Accueil DÉBATS Invités La société des femmes 1/3 – Le sexe fort

La société des femmes 1/3 – Le sexe fort

Même la civilisation la plus misogyne de la planète dépend entièrement des femmes pour sa subsistance quotidienne, sans quoi elle s’effondrerait en quelques jours.

L’évolution de la civilisation moderne, qui nous a fait passer d’un état de subsistance à une « Cité de technique », nous occulte bien souvent des vérités plus anciennes. Nous mettons en valeur les spécificités de la modernité, aux dépens des banalités que nous considérons plus austères : autant la société évolue et autant le confort qu’elle apporte nous fait oublier certains fragments de la réalité du monde.

Nous nous gargarisons d’égalité, de droits, d’équité, de social et d’un tas d’autres concepts aussi vaporeux qu’imprécis. Cette omniprésence de philosophie faite de slogans, se superpose à la vérité tel un prisme, nous faisant imaginer que ce que la société veut, la vie le veut aussi. Ce serait oublier un peu vite que la civilisation « moderne » s’est surtout construite sur le totalitarisme constructiviste, cette volonté de construire la Cité selon un schéma, né de la main humaine et considéré comme « supérieur » au primitif « état de nature ».

Une civilisation moderne contre-nature

Une société rebâtie sur de telles bases est contre-nature, par définition, notamment dans les rapports sociaux qu’elle se proposera d’encourager et ceux qu’elle prescrira de déraciner. En mettant en avant ses solutions, dans les associations humaines, la Cité entend rompre avec l’organisation naturelle, pourtant plus élégante, en vue d’y imposer sa propre idée de ce que devrait être une relation « optimale » entre les individus.

Mais bien peu de choses ont autant souffert du passage aux âges civilisés que les relations entre les sexes du fait que la société, par sa volonté de refonder perpétuellement le foyer, y a engendré d’immenses dégâts. Au point que l’Homme moderne1 ne sait plus vraiment ni ce qu’est un homme ni ce qu’est une femme. Il s’imagine les deux genres comme des « égaux », confondant ici « égalité » et « uniformité », déployant ensuite son étrange vision sur le reste de la vie terrestre comme une évidence, à laquelle les observations et expériences devront se plier.

Le monde du vivant est vaste, il embrasse une somme de possibilités si immense que même à notre époque pourtant « hautement raffinée », nous n’en connaissons qu’une parcelle restreinte. Pourtant, il se fait quelques principes communs à certaines, que nous pouvons appréhender malgré tout. Pour cette démonstration, nous ne nous intéresserons qu’à ceux qui sont réservés aux espèces que l’on dit « sexuées ».

La préséance du féminin dans le monde biologique

La première de ces normes, c’est que le sexe féminin est quasiment toujours supérieur, faisant ici démonstration d’une préséance dans l’ensemble du monde biologique. Le genre est non seulement dominant, mais s’avère au sommet du développement physiologique dans quelques cas – notamment chez les araignées et les insectes en général, où le mâle est accessoire, le plus souvent.

La vie semble apprécier la simplicité, allant immédiatement au plus évident : l’individu qui donnera naissance sera aussi celui qui pourra contrôler le foyer. En conséquence de quoi, seules les reines sont territoriales, les mâles n’étant que des invités temporaires. Le concept de « maison » n’a aucun sens sans celui « d’enfant », qui appartient au domaine exclusif de la mère.

Contrairement à l’idée que l’on se fait aujourd’hui, il faudra attendre bien plus de temps pour que la nature donne finalement une fonction autre que reproductrice au mâle. Dans la genèse de la vie, c’est l’homme qui a été « créé à partir d’une côte de la femme » et non l’inverse : la vie a « inventé » la femelle en premier. Les organismes non-sexués ne sont composés que d’individus reproducteurs, par définition. Ils ne sont donc formés que de « femelles », si l’on devait faire un parallèle avec les espèces sexuées.

Les premières activités masculines sont nées avec les animaux dont la socialité fut plus ouverte. Ceux qui différaient des essaims en cela qu’ils démontraient une grande malléabilité dans leur organisation collective : les espèces sociales que l’on dit « nomades », notamment représentées par les reptiles et les oiseaux. Contrairement aux fourmilières rigides, sédentaires et dépendantes des conditions initiales de leur environnement pour perdurer, les espèces nomades s’adaptent à celles que leurs sont proposées, où se déplacent vers de meilleures contrées. Leur socialité découle des conditions possibles. Aussi, mâle comme femelle doivent pouvoir survivre indépendamment en couvrant de larges surfaces de terrain.

Si la femme parvient à s’imposer dans les sociétés des grands reptiles du crétacé ou du jurassique, les mâles y sont en comparaison bien plus forts qu’ils ne l’étaient pour d’autres espèces plus anciennes : ils ont une fonction, impliquant une compétition, qui consiste à faire office de gardien. Le mâle est devenu le protecteur du foyer2 engendré par la femelle. Il se voit alors sélectionné selon des critères qui varieront selon les conditions, mais notamment pour sa capacité d’adaptation et de vigilance. Les femelles sont à l’origine de la sélection des espèces, puisque ce sont elles qui vont décider de leur mâle.

Ce sont elles aussi qui ont déterminées la force comme étant un critère de sélection déterminant, ne recherchant plus seulement un reproducteur, mais quelqu’un à même de défendre sa progéniture en son absence. La prise d’une telle fonction a modifié le rapport qu’a le masculin face à son environnement : il est devenu territorial afin d’être capable de placer des frontières pour ses semblables. Mais la femelle est aussi en quête d’un « champion », la nature ayant déterminé que la destruction des autres foyers de peuplement s’avère une excellente méthode de résolution des conflits : le mâle n’est pas seulement un garde, c’est aussi un guerrier qui aura la charge d’assassiner les rivales. Il fait à la fois office de lance et de bouclier.

Avec le temps, les activités masculines se sont étendues pour couvrir toutes les activités du territoire, augmentant d’autant ses chances de survie : recherche de nourriture, pistage et même construction du logis. Il s’est fait multifonction, n’étant pas astreint aussi rigoureusement au territoire que son pendant féminin.

La cité de nature

La « cité de nature » qui en découle n’en reste pas moins totalement matriarcale : la mère domine son foyer et transmettra à sa fille la tâche d’en fonder un autre, qu’elle dirigera à son tour. Le nouveau domaine entrera parfois en rivalité avec l’ancien et le père pourra être amené à tuer sa propre fille, si nécessaire. Mais la société est irrémédiablement appelée à évoluer, désormais. Après un moment, ce ne sont plus seulement quelques individus isolés qui se répartissent des tâches, mais des meutes entières qui se forment. Nos biais modernes nous font voir ces coteries comme des sociétés où les hommes les plus forts ont les meilleures femmes, la réalité est pourtant exactement inverse : ce sont les femelles les plus puissantes qui choisissent les plus forts.

Ceci étant, la force est rare et le foyer en a besoin pour survivre. Ainsi, les territoires masculins sont parfois partagés entre plusieurs femelles. Mais plus le temps va s’écouler et plus il sera amené à devenir le gardien d’un foyer unique, « l’épouse » considérant ses rivales comme un danger perpétuel. Avec la sédentarisation3, il n’y a plus seulement une mère, mais plusieurs qui devront s’accommoder d’une vie côte à côte, au sein d’un même « super-foyer » : ce territoire de multiples « épouses » et de multiples « gardiens » est le prototype de la Cité moderne. Nous ne sommes que les jeunes héritiers de ces traditions, vieilles de trois milliards d’années.

Avec l’évolution sociale, le mâle n’est plus seulement un reproducteur, il peut désormais opérer entièrement seul dans l’ensemble des fonctions nécessaires à la survie : il peut chasser, pister, cueillir, construire, soigner, etc. Néanmoins, il n’est pas astreint de la même façon que la femelle au territoire, du fait qu’il n’a pas à procréer lui-même. Sa puissance vient de sa quasi-inutilité, relativement à la reproduction : puisqu’il n’a pas à utiliser son énergie à cela, il est libre de la dépenser où il le veut, là où sa compagne ne le peut pas. Ce ne sont, désormais, plus entièrement les épouses qui choisissent leurs gardiens, mais ces derniers qui peuvent décider de qui ils protégeront ou pas, du fait qu’ils sont devenus nécessaires à sa survie : la société devient, peu à peu, patriarcale.

Puisque le père est le rempart de la famille, dans son esprit « sa » femme a tendance à devenir, petit à petit, une créature faible et fragile, un sujet de sa « protection ». Pourtant, la réalité n’a pas changé d’un pouce et, même si le sexe que l’on dit aujourd’hui « faible », par déformation, semble sous l’autorité de l’homme, cela ne l’empêche en rien d’avoir un contrôle absolu sur le foyer et donc, par son intermédiaire, sur la société humaine, dont il demeure le constituant central.

Même la civilisation la plus misogyne de la planète dépend entièrement des femmes pour sa subsistance quotidienne, sans quoi elle s’effondrerait en quelques jours. Le pouvoir féminin est un pouvoir sacré, conféré par la nature même. Alors que le pouvoir masculin est temporel : il peut se l’octroyer par sa force ou son utilité mais le perdra à sa mort, au profit de sa fille, qui sera libre de perpétuer ou non son héritage.

Notes

  1. Le mot « Homme » n’est pas spécifiquement masculin et vient du latin « Hominem », l’humain, dont on tirera plus tard le concept d’Hominidé. Il faudra attendre le moyen-âge pour que le terme se fasse spécifiquement masculin en français.
  2.  Un « foyer » représente le lieu où, traditionnellement, l’on dispose un feu. C’est le centre de la maison, l’élément qui la rend habitable. Le mot ne doit pas être traduit comme une expression du concept de « femme au foyer » qui n’a strictement rien à voir. Une femme est la seule dominante de son foyer, alors qu’une femme au foyer est astreinte au mâle et lui doit une obéissance parce qu’il le contrôle ; qu’il est, en quelque sorte, un envahisseur de son territoire lui dictant sa volonté. C’est précisément ainsi qu’il faudra le comprendre : durant toute la démonstration, le mot foyer devient un synonyme du mot « territoire ». C’est-à-dire une zone intellectuellement délimitée comme étant le lieu le plus sûr où le « nid » puisse être disposé.
  3. Qui n’a jamais été complètement terminée, en vérité : même à notre époque les populations ne sont pas entièrement sédentaires.

La société des femmes 1/3 – Le sexe fort
La société des femmes 2/3 – D’Aphrodite à Héphaïstos
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