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James Fenimore Cooper et la magie indienne en Amérique

 

Par Nicolas Bonnal

 

On critique beaucoup le monde américain. Lequel ? Avant d’être détruit, vérolé, il a été sublime, peut-être au niveau de l’Allemagne romantique. Stoddard a parlé du monde grec à propos de l’Amérique coloniale brisée par Lincoln et sa guerre de Sécession – et remplacée ensuite par l’immigration européenne. Sa littérature ne s’en remit jamais.

Redécouvrez Irving, Emerson, Hawthorne, Thoreau, les peintres Thomas Cole, Albert Bierstadt, le compositeur Charles Ives ; découvrez le cinéaste franco-américain Maurice Tourneur (père de Jacques). Tout un monde oublié.

Evidemment tout ce qui est grand vient plus ou moins des indiens, dont le prodigieux exemple et le martyre ont inspiré les plus grands et les plus sensibles des Européens, porteurs inconscients du Kali Yuga.

C’est pourquoi Fenimore Cooper est peut-être plus essentiel et guénonien qu’un Européen. Hollywood a ramené son livre à un tas d’aventures violentes alors qu’on avait affaire à une somme traditionnelle et à un chant du cygne.

Extraits choisis d’un chapitre de mon livre sur le western :

 

« La dimension initiatique, chevaleresque et médiévale de Fenimore

Cooper est évidente. Parfois on croit aussi lire du Tolkien. Lançons-nous quand le grand auteur présente un vieux chef à la Merlin ou à la Gandalf :

 

« Le costume de ce patriarche, car son âge, le nombre de ses descendants et l’influence dont il jouissait dans sa peuplade permettent qu’on lui donne ce nom, était riche et imposant. Son manteau était fait des plus belles peaux ; mais on en avait fait tomber le poil, pour y tracer une représentation hiéroglyphique des exploits guerriers par lesquels il s’était illustré un demi-siècle auparavant. Sa poitrine était chargée de médailles, les unes en argent et quelques autres même en or, présents qu’il avait reçus de divers potentats européens pendant le cours d’une longue vie. Des cercles du même métal entouraient ses bras et ses jambes ; et sa tête, sur laquelle il avait laissé croître toute sa chevelure depuis que l’âge l’avait forcé à renoncer au métier des armes, portait une espèce de diadème d’argent surmonté par trois grandes plumes d’autruche qui retombaient en ondulant sur ses cheveux dont elles relevaient encore la blancheur.

La poignée de son tomahawk était entourée de plusieurs cercles d’argent, et le manche de son couteau brillait comme s’il eût été d’or massif. »

 

On lit encore sur ce grand homme :

 

« Aussitôt que le premier mouvement d’émotion et de plaisir causé par l’apparition soudaine de cet homme révéré se fut un peu calmé, le nom de Tamenund passa de bouche en bouche.

Magua avait souvent entendu parler de la sagesse et de l’équité de ce vieux guerrier Delaware. La renommée allait même jusqu’à lui attribuer le don d’avoir des conférences secrètes avec le grand Esprit, ce qui a depuis transmis son nom, avec un léger changement, aux usurpateurs blancs de son territoire, comme celui du saint tutélaire et imaginaire d’un vaste empire… »

 

La dimension religieuse ressort de tout ce prodigieux épisode :

 

« Il serait impossible de donner une idée du respect et de l’affection que témoigna toute la peuplade en voyant arriver inopinément un homme qui semblait déjà appartenir à un autre monde. Après quelques instants passés dans un silence commandé par l’usage, les principaux chefs se levèrent, s’approchèrent de lui tour à tour, lui prirent une main et l’appuyèrent sur leur tête, comme pour lui demander sa bénédiction. Les guerriers les plus distingués se contentèrent ensuite de toucher le bord de sa robe. Les autres semblaient se trouver assez heureux de pouvoir respirer le même air qu’un chef qui avait été si vaillant et qui était encore si juste et si sage. »

 

 

Face à cette humanité elfique, initiatique, la race de la Fin du

Monde. D’un point de vue traditionnel on ne peut qu’être contre les blancs qui d’ailleurs ne demandent qu’à disparaître !

 

Les blancs sont ainsi écrits dans le Dernier des Mohicans, et par Magua, celui des Indiens qui leur ressemble le plus :

 

« À d’autres il donna une peau plus blanche que l’hermine, il leur commanda d’être marchands, chiens pour leurs femmes, et loups pour leurs esclaves. Il voulut que, comme les pigeons, ils eussent des ailes qui ne se lassassent jamais ; des petits plus nombreux que les feuilles sur les arbres, un appétit à dévorer la terre. Il leur donna la langue perfide du chat sauvage, le coeur des lapins, la malice du pourceau, mais non pas celle du renard, et des bras plus longs que les pattes de la souris ; avec sa langue cette race bouche les oreilles des Indiens ; son coeur lui apprend à payer des soldats pour se battre ; sa malice lui enseigne le moyen d’accumuler pour son usage tous les biens du monde ; et ses bras entourent la terre depuis les bords de l’eau salée jusqu’aux îles du grand lac. Sa gloutonnerie la rend insatiable ; Dieu lui a donné suffisamment, et cependant elle veut tout avoir. Tels sont les blancs. »

 

On comprend mieux l’actuel racisme anti-blanc en Amérique !

 

Après on évoque un passé mythique comme les elfes de Tolkien :

 

« Il fut un temps où nous dormions dans un lieu où nous pouvions entendre les eaux du lac salé mugir avec fureur. Alors nous étions les maîtres et les Sagamores du pays. Mais lorsqu’on vit les blancs aux bords de chaque ruisseau, nous suivîmes le daim qui fuyait avec vitesse vers la rivière de notre nation.

Les Delawares étaient partis ! bien peu de leurs guerriers étaient restés pour se désaltérer à la source qu’ils aimaient. »

 

 

La mort d’Uncas et Cora est célébrée par les Indiens comme personne.

Fenimore Cooper souligne dans des pages admirables et nostalgiques cette dimension initiatique et sacrée de l’espace de ses chers Indiens :

 

« Six filles Delaware, dont les longues tresses noires flottaient sur leurs épaules, paraissaient à peine avoir le courage de jeter de temps en temps quelques herbes odoriférantes ou des fleurs des forêts sur une litière de plantes aromatiques, où reposait sous un poêle formé à la hâte avec des robes indiennes tout ce qui restait de la noble, de l’ardente et généreuse Cora. Sa taille élégante était cachée sous plusieurs voiles de la même simplicité, et ses traits naguère si charmants étaient dérobés pour toujours aux regards des mortels. À ses pieds était assis le désolé Munro. Sa tête vénérable était courbée jusqu’à terre, en témoignage de la soumission avec laquelle il recevait le coup dont la Providence l’avait frappé ; mais l’expression de la douleur la plus déchirante se lisait sur son front. »

 

Inspiré comme Tolkien, Fenimore écrit :

 

« Par intervalle les chants étaient interrompus par des explosions de sanglots et de gémissements, pendant lesquels les jeunes filles qui entouraient le cercueil de Cora se précipitaient sur les fleurs qui la couvraient et les en arrachaient dans l’égarement de la douleur. Mais lorsque cet élan de chagrin en avait un peu diminué l’amertume, elles se hâtaient de replacer ces emblèmes de la pureté et de la douceur de celle qu’elles pleuraient.

Quoique souvent interrompus, ces chants n’en offraient pas moins des idées suivies qui toutes se rapportaient à l’éloge d’Uncas et de

Cora. »

 

Comme un elfe, une belle indienne de noble origine chante :

 

« Une jeune fille distinguée entre ses compagnes, par son rang et ses qualités, avait été choisie pour faire l’éloge du guerrier mort ; elle commença par de modestes allusions à ses vertus, embellissant son discours de ces images orientales que les Indiens ont probablement rapportées des extrémités de l’autre continent, et qui forment en quelque sorte la chaîne qui lie l’histoire des deux mondes. Elle l’appela la panthère de sa tribu ; elle le montra parcourant les montagnes d’un pas si léger que son pied ne laissait aucune trace sur le sable ; sautant de roc en roc avec la grâce et la souplesse du jeûne daim. Elle compara son oeil à une étoile brillante à travers une nuit obscure, et sa voix au milieu d’une bataille au tonnerre du Manitou. »

 

 

Cooper compare ce chant à la littérature médiévale européenne :

 

« Il est curieux de comparer ce chant de mort avec le coronach du

jeune Duncan dans la Dame du Lac. »

 

La légende enchantée va demeurer d’Uncas et Cora :

 

« La sympathie que les mêmes infortunes avaient établie entre les simples habitants de ces bois et les étrangers qui les avaient visités ne s’éteignit pas si aisément. Pendant bien des années, l’histoire de la jeune fille blanche et du jeune guerrier des Mohicans charma les longues soirées, et entretint dans le coeur des jeunes Delaware la soif de la vengeance contre leurs ennemis naturels. »

 

 

Dans ce monde enchanté, décalé, poétique, digne de Nerval ou Novalis (peut-être les auteurs les plus proches de Fenimore Cooper) on identifie comme de juste les arbres et les hommes :

 

« Pour moi, je ne suis plus qu’un tronc desséché que les blancs ont dépouillé de ses racines et de ses rameaux. Ma race a disparu des bords du lac salé et du milieu des rochers des Delaware ; mais qui peut dire quel serpent de sa tribu a oublié sa sagesse ! Je suis seul… »

 

Et puis la fin du monde arrive comme toujours avec le Blanc :

 

« – C’est assez, dit-il. Allez, enfants des Lenapes ; la colère du

Manitou n’est pas apaisée. Pourquoi Tamenund attendrait-il encore ? Les blancs sont maîtres de la terre, et l’heure des Peaux-

Rouges n’est pas encore arrivée. Le jour de ma vie a trop duré. Le matin j’ai vu les fils d’Unamis forts et heureux ; et cependant, avant que la nuit soit venue, j’ai vécu pour voir le dernier guerrier de l’antique race des MOHICANS ! »

 

 

Terminons par l’enseignement sacerdotal forestier (on relira le beau livre de Guyonvarc’h-Leroux sur les druides) :

 

« La voûte immense de la forêt s’étendait jusque sur la rivière, en couvrait les eaux, et donnait une teinte sombre à leur surface.

Enfin les rayons du soleil commencèrent à perdre de leur force, et la chaleur excessive du jour se modéra à mesure que les vapeurs sortant des fontaines, des lacs et des rivières, s’élevaient comme un rideau dans l’atmosphère. Le profond silence qui accompagne les chaleurs de juillet dans les solitudes de l’Amérique régnait dans ce lieu écarté, et n’était interrompu que par la voix basse des deux individus dont nous venons de parler, et par le bruit sourd que faisait le pivert en frappant les arbres de son bec, le cri discordant du geai, et le son éloigné d’une chute d’eau. »

 

Cette sensibilité sublime évoque Chateaubriand et l’expérience mystique et romantique des déserts.

 

Allez, un peu de Lady Gaga, de Wal-Mart et de guerre contre l’Iran maintenant !

 

Qui a dit que nous étions des imbéciles ?

 

 

Sources

 

James Fenimore Cooper – Le Dernier des Mohicans (ebooksgratuits.com)

Nicolas Bonnal – les grands westerns américains (Amazon.fr)

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