ville. C’est mes parents qui m’ont dit cela. J’aime la chasse et je tuerai, aussi, beaucoup de gibier. Avec la chasse, on économise, aussi, un peu d’argent !

– Puis, – c’est la campagne, mon Paul ! Et j’aime tant tout ce qui est poétique !

– J’entends du bruit là-haut, hein ?

– Chut ! il faut que je remonte : madame Pannier pourrait s’éveiller. Au revoir, Paul.

– Virginie, vous serez chez ma tante dans six jours ? … au dîner ? … J’ai peur, aussi, que papa ne s’aperçoive que je me suis échappé, il ne me donnerait plus d’argent.

– Votre main, vite.

Pendant que j’écoutais, ravi, le bruit céleste d’un baiser, les deux anges se sont enfuis ; l’écho attardé des ruines vaguement répétait : “… De l’argent ! Un peu d’argent ! “

O jeunesse, printemps de la vie ! Soyez bénis, enfants, dans votre extase ! vous dont l’âme est simple comme la fleur, vous dont les paroles, évoquant d’autres souvenirs à peu près pareils à ce premier rendez-vous, font verser de douces larmes à un passant !

Ce texte ne devrait pas vous faire rire. Car il faut redresser la France !

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