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Le Souffle du Dragon Vs les Vieillesses junckeriennes (sic)…

« Puisque le peuple vote contre (…), il faut dissoudre le peuple », faisait dire Bertolt Brecht en 1941à son personnage Arturo Ui, in Der aufhaltsame Aufstieg des Arturo Ui1. C’est, trait pour trait ce qui a failli se jouer en Italie. Un peuple, jeune & assuré dans ses choix Vs un vieux, très vieux monde. Complot de vieilles gens aigries & cramponnées à leur cassette d’usuriers contre toute une génération qui n’en pouvait plus de la Comedia permanente d’un Arte décadent & souillé par des décennies de compromissions, de corruption & de vols. Las ! Cette fois-ci, le Souffle du Dragon a figé dans la pierre de leurs forgeries, les Vieillesses junckeriennes à la manœuvre. Alors, tous nos vœux de succès à MM. Di Maio & Salvini & à ceux qui les accompagnent. Que ce souffle arthurien qui semble les animer les porte loin, très loin !…

« Quelle mauvaise journée pour l’Italie et pour la démocratie. Tout était prêt, moi aussi j’étais prêt à m’occuper de l’immigration et de la sécurité, mais rien, quelqu’un aujourd’hui a dit non. Le gouvernement du changement ne pouvait pas naître, les seigneurs du spread et des banques, les ministres de Berlin, de Paris et de Bruxelles n’étaient pas d’accord. Colère ? Beaucoup. Peur ? Zéro. On va changer ce pays ensemble. Je n’abandonne pas mes amis, je compte sur vous. D’abord les Italiens ! ».
Matteo Salvini.

| Q.Italie. Une crise qui finit bien ?

Jacques Borde. Oui. D’entrée, j’avoue être très agréablement surpris par l’extrême réactivité de Luigi Di Maio et Paolo Savona en cette affaire. Intellectuellement plus proche de la Lega, je craignais que Di Maio soit la monture faible de l’attelage. Avec satisfaction, je constate qu’il n’en est rien. Et que MM. Di Maoi, Savona et Conte sont à la hauteur des difficultés que dresse devant eux un système politique passéiste et corrompu s’accrochant désespérément aux branches afin de sauver des prébendes issues des premiers temps de la République d’après-guerre. O tempora. O mores !

Di Maio et Conte n’ont rien lâché. Bien au contraire.

| Q. Donc la crise est derrière nous ?

Jacques Borde. Apparemment, la M5S et la Lega (et leurs alliés) ont vaincu par K.O !

Le premier gouvernement d’alliance entre le jeune mouvement anti-système M5S et la Lega a prêté serment à Rome. À noter que, malgré les magouilles et les contorsions du cacochyme Sergio Mattarella, il sera bien dirigé par Giuseppe Conte.

| Q. Et ceux qui nous disent que Conte, est un juriste complètement novice en politique ?

Jacques Borde. (Éclat de rire) Ceux qui nous disent ça sont exactement les mêmes qui, chez nous, se pâment devant un ex-banquier, Emmanuel Macron, jamais élu à quoi que ce soit avant les présidentielles, et sa cohorte de LREMistes sortie d’on ne se sait trop où.

| Q. Quid des trois mois de tractations ?

Jacques Borde. Là encore, bis repetita, la faute en incombe uniquement au président Mattarella, qui aura fait tout ce qui était humainement possible pour retarder l’échéance. Contraignant même Luigi Di Maio, patron de M5S, à des semaines de négociations infructueuses avec le fantomatique Partito democratico (PD)2 ne pesant que du poids des ombres portées d’une génération de politicards dont l’Italie n’a plus cure.

Rappelons que c’est le président de la République qui à l’initiative de convoquer ceux qu’il choisit pour qu’ils lui proposent les membres de la future administration.

Fin de partie : Giuseppe Conte a présenté au président Mattarella la liste de ses ministres, qui ont prêté serment le 1er juin 2018 à partir de 16h00 (14h00 TU).

Double échec pour les Eurolâtres de la Botte à la solde de Berlin :

1- Luigi Di Maio (M5S) et Matteo Salvini (Lega) deviennent tous deux vice-Premier ministres. Le premier est en charge du Développement économique du pays, tandis que le second prend le ministère de l’Intérieur. Donc des questions migratoires (sic).
2- le Pr. Paolo Savona, retoqué par Mattarella, devient ministre des Affaires européennes, pas vraiment une bonne nouvelle pour les apparatchiks de Bruxelles.
3- le Pr. Enzo Moavero Milanesi hérite du ministère des Affaires étrangères. Ce juriste, professeur de droit communautaire, a passé la plus grande partie de sa vie professionnelle entre Bruxelles et Luxembourg, à la Commission européenne ou à la Cour de justice européenne. Avantage, il connaît par cœur tous les rouages (et les coups tordus qui vont avec) de l’usine à gaz eurolandienne.
4- le Pr. Giovanni Tria, professeur d’économie politique proche de la Lega, mais pro-euro, devient ministre de l’Économie &des Finances.
5- Elisabetta Trenta, spécialiste des questions de sécurité et de Défense, et proche de M5S a été nommée ministre de la Défense.

| Q. Qu’ont gagné les Européistes ?

Jacques Borde. Rien. En fait, le camp fédéraste, pour copier le tic de langage des souverainistes québécois, a tout perdu.

Comme il vaut mieux en rire qu’en pleurer, on peut dire que la Semaine des Rossinantes junckeriennes, sorte de remake raté de La Nuit des longs couteaux hitlériens, contre la volonté du peuple a été un fiasco. Une déroute totale. Viva Italia !

| Q. Et du côté du camp des vainqueurs ?

Jacques Borde. Une leçon de civisme et de patriotisme à la romaine. Digne de celles qu’on trouve sous la plume de Tite-Live dans ses Ab Vrbe condita libri (AVC)3. On a fait dans le pragmatisme absolu. Ni Di Maio ni Salvini, ce qui prouve la maturité politique de l’un et de l’autre, n’ont voulu chipoter.

L’équipe resserrée de 18 ministres, dont cinq femmes, place quasiment à égalité les deux alliés, même si la Lega n’a obtenu que 17% des voix aux élections législatives du 4 mars 2018, contre plus de 32% pour le M5S.

| Q. Ce gouvernement a votre faveur, on dirait ?

Jacques Borde. Oui, tout à fait. Le tournant pour l’Italie est phénoménal.

Primo. Enlisée dans une crise politique depuis plusieurs semaines, la Botte en sort avec de vrais hommes (et femmes) d’État à sa tête. Il était temps.

Secundo. Fini le cloaca maxima permanent de caciques et partis se vendant les uns aux autres au plus offrant. Pour la première fois de son Histoire républicaine moderne, l’Italie voit arriver aux pouvoir deux partis à la fois jeunes et décidés. Décidés surtout à se mettre au travail et non à se quereller sur le pourcentage de l’autre. Di Maio et Salvini ne sont pas là pour couper des cheveux en quatre ou piocher dans la caisse, mais, visiblement, pour bosser !

Tertio. Le veto de Sergio Mattarella à la nomination au ministère de l’Économie & des Finances de Paolo Savona, un économiste qui considère l’euro comme « une prison allemande », était un coup osé. Mais aussi une sorte de caca nerveux d’un système de corruption endémique et de sclérose permanente. Et qui a abouti à un échec cuisant.

| Q. Pourquoi ?

Jacques Borde. Pour plusieurs raisons.

Primo, sommé de lui trouver un ministre à son goût (ce qui institutionnellement n’a jamais été le rôle du président, mais méritait d’être tenté) Giuseppe Conte est resté droit dans ses bottes et a envoyé Papy Mougeot-Mattarella sur les roses. Géopolitiquement, il a refusé le jeu des contorsions et de la danse des sept voiles qui a toujours été la marque de fabrique de ce 3ème âge politique (restons poli) traînant ses guêtres dans les allées du pouvoir. Plus directement, Conte a envoyé se faire foutre les Vieillesses Junckeriennes et leur obscène tentative de coup d’État constitutionnel.

La victoire est resté au peuple. Et rien qu’au peuple.

Secundo. C’est la fin d’un monde ! Les portes du temple de la discorde se ferment tout d’un coup, l’airain contre l’airain !

| Q. George à triomphé du Dragon, alors ?

Jacques Borde. (Sourire) Non, justement. L’image du dragon ne tient pas.

| Q. Elle ne vous plaît pas.

Jacques Borde. Non, ça n’est pas ça. Elle ne convient pas !

Trop ancien monde. Celui de l’image de cette sorte de serpent à plumes agité par la très vieille démocratie chrétienne et destiné à faire peur aux petits enfants d’Italie. Ceux voulant rêver d’autre chose que de soumission à Bruxelles, à Berlin et à leurs Vieillesses junckeriennes.

L’image du Dragon, celle qui fait sens, c’est celle du mythe arthurien d’Excalibur, de feu John Boorman. Le Dragon n’est pas ce lézard ailé grotesque4, pitoyable paria haï de tous, mais celui du temps où la terre et le ciel ne faisaient qu’un. C’est la force souterraine qui gronde, la force collective.

Le Souffle du Dragon, c’est cette brume qui va porter Uther Pendragon dans la couche d’Ygraine pour que naisse Arthur. C’est ce Souffle du Dragon qui va soulever et porter les hommes au combat5. Le Souffle du Dragon c’est cette force qui va permettre à Arthur6 d’arracher Excalibur au roc.

Le Dragon s’est réveillé d’un long sommeil. Son souffle anime désormais l’Italie toute entière. Pour le meilleur, espérons-le.

| Q. Mais il y a deux forces : MS5 et la Lega ?

Jacques Borde. Oui. Comme dans Excalibur, notez bien. La première : celle, plus traditionnelle, des mythes, des arbres sacrés et des mages. Et puis, celle du Graal, la nouvelle religio. Le nouveau lien, étymologiquement. Ces forces (et quelques autres à leur côté) existent, se côtoient, s’entremêlent. C’est pour ça qu’elles doivent s’unir, portées par le peuple : le Souffle du Dragon.

Notes

1 Ou La Résistible Ascension d’Arturo Ui, pièce de théâtre de Bertolt Brecht écrite en 1941. Parabole sur la prise de pouvoir d’Hitler. transposée dans le milieu du crime qui s’était développé à l’époque aux États-Unis. La figure principale d’Arturo Ui représente Adolf Hitler, mais il emprunte aussi des traits à Al Capone.
2 Survivance formolée du Partito communisto italianno (PCI) notamment.
3 L’Histoire romaine. De Titus Livius, né en 59 av. J.-C. ou en 64 av. J.-C. et mort en 17 ap. J.-C.
4 Forgé tardivement dans l’imaginaire européen d’ailleurs.
5 Le Draco est un vieux symbole militaire indo-européen. Notamment brandi par les Clibanarii sarmates, soldés comme cavalerie lourde par Rome.
6 Sarmates qui obtiennent de Rome le statut de fédérés (alliés pouvant résider dans l’empire contre service militaire, par fœdus, traité) pour protéger les camps situés sur la Via Agrippa sur l’axe Rome-Boulogne-sur-Mer tel que celui de Cora dans l’Yonne. Trois des cinq villes nommées Sermaise en France doivent leur nom à ces différents relais. Le film Arthur avance l’hypothèse de Clibanarii sarmates positionnés sur le Mur d’Hadrien (présence avéré de graffiti en langue scythique sur le mur) pour en faire les Chevaliers de la Table ronde arthuriens.

 

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