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Pourquoi les tensions communautaires sont si fortes en Corse

La rixe de Sisco n’est que l’énième épisode d’une série d’incidents opposant les communautés. L’Île de beauté est le laboratoire des fractures françaises.

Après la rixe qui a opposé habitants de Sisco et population d’origine maghrébine, tous les regards se tournent vers la Corse. Mais ce n’est pas la première fois que l’Île de Beauté est le théâtre privilégié des fractures françaises. Tout le long de l’année, les incidents opposant les communautés se sont multipliés. En janvier 2015, c’était un drapeau français brûlé et remplacé par celui du Maroc à l’école maternelle des Jardins de l’Empereur à Ajaccio. En décembre 2015, des pompiers avaient été agressés dans cette même cité sensible. Mais les actes contre les musulmans sont aussi nombreux : une boucherie halal mitraillée en février 2016, une mosquée incendiée en avril 2016, sans compter les restes de sangliers déposés devant les lieux de culte et les «arabi fuora» tagués sur les murs. Comme le relève Le Monde, un rapport de la CNCDH fait de la Corse la région la plus affectée par le nombre d’actes anti-musulmans par rapport au nombre d’habitants. Pourquoi la Corse est si sensible, et est devenue une sorte de laboratoire exacerbé des fractures françaises ?

La rixe de Sisco n’est que l’énième épisode d’une série d’incidents opposant les communautés. L’Île de beauté est le laboratoire des fractures françaises.

Après la rixe qui a opposé habitants de Sisco et population d’origine maghrébine, tous les regards se tournent vers la Corse. Mais ce n’est pas la première fois que l’Île de Beauté est le théâtre privilégié des fractures françaises. Tout le long de l’année, les incidents opposant les communautés se sont multipliés. En janvier 2015, c’était un drapeau français brûlé et remplacé par celui du Maroc à l’école maternelle des Jardins de l’Empereur à Ajaccio. En décembre 2015, des pompiers avaient été agressés dans cette même cité sensible. Mais les actes contre les musulmans sont aussi nombreux : une boucherie halal mitraillée en février 2016, une mosquée incendiée en avril 2016, sans compter les restes de sangliers déposés devant les lieux de culte et les «arabi fuora» tagués sur les murs. Comme le relève Le Monde, un rapport de la CNCDH fait de la Corse la région la plus affectée par le nombre d’actes anti-musulmans par rapport au nombre d’habitants. Pourquoi la Corse est si sensible, et est devenue une sorte de laboratoire exacerbé des fractures françaises ?

• Une communauté musulmane importante et de longue date

Les liens entre la population maghrébine et la Corse sont anciens: n’est-ce pas le Maure aux yeux bandés qui est devenu le symbole de l’île de Beauté? La tête de Maure, témoignage de la domination aragonaise sur les îles méditerranéennes était un symbole de la «reconquista» de la péninsule ibérique par les Aragon, qui chassèrent la civilisation musulmane de l’Espagne. La Corse avait auparavant subi de sévères incursions maures durant des siècles, et il se peut que la tête de maure ait été adoptée sous influence espagnole. On lui a depuis débandé les yeux en signe de libération du peuple corse.

Autrefois terre d’émigration (notamment dans les colonies), la Corse est devenu au XXe siècle une terre d’accueil, avec une forte immigration, surtout en provenance du Maroc. Aujourd’hui, il y a, selon les chiffres officiels, 42.000 musulmans sur l’île, soit environ 13 % de la population. «Auparavant, les gens ne se mélangeaient pas, mais il y avait moins de tensions qu’il n’y en a aujourd’hui entre jeunes issus de l’immigration et jeunes issus de familles corses», constate Laurent Marcangeli, député-maire (LR) d’Ajaccio.

• Une société organique et traditionnelle

Le caractère insulaire de l’île l’a longtemps protégé du multiculturalisme. Mais depuis plusieurs dizaines d’années, l’immigration a changé la donne. Et est venue bousculer une société familiale, où tout le monde se connait dans les villages, et qui repose sur des lois traditionnelles non écrites. «Les Corses ont une identité forte, ils sont attachés à un cadre de vie et à une manière de vivre», explique Laurent Marcangeli. «Pour eux, la métropole, ce sont les banlieues. Ils ont la phobie de voir arriver des zones de non-droit sur leur île. Les gens me disent “On ne veut pas devenir la Seine-Saint-Denis ou les quartiers Nord de Marseille”.»

«On assiste depuis quelques années à une libération des tensions raciales. Mais ici, à la différence d’ailleurs, les gens passent à l’acte. Je suis inquiet que ça monte crescendo. Ça devient compliqué d’être musulman en Corse, il y une suspicion généralisée vis-à-vis de l’islam», s’inquiète le député. Le regain des milices identitaires, comme la «Vigilenza Naziunale Corsa», qui prétend lutter contre l’islamisation de l’île, en atteste. Dans un communiqué publié peu après la mort du père Hamel, le FNLC l’a assuré: les Corses ne se laisseront pas faire par les islamistes. «Sachez que toute attaque contre notre peuple connaîtrait de notre part une réponse déterminée sans aucun état d’âme», ajoute encore le groupe indépendantiste. S’adressant, plus généralement «aux musulmans de Corse», le Front les appelle aussi à «prendre position» en dénonçant l’islamisme radical.

• Une tradition de la vengeance privée

C’est un cliché, mais le passé l’a montré: la tradition de la vendetta reste vivace en Corse. La vendetta est une tradition de vengeance personnelle, sans passer par l’intermédiaire de la justice ni recourir à la puissance étatique. Défiant envers les pouvoirs politiques, certains préfèrent régler eux mêmes leurs contentieux, comme ce qui s’est passé à Sisco.

• Une région pauvre

«N’oublions pas que la Corse est l’une des régions les plus pauvres de France», rappelle le député. En effet, avec un habitant sur cinq en dessous du seuil de pauvreté, la Corse est la lanterne rouge des régions françaises. Or les tensions sociales exacerbent souvent les tensions ethniques et raciales et l’immigration est vécue beaucoup plus difficilement dans un contexte économique tendu.

• Conséquence: un FN fort

Les prises de parole mesurées comme celle de Talamoni n’ont pas satisfait les plus radicaux. «Je ne serai pas surpris que la situation profite à Marine Le Pen», dit Laurent Marcangeli. Si le Front national ne fait pas de très bon scores aux scrutins locaux, éclipsé par les indépendantistes, il est à un niveau très élevé aux élections nationales: en 2012, Marine Le Pen était arrivée deuxième, à 24,5%, au premier tour derrière Nicolas Sarkozy. Insulaire et montagneuse, réplique miniature et bouillonnante de l’Hexagone, la Corse est le miroir exacerbé des fractures françaises.

Le Figaro

 

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