Accueil ACTU Politique Macron-Président ! Premiers pas, Controverses & Craintes du… sur place [2]

Macron-Président ! Premiers pas, Controverses & Craintes du… sur place [2]

Le Roi est mort ! Vive le Roi a-t-on envie de dire. C’est peu de le dire : la passation du relais entre François Hollande & Emmanuel Macron, s’est faite avec la même emphase & la pompe médiatique que la Kermesse héroïque de la Pyramide du Louvre. Mais fêter sa victoire, par ailleurs de plus en plus contestée sur les réseaux sociaux, ne veut pas dire l’asseoir dans la durée. C’est donc au pied du mur qu’on jugera le Macron… 1ère Partie.

Q. Que pensez-vous du fait que le poste de la Défense retrouve son titre de Ministère des Armées ?

Jacques Borde. (Éclat de rire) Rien. Ça n’a pas vraiment d’intérêt et c’est surtout cosmétique. L’intitulé figure bien au fronton de l’Hôtel de Brienne, mais était tombé en désuétude depuis 1974. Quitte à forcer le trait, j’aurais préféré Ministère de la Guerre…

Sinon, je vous rappelle qu’au Pays du Soleil Levant (nos amis japonais), qui possède des forces armées extrêmement puissantes, le Bōei-shō n’est stricto sensu le ministère de la Défense que depuis 2007. Avant, subtil distinguo, le Bōei-chō n’était que la Japanese Defense Agency (JDA). Entité qui chapeaute non pas des armes ou des armées, mais des forces d’autodéfense. Comme quoi, les noms…

Q. Un ministère qui revient à la droite. Cela doit vous faire plaisir, non ?

Jacques Borde. (Soupir) Quelle droite ? Le MODEM ? Vous voulez rire ? Je suis assez estomaqué qu’un organe de force (comme disaient les Soviétiques) de l’envergure de le Défense revienne à un parti aussi vieux et insignifiant que la vieille usine à gaz centriste. Bon d’accord :

1- entre le encore très ectoplasmique En Marche et les Hippopotames du PS remontant à la surface, il fallait bien trouver un titulaire.
2- ça n’est pas la première fois que ce ministère tombe sous la coupe d’une personnalité du Centre. On a eu Hervé Morin, sous la présidence de Sarkozy. Triste précédent.

J’ose espérer que cela ne démontrera pas le peu d’affect de l’administration Macron pour la Défense et, par là, le rôle de variable d’ajustement dévolu à nos forces armées depuis des lustres…

Q. Et la personne du nouveau ministre ?

Jacques Borde. Assez peu de choses à en dire d’entrée de jeu. Sylvie Goulard-Grassi nous vient tout droit du MODEM et est une fédéraliste pur jus. À rappeler qu’elle a pondu en 2010 l’Intergroupe Spinelli avec Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhostadt qui réunit les plus outranciers des députés fédéralistes. Mais la véritable raison de sa nomination serait autre : ses d’excellents rapports avec son homologue allemand la brouillonne (pour rester aimable) Ursula Gertrud von der Leyen.

Pour ce qui est des réalités de son office – ce sur quoi, au bout du bout, il importera de la juger – Sylvie Goulard est attendue au tournant dès l’été 2017 où va être abordée la question du budget. L’exercice 2018 est particulièrement attendu car l’actuel chef d’État-major des armées (CEMA), le général Pierre de Villiers, va y jouer son va-tout : franchir grâce à cette énième loi de finances le seuil des 2 % du Produit intérieur brut (PIB).

Or, côté Élysée, Emmanuel Macron, a promis que cet objectif (conforme aux prescriptions de l’OTAN) ne serait atteint qu’en 2025 ! Or, le budget 2017 ne s’élève qu’à 32,7 Md€, nous sommes loin du compte.

Comme avait dit l’ancien patron de l’Eurocorps, le général Olivier de Bavinchove, à propos de son prédécesseur, « Le volontarisme du ministre ne remplace par les moyens »1. Or, la vraie question, d’ici à quelques semaines, est de savoir si le général de Villiers va conserver son poste de CEMA. S’il est contraint à rendre son tablier, alors, le pire sera à craindre pour nos forces armée, j’en ai peur…

Q. Sinon, vous nous parlez souvent d’une riposte plus ferme dans le cadre de la réponse de l’État républicain face aux violences, que celles-ci émanent du crime organisé ou des terrorismes. Faire de même serait-il, pour autant, populaire pour un président, comme le nôtre ?

Jacques Borde. Trois réponses rapides, si vous le voulez bien :

1- Au-delà de ses propos contre la terreur takfirî, où il a répété qu’il serait « implacable » avec les terroristes – ce qui, accordez-le moi, reste assez court – Emmanuel Macron, ne nous a que fort peu éclairé sur ses intentions ;
2- Difficile de le savoir si, comme d’habitude, on se couche et on ne tente rien. Et, à ce stade je ne vois rien se profile dans le programme du président élu qui soit de nature à me rassurer. Mais comme les programmes sont rarement tenus : gardons tout de même espoir ;
3- Là où cela a lieu. Je veux dire là où des États ont effectivement réagi de manière implacable, l’impact auprès de la population a toujours été positif.

Un exemple, à lire nos confères sociaux-libéraux de Challenges, la « guerre anti-drogue » entamée par l’administration du président philippin, Rodrigo Rody Duterte, « a fait plus de 9.000 morts depuis son accession à la présidence, le 30 juin 2016 »2. Par ailleurs, « quelques 6.000 personnes auraient été tuées par des groupes d’autodéfense coopérant avec la police ou par des ‘escadrons de la mort’ »3.

Or, en dépit, voire même à cause de cela, Duterte « reste très populaire »4 dans le pays.

Q. Selon vous, que fera Macron de ce dossier de la sécurité des Français ?

Jacques Borde. Il est trop tôt pour le dire. Deux choses toutefois :

Primo, à espérer qu’il ne se laisser pas bercer d’illusions par de mauvaises fées. Là je pense surtout à Christiane Taubira et à ses lubies droit-de-l’hommistes. Mais celle-ci a été écartée ce qui est un début ;

Secundo, à ce jour, Macron n’a guère montré d’affect pour les hommes d’État implacables. Qu’il s’agisse du :

1- président philippin, Rodrigo Rody Duterte ;
2- président russe, Vladimir V. Poutine ;
3- président syrien, le Dr. Bachar el-Assad.

Donc pour le côté implacable, attendons de voir. Mais je ne suis guère rassuré par son aparté avec Frau Merkel.

| Q. Et pourquoi donc ?

Jacques Borde. Pour trois raisons essentielles. Toujours les mêmes d’ailleurs, lorsqu’on parle de notre voisin d’outre-Rhin :

1- Macron-candidat s’était déjà déplacé à Berlin. Était-il utile de remettre aussitôt le couvert en tant que président ? Cela donne au geste une allure d‘hommage lige ;
2- Merkel est tout sauf un modèle quant à la manière de gérer les agressions venues de l’extérieur ;
3- la Germanie merkelienne, Hollandus regnante, n’a guère été aux côtés de la France dans notre lutte sans merci contre la terreur takfirî en Afrique et tout particulièrement dans la Bande Sahélo-Saharienne.

Q. Comme toujours, vous n’êtes guère tendre quant à la réalité de l’engagement allemand à nos côtés ?

Jacques Borde. Ah, bon. Vous trouvez ! Alors lisez plutôt ce qu’en dit Nicolas Gros-Verheyde5, pourtant beaucoup plus pro-Européen que je ne le suis :

Dans un court, mais fort captivant papier intitulé Les Néerlandais & Allemands en mission ‘touristique’ au Mali, cet estimé confrère d’écrire, je le cite, que :

« Cet engagement ressemble davantage à de la force de présence qu’à une réelle action stabilisatrice. Les militaires européens ne sortent que très peu du camp pour patrouiller… Trop dangereux. L’essentiel de l’action semble être de briquer les locaux impeccables pour recevoir leurs visiteurs, et de faire des selfies dans une posture guerrière, qui n’effraient personne, à part les destinataires de ces selfies et sont, sans risque aucun, puisqu’ils sont pris… à l’intérieur de la base (…). Le haut fait d’arme de ces Casques bleus est d’avoir, avec les bulldozers du génie, travailler à renforcer la protection du campement pour éviter toute incursion des rebelles ou toute action par explosif improvisé (IED). Une super-protection très efficace… mais qui coûte cher à leurs voisins. Les troupes bangalis (par exemple) ou maliennes, bien moins protégées, sont régulièrement attaquées par les rebelles, qui trouvent ainsi des proies plus faciles »6.

Autrement dit, des touristes (sic), qui :

1- trouveraient « trop dangereux » de patrouiller ;
2- seraient, in fine, plus dangereux pour nos propres alliés africains que pour les terroristes takfirî.

Mazette quels guerriers !

Q. Que diriez-vous au nouveau gouvernement ?

Jacques Borde. Oh, vaste sujet ! Étant, surtout, préoccupé par les questions internationales, j’ai envie de leur faire part de ce qu’avait dit le président américain, Donald J. Trump, lors de sa campagne :

« Nous allons poursuivre une nouvelle politique étrangère qui apprend enfin des erreurs du passé… Nous allons cesser de chercher des régimes et de renverser les gouvernements…. Notre objectif est la stabilité pas le chaos, parce que nous voulons reconstruire notre pays… Nous partenaire de toute nation disposée à nous rejoindre dans l’effort de vaincre ISIS et le terrorisme islamiste radical… dans nos relations avec d’autres pays, nous allons rechercher des intérêts partagés partout où possible et poursuivre une nouvelle ère de paix, la compréhension et la bonne volonté ».

Qu’on réalise déjà cela, et nous aurons bien avancé.

Notes

1 Le Journal de l’Aviation .
2 Challenges n°520 (4 mais 2017).
3 Challenges n°520 (4 mais 2017).
4 Challenges n°520 (4 mais 2017).
5 Rédacteur en chef de Bruxelles2. Également correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest et La Lettre de l’expansion. Auditeur de la 65e Session de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de la Défense nationale).
6 B2 .

 

Consulter aussi

Je défends un “passéisme intelligent” contre des “élites hostiles”

Entretien avec Marion Maréchal-Le Pen par Tatiana Popova – La Pravda du 23.07.2013 Melle Le Pen, …