Accueil FOCUS Analyses Rodomonte ou Ivan IV ? Les Dessous de la Petite guerre patriotique de Moscou au Levant… [2]

Rodomonte ou Ivan IV ? Les Dessous de la Petite guerre patriotique de Moscou au Levant… [2]

Ce sont sont souvent des détails (semblant) sans importance qui sont les meilleurs révélateurs des réalités du terrain. Celles de la guerre n’y échappent guère. Concernant, plus précisément, celle de Syrie, une info de CNN nous en dit beaucoup plus que des dizaines de déclarations des uns & des autres : Cf. « le régime Assad a transféré ses chasseurs bombardiers vers la Base aérienne Hmeimim ». Petite phrase, qui si elle était confirmée, sonnerait la glas des prétentions de certains à jouer un rôle dans la cour des grands &, à s’y prendre pour Ivan IV le Terrible1. 2ème Partie.

Mais vous serez d’accord pour dire qu’une guerre ne se gagne pas par la seule voie aérienne ?

Jacques Borde. Bien sûr que non. Mais, au sol aussi, les choses bougent. Et de manière de plus en plus inquiétante. Car, dans le silence des bombes qui ne tombent pas encore, les forces spéciales continuent de se croiser et de s’entrecroiser dans la région.

Qu’y font-elles au juste ?

Jacques Borde. Beaucoup de choses en fait. Plus tout ce qu’on ne sait pas, comme toujours…

Et pour ce que l’on sait ?

Jacques Borde. J’ai déjà évoqué la possibilité pour des Sayerot israéliens de tenter de s’emparer de systèmes d’armes type S-300, S-400. Il se pourrait bien que d’autres forces spéciales commencent à s’agiter du côté de… Deir Ez-Zor encore, avec :

1- le parachutage en HALO (High Altitude Low Opening) de SAS britanniques au dessus de Hamadan où ils auraient rejoint une brigade rebelle. Pour y faire quoi ? Mystère et boules de gomme.
2- un contingent du 1st Special Forces Operational Detachment-Delta (Airborne)2 US tombé (sic), lui, sur la Base T2 de l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)3 .

T2, c’est important de le préciser, est située dans une zone désertique dans la province de Deir Ez-Zor, où pas un civil, aucun rebelle, modéré ou pas, aucune infrastructure opérationnelle n’existe à des dizaines de kilomètres à la ronde.

D’où cette question : quel était le but de cette opération US qui aurait duré moins de 35 minutes ? Était-ce la récupération d’une importante balise satellite ou un système de brouillage électronique ? Ami, ennemi ? La suppression de traces ? Une opération de diversion ? Une sorte de reconnaissance ? L’acquisition d’un objectif ou d’un objet ?

À ce jeu du chat et de la souris, des Spetsnaz russes auraient, à leur tour, rallié T2 très peu de temps après le départ des forces spéciales US.

Le Grand jeu entre Russes et Américains…

Jacques Borde. Oui. Mais pas seulement, semble-t-il.

Au même moment, plus au nord, une opération combinée des Forces spéciales Alpha (russes et syriennes) ciblait Ibrahim Awad Ibrahim Al-Badri, alias Eliott Simon, cadre reconnu d’ Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)4. Manque de chance, Al-Badri intéressant beaucoup les Britanniques, des SAS, tentant de s’offrir Al-Badri, auraient pu s’accrocher avec les Russes, y laissant plus que des plumes.

Et pour vous le sort de Deir Ez-Zor aurait du être tranché depuis un moment ?

Jacques Borde. Oui. C’était d’ailleurs, la volonté des Iraniens qui n’ont pas été écoutés.

Et, le moins que l’on puisse dire est la région de Deir Ez-Zor, faute d’avoir été reprise et pleinement sécurisée, devient un zone particulièrement instable et où tous les dérapages sont à craindre. Chacun des acteurs du Grand jeu syrien tentant d’y avancer, avec plus ou moins de succès semble-t-il, ses pions…

Cela peut avoir quelles conséquences ?

Jacques Borde. Cela dépend des enjeux et des stratégies.

Je veux dire que, par là, que quelques guerriers des différents camps, s’évaluent, voire même s’affrontent à Deir Ez-Zor, ou ailleurs, peut sembler être un moyen comme un autre de se jauger et de se disputer quelques dépouilles opimes. La chose pourra toujours se faire sans trop attirer l’attention.

Et si Deir Ez-Zor n’intéressait pas grand-monde. Du moins au point de s’en emparer totalement ?

Jacques Borde. Il y a en tout cas quelqu’un qui s’en préoccupe bigrement.

Qui donc ?

Jacques Borde. La direction militaire d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH). Selon Fox News, qui cite des sources autour du US Secretary of Defense, le général (Ret) James Mad Dog Mattis, DA’ECH et son commandement militaire se trouvent désormais dans la ville de Mayadin, en plein dans la province de Deir Ez-Zor, à 140 kilomètres au sud-est de la ville de Raqqa. D’après Fox, le choix de DA’ECH s’est fait sous la pression de rebelles (sic) soutenus par les… États-Unis. Un facteur-clé totalement sous-évalué par les Russes, semble-t-il.

Et, ce déplacement concernerait combien de monde ?

Jacques Borde. Selon plusieurs estimations du Pentagone visiblement fuitées (sic) auprès de Newsweek quelques 3.500 combattants de DA’ECH se trouvaient à Raqqa, capitale (sic) de l’État islamique en Syrie.

Et ces combattants ont pu migrer d’une ville à l’autre. Comment est-ce possible ?

Jacques Borde. (Soupir). Oui. Au moins plusieurs centaines. Comme ils le font sans trop de difficultés depuis trois ans !

Et, au cours des deux derniers mois, des centaines de bureaucrates (sic) de DA’ECH ont quitté Raqqa pour Mayadin, également sous contrôle takfirî.

Quand je dis bureaucrates, c’est ce que veut nous faire croire notre intelligentsia droit-de-l’hommiste qui les appelle ainsi. À en croire Fox News, en fait, d’importants déplacements de troupes et de matériel ont été observés par des drones de surveillance américains. Or, excusez du peu :

1- Mayadin se trouve à 40 kilomètres seulement de la ville assiégée de Deir Ez-Zor, qui est à l’heure actuelle la seule zone sous contrôle syrien à résister aux assauts répétés des Kamiz brunes nazislamistes ;
2- comment se fait-il que ces colonnes de 4×4, puisque dûment repérés et identifiés par les éléments de veille aéroportée coalisés comme des éléments de DA’ECH, n’ont pas été tapissées de bombes et/ou taillées en pièces par les A-10A et C Thunderbolt II/Warthog5 d’attaque au sol de l‘US Air Force ? Ceci sans parler de nos si merveilleux Rafale et Mirage 2000, pour ne parler que d’eux ?
3- et, posons-nous (enfin), la question comment se fait-il que ces colonnes de 4×4 takfirî n’ont pas davantage été écrasées par les Su-24M Fencer, Su-25SM Frogfoot et S-34 Fullback d’attaque au sol de la Vozdushno-Kosmicheskiye S’ily (VKS)?

Oui, plus généralement, il aurait fallu que Moscou écoute les Iraniens et le Hezbollah et se soucie du sort de Deir Ez-Zor beaucoup plus tôt.

Vous doutez de l’engagement russe ?

Jacques Borde. Je pose simplement des questions. Passés les roulements de tambours et les invectives adressées aux coalisés, qu’ont fait (de mieux) les Russes pour empêcher ad minimo plusieurs centaines de miliciens takfirî armés jusqu’aux dents de passer en toute impunité de Raqqa à Mayadin ?

Et, par dessus tout, puisqu’il faut parler davantage du lendemain que d’hier : que feront vraiment les Russes si, d’aventure, des appareils syriens étaient victimes de frappes US ou abattus par la chasse US (ou israélienne) au-dessus de leur propre pays ?

Rappelons qu’à ce jour :

1- les systèmes antiaériens russes positionnés en Syrie n’ont jamais été utilisés – les militaires russes l’ont tout récemment admis – lors des frappes répétés de l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal7 ;
2- a contrario, les Américains, eux, n’ont pas hésité à frapper à plusieurs reprises des positions militaires syriennes ;
3- que selon plusieurs sources, russes notamment, les Israéliens, décidément toujours aussi peu impressionnés par les avertissements russes à garder leurs distances, auraient à nouveau pilonné, le 23 avril 2017, des positions militaires syriennes, sur le Plateau du Golan. Une attaque conduite, cette fois-ci, par l’Heyl Tot’Hanim (artillerie israélienne) ;
4- last but not least, les Russes ont dit et répété que Damas était, tout au plus, leur partenaire, mais pas leur allié.

Tire-t-on des missiles du gabarit des S-300/400 pour filer un coup de mains à ses partenaires ? L’avenir nous le dira bien assez tôt…

Notes

1 Ivan IV Vassiliévitch, dit Ivan le Terrible, né le 25 août 1530 à Kolomenskoïe et mort le 28 mars (18 mars) 1584 à Moscou, est le premier tsar de Russie de 1547 à 1584.
2 Plus communément appelés 1st SFOD-D (A), ou Delta Force.
3 Armée arabe syrienne.
4 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
5 Thunderbolt (tonnerre) est le nom de baptême du A-10. Warthog (phacochère) est le surnom choisi par ses pilotes.
6 Ou Forces aérospatiales russes. Créées le 1er août 2015 suite à la fusion de la Voïenno-vozdouchnye sily Rossiï (VVS, armée de l’Air) avec les Voïenno Kosmicheskie Sily ou (UK-VKS, Troupes de défense aérospatiale.
7 Armée de l’air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.

 

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