Accueil ACTU Politique Primaire de la droite : l’électorat catholique objet de toutes les convoitises

Primaire de la droite : l’électorat catholique objet de toutes les convoitises

Les candidats ont profité du 15 août pour s’adresser à l’électorat catholique, qui s’invite pleinement dans le débat politique depuis la contestation contre le mariage pour tous.

Rarement un 15 août avait été autant suivi par des responsables politiques. Bien sûr, à droite certains comme Christian Estrosi ou Nadine Morano, sont habitués à partager publiquement leur foi à l’occasion des fêtes religieuses. Lundi, ce sont des ténors connus pour leur assiduité plus relative qui ont été aperçus à la sortie des églises. Il faut dire qu’à trois mois de la primaire, négliger l’électorat catholique serait une erreur. Surtout que celui-ci est particulièrement actif depuis le débat sur le mariage pour tous qui a fait naître une conscience politique chez certains fidèles. Une donne qui a été bien enregistrée par la plupart des candidats.

Alain Juppé a profité de l’Assomption pour se rendre à Lourdes. Sur Twitter, il a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une première: «Comme à chaque passage depuis tant d’années, je ressens la même émotion. Lieu où souffle l’esprit.» L’ancien premier ministre, qui refuse de revenir sur le mariage pour tous, était en opération reconquête. Il fallait aussi rassurer les catholiques marqués par l’assassinat du père Hamel, à Saint-Etienne-du-Rouvray. «Je comprends leur inquiétude, je suis moi-même catholique», a-t-il souligné. L’élu, qui estimait en octobre dernier sur son blog que «certes notre pays a des racines chrétiennes, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient exclusives», doit rassurer. Son concept «d’identité heureuse» peut faire douter nombre de catholiques effrayés par les polémiques qui naissent autour du communautarisme islamiste. «Je pense aussi aux chrétiens d’Orient qui sont déracinés par la guerre et la violence de leurs terres ancestrales», a poursuivi Alain Juppé en marge de la messe. Un combat qui mobilise largement à droite.

François Fillon a été l’un de ceux qui ont été les premiers à monter au créneau sur le sujet. En juin 2015, déjà, il organisait une réunion publique au cirque d’hiver à Paris pour «engendrer des soutiens» en faveur des chrétiens d’Orient, jurant qu’il ne s’agissait pas d’une «manœuvre politicienne». A ses côtés, Valérie Pécresse, Bruno Retailleau ou encore Valérie Boyer sont autant de voix qui rassurent l’électorat catholique en réaffirmant régulièrement une concordance de points de vue. Lundi, l’ancien premier ministre est retourné à l’abbaye de Solesmes, au coeur de son fief historique sarthois, pour «retrouver nos racines chrétiennes et l’esprit de Béatitudes». L’occasion aussi de réaffirmer sur les réseaux sociaux son intention de réécrire la loi Taubira.

 
La manif pour tous à l’affût

Nicolas Sarkozy, qui n’est pas encore officiellement candidat, n’est pas en reste. Le président des Républicains multiplie les clins d’œil. En vacances au Cap Nègre (Var), l’ex-chef de l’Etat s’est rendu lundi à l’église du Lavandou accompagné de sa femme. Pas de déclaration à la sortie de la messe mais beaucoup de photos et un tweet, relativement sobre: «En pensée avec les catholiques de France qui prient pour notre pays si durement éprouvé ces derniers mois». En mars dernier, le patron de LR s’était enorgueilli d’être reçu au Vatican par le pape François. Malgré l’absence de photo avec le souverain pontife, Nicolas Sarkozy espérait bien adresser un signal aux catholiques qui venaient d’être désarçonnés deux mois auparavant par sa volte-face sur le mariage pour tous, sur lequel il ne veut plus revenir. Il préfère s’appuyer sur un discours ferme sur l’identité chrétienne de la France et en vantant les services de Laurent Wauquiez pour gagner le cœur des catholiques.

Chez les principaux candidats, il n’y a guère que Bruno Le Maire pour ne pas suivre le mouvement. Lundi, l’ancien ministre de l’Agriculture n’a rédigé aucun message particulier à l’occasion de l’Assomption. «Il estime que sa vie de chrétien ne regarde que lui. Cela change de l’impudeur de certains qui s’affichent un 15 août mais qui peuvent omettre que la foi catholique est avant tout des pratiques de vie et des valeurs quotidiennes», tranche un de ses proches cité dans Le Parisien-Aujourd’hui en France. Le candidat connaît quelques difficultés avec les catholiques qui lui reprochent son abstention lors du vote sur le mariage pour tous. «Quand dans les manifestations contre le mariage pour tous, je vois revenir un catholicisme politique et que l’on me dit que l’Église peut prendre des positions politiques, moi le catholique, dont toute la famille est catholique, je dis non», avait-il aussi lâché en mai dernier au magazine La Vie, suscitant l’agacement de nombreux croyants.

 

Tristan Quinault Maupoil

Le Figaro

 

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