Accueil FOCUS Analyses Du Déplacement de l’ambassade US à Jérusalem au minus State : De quelle Palestine parle-t-on ?

Du Déplacement de l’ambassade US à Jérusalem au minus State : De quelle Palestine parle-t-on ?

Fi du tohu-bohu actuel, les positions de Trump sur le dossier israélo-palestinien pourraient obliger les Palestiniens à se montrer plus réalistes (sic) & à négocier sans « conditions préalables ». C’est, du moins, ce que croit dur comme fer le centriste Tzahi Hanegbi. Mais négocier quoi & avec qui ?

O tempora, o mores ! L’arrivée aux affaires de la nouvelle administration US, de par ses positions beaucoup plus favorables à Jérusalem que la précédente, pourrait « rendre les Palestiniens plus enclins à relancer les négociations de paix »1. C’est la thèse – aventureuse, jugeront certains – qu’a récemment défendu, Tzahi Hanegbi. Propos qui datent un peu, mais celui qui les a tenus n’est autre que le ministre israélien de la Coopération régionale, donc un homme du sérail politique hiérosolymitain qui, nécessairement, a quelques lumières pour tout ce qui touche au sort à réserver aux Palestiniens.

Or, que nous a dit de beau ce cher Tzahi Hanegbi, cité par nos estimés confrères de Times of Israel ?

Que « Le fait que nous ayons de tels changements venant des États-Unis pourrait encourager les Palestiniens à être plus réalistes et pragmatiques, et finalement les ramener à la table des négociations »2.

Seul bémol, selon lui, il est « peu probable que la communauté internationale s’aligne sur la position »3 du président américain, Donald J. Trump, en ce qui concerne la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. Ou encore sur le fait que Trump refuse de voir dans les implantations – condamnées tant par la Résolution 2334 (2016) que par les attendus de la Conférence de Paris – un obstacle à la paix.

Avis que je tempérerai par le fait que :

1- Des capitales comme Londres, Canberra, voire Rome, n’ont même pas attendu la prestation de serment de Donald J. Trump pour prêter un hommage quasi lige – diplomatiquement parlant, il s’entend – à la doxa trumpienne en la matière.

2- Doxa qui n’est trumpienne qu’en apparence. Démocrates et Républicains sont autant acquis à Israël. Et, passées les premières semaines de tohu-bohu dues à l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald J Trump, tout ce petit monde se retrouvera pour soutenir l’administration Nétanyahu pour la bonne raison que c’est celle qui est en place. Les choses sont parfois nettement plus simples qu’elles n’y paraissent.

3- Ne nous y trompons pas, la présence d’une foultitude d’États et d’entités (76 au total, je crois) à la Conférence de Paris ne change rien au fait qu‘aucun d’entre eux ne s’engagera réellement aux côtés des Palestiniens. Sauf à, comme le font les Européens depuis plus de 40 ans, financer le tonneau des Danaïdes que sont les deux administrations palestiniennes, qu’elle soit du Hamas ou de l’Autorité nationale palestinienne (ANP, pour citer son nom en entier).

4- S’il est une capitale au monde (c’est là un fait objectif) de l’ensemble de alliés, liges ou obligés à qui l’Amérique ne peut pas reprocher son manque d’entrain à investir dans la Défense, c’est bien Jérusalem. Petit par tant part sa taille que sa démographie, l’État hébreu reste la première puissance militaire du Levant.

Par ailleurs, une cause, surtout à l’aune du dossier israélo-palestinien, c’est, avant tout, des montagnes de dollars et un lobbying de tous les instants. Or, les seules puissances d’argent qui vaillent sont celles du Golfe Persique qui, désolé de le rappeler, ont :

1- Beaucoup moins de moyens.

2- Pour certaines davantage d’intérêts communs, même si elles se gardent de le clamer sur les toits, avec Jérusalem que Gaza, voire même Ramallâh.

3- Surtout, beaucoup de soucis. À commencer par l’hydre nazislamiste (comme a tenu à le rappeler un des plus hautes autorités religieuses de Jordanie) qui ne prend plus de gants vis-à-vis de ces bailleurs de fonds tout aussi mécréants à ses yeux que les infidèles que nous sommes.

4- Se soucient des Palestiniens comme de leur première dichdacha (robe masculine).

En un mot comme en cent, la cause palestinienne est, au fil des décennies, redevenu ce qu’elle était avant que Yasser Arafat ne s’en empare et lui donne l’ampleur qu’elle a pu prendre, la cause des seuls Palestiniens. Ce qui ne signifie nullement qu’elle n’ait pas de partisans, mais nettement moins qu’avant et avec moins de moyens qu’auparavant…

À Riyad, notamment, on cache de moins en moins ce désintérêt pour la cause palestinienne. Ainsi, dans les colonnes d’Al-Jazirah, qui paraît à Riyad, Mohammad Al-Cheikh, a signé un article intitulé : Les Palestiniens n’ont pas d’autre choix que la paix avec Israël. Entre autres gracieusetés à l’endroit des Palestiniens, l’auteur de l’article accuse ceux d’entre qui soutiennent la cause palestinienne d’être de « faux musulmans ». Une vérité qui « est mal comprise par les Arabes, notamment par les Palestiniens de la Bande de Gaza qui se disent musulmans ».

Et, « Vu les circonstances actuelles, je pense que la solution à deux États est la seule issue possible, d’autant plus qu’elle est soutenue par la communauté internationale (…) Les Palestiniens doivent se rendre à l’évidence que les Arabes d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier. À leurs yeux, la cause palestinienne a perdu de son importance, elle n’est plus leur priorité. Les guerres civiles dans certains pays arabes ont changé la donne ».

Quant à la prudence des propos de Tzahi Hanegbi4, elle doit se mesurer au fait que, bien qu’allié du Premier ministre Nétanyahu, Hanegbi est sur de nombreux points en porte-à-faux avec son propre parti, le Likoud. En effet, Hanegbi :

1- s’oppose « à la loi dite de Régulation (une loi destinée à légaliser les avants-postes construits sur des terres palestiniennes privées, qui rejette unilatéralement l’annexion de Maalé Adumim, une grande implantation au sud de la Ligne Verte) »5.

2- soutient la solution à deux États – alors que le Premier ministre israélien, Binyamin Nétanyahu, désormais soutenu sur ce point par le président Donald J. Trump, fait dans l’innovation sémantique en parlant, désormais, d’accorder aux Palestiniens ce qu’il appelle un minus State – et a appelé au redémarrage des négociations (sans préalables) avec l’Autorité nationale palestinienne (ANP).

Hanegbi a, malgré tout, enterré la Conférence de Paris, estimant qu’« …il est désormais évident qu’après la Conférence de Paris, rien ne remplacera les négociations directes, seules les parties peuvent trouver le dénominateur commun qui leur permettra d’atteindre un accord (…). Nous continuons à vivre, et à construire notre pays. Nous nous investissons dans ce qui compte vraiment. De leur côté, les Palestiniens continuent à souffrir et à désespérer d’être des éternelles victimes »6.

Hanegbi qui, ça ne mange pas de pain, a appelé Mahmoud Abbas7, à « tirer profit du changement qui est en train d’opérer dans le monde », souligne combien l’arrivée de Donald J. Trump à la Maison-Blanche « est une très bonne opportunité pour Israël et pour les Palestiniens. Tous deux pourront mettre de côté les frustrations, les tensions et le désespoir, ou quelles que soient ces émotions, et revenir à la table des négociations »8.

Hanegbi de noter, qu’à l’inverse d’Obama, Trump partage deux positions capitales avec Israël :

1- Son opposition à l’accord sur le nucléaire iranien ;

2- Le fait que les implantations ne sont pas un obstacle à la paix, comme il l’a répété en recevant  Binyamin Nétanyahu.

« C’est un changement puissant. C’est positif pour le monde, et pour l’Amérique ; pas uniquement dans l’intérêt d’Israël », a affirmé Hanegbi. « Comment cela sera-t-il mis en œuvre durant le mandat de Trump ? Il est difficile de l’anticiper, parce que, d’une certaine manière, l’accord [iranien] est un fait accompli et il est difficile de l’annuler ou de le modifier »9.

Quant au processus de paix, Hanegbi pense « ...désormais que la nouvelle politique américaine facilitera la prise de décision des Palestiniens en ce qui concerne le retour à la reprise des négociations »10.

Les dirigeants palestiniens, lors de leurs rencontres avec Israël, ont toujours affirmé qu’ils ne seraient pas plus cléments que l’administration Obama au sujet des implantations, et qu’ils ne négocieraient pas tant que la construction avance, a rappelé Hangebi. « Cela a empêché les Palestiniens d’être plus pragmatiques. Nous pensons désormais que la nouvelle politique américaine facilitera la prise de décision des Palestiniens en ce qui concerne le retour à la reprise des négociations »11.

« C’est pourquoi nous pensons que c’est le moment de mettre fin à cette stagnation et revenir [à la table des négociations]. Ils pourront voir qu’Israël est disposé à progresser. Ils devraient nous donner une vraie chance de prouver que nous sommes sérieux (…). Il n’y a rien que nous désirons plus, dans la sphère politique, que de trouver une solution, comme nous l’avons fait avec l’Égypte et la Jordanie. (…) C’est ce que nous disons à tous les politiques qui viennent à Jérusalem et nous exhortent de reprendre les négociations : choisissez l’heure, l’endroit, appelez les parties et nous y serons – mais sans conditions. Mais [Abbas] dit qu’il y sera si Israël stoppe les implantations. Et ces prérequis sont inacceptables »12.

En ce qui concerne l’ambassade américaine, Hanegbi affirme être du même avis que ses collègues du Likoud et espère que Trump tiendra sa promesse et déplacera bien l’ambassade à Jérusalem, comme il vient de le dire à  Binyamin Nétanyahu.

Déplacement qui a fait dire à Mahmoud al-Habbache13 – mais que pouvait-il dire d’autre à la place qui est la sienne ? – que la démarche envisagée par l’administration Trump représentait un « niveau d’insouciance politique inédit » et affirmé que le monde entier serait en danger si l’Amérique prenait une telle mesure, qui « ouvrirait à tous les portes de l’Enfer ».

Ce genre de déclaration a-t-il la moindre chance d’être entendu par qui que ce soit ? On peut légitimement en douter ? Le rapport de force a toujours joué en faveur de Jérusalem. Rappelons-nous ce qu’avait fait (exagérément) dit Joseph Luns14, secrétaire-général de l’OTAN (du 1er octobre 1971 au 25 juin 1984), à propos du poids géostratégique de l’État hébreu : que pour les États-Unis Israël était le plus gros porte-avions que Washington puisse s’offrir dans la région.

Quid novi au Levant depuis ? A contrario, du point de vue stratégique de quoi pèsent les détracteurs d’Israël ? Posez la question c’est y répondre !…

Alors, déménagera ? Déménager pas ? Une attente qui, à mon avis, ne devrait pas se prolonger trop longtemps vu les propos de Donald J. Trump, sur le sujet.

Notes

1 Times of Israel (18 janvier 2017).
2 Times of Israel (18 janvier 2017).
3 Times of Israel (18 janvier 2017).
4 De centre-droit et passé par Kadima, le parti créé par Ariel Sharon le 21 novembre 2005.
5 Times of Israel (18 janvier 2017).
6 Times of Israel (18 janvier 2017).
7 Président de l’ANP.
8 Times of Israel (18 janvier 2017).
9 Times of Israel (18 janvier 2017).
10Times of Israel (18 janvier 2017).
11 Times of Israel (18 janvier 2017).
12 Times of Israel (18 janvier 2017).
13 Conseiller de Mahmoud Abbas aux Affaires religieuses & islamiques.
14 Ministre des Affaires étrangères, du 2 septembre 1952 au 6 juillet 1971. En 1967, il est lauréat du Prix Charlemagne.

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