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Pourquoi le coup d’État en Turquie n’a-t-il pas réussi ?

Que s’est-il vraiment passé à Ankara lors du vrai-faux golpe qui a fait la une des media. Le regard de Valentin Vasilescu sue ces événements.

Ankara, capitale de la Turquie, est l’endroit où sont concentrés la plupart des objectifs du gouvernement par lesquels s’exerce le fonctionnement de l’État. Pour investir Ankara, il semble que les leaders du coup d’État ont mis au point un plan stupide qui ne pouvait pas être appliqué. Il s’agissait d’utiliser des avions de transport militaire C-130 pour créer un pont aérien avec les troupes de la 2ème Armée turque commandée par le général Adem Huduti. Ses commandos devaient, dans un premier temps, se regrouper dans les aéroports de Sirnak, Kayseri et Malatya, d’où ils se seraient  embarqués dans des avions C-130 qui les auraient emmenés à l’aéroport de la capitale turque. Une fois débarquée des avions à Ankara, la 2ème Armée aurait fait la jonction avec les troupes de la Jandarma pour occuper les postes clés à Ankara comme le bâtiment du Parlement, le complexe  présidentiel, les bureaux du premier ministre, le siège de l’état-major des forces armées, le ministère de l’Intérieur, l’Agence nationale de renseignement (MIT), les Forces spéciales de la police, le centre de télécommunications spécial (par satellite), élément clé du réseau de télécommunications de la Turquie.

Seulement les aéroports de Sirnak, Kayseri, Malatya, d’où devaient décoller les C-130, tout comme celui d’Ankara, sont civils et les pistes sont utilisées en commun par les civils et les militaires. Les Services de Renseignement turcs (MIT) ont découvert les intentions des putschistes et les pistes ont immédiatement été bloquées par le détachement anti-terroriste de chaque aéroport, avec des camions de pompiers et d’autres véhicules, et le balisage des pistes s’est éteint à la suite d’une interruption de l’alimentation en courant électrique. C’est une procédure standard, que j’ai moi-même appliquée le 22 décembre 1989, quand le coup d’État a commencé en Roumanie, j’étais alors le directeur de vol de la 86ème Base aérienne de l’aviation de chasse de Feteşti, située à environ 100 km de la capitale roumaine. Nous l’avons fait parce que nous avions reçu l’information selon laquelle un avion de transport militaire plein de soldats devait atterrir sur ma base dans le cadre d’une intervention militaire étrangère et nous avons bloqué la piste avec des camions.

En raison de cet échec de la 2ème Armée turque, ceux qui ont suivi attentivement l’évolution du coup d’État militaire en Turquie, ont noté que le foyer central des actions de combat s’est déplacé à Istanbul. En plus des F-16 des putschistes survolant Istanbul à basse altitude, des véhicules blindés ont bloqué l’aéroport international et les ponts sur le Bosphore, etc. Plus tard, le président Erdogan réussira à se poser sur l’aéroport d’Istanbul après avoir réussi à partir de la station balnéaire de Marmaris à bord de l’avion présidentiel.

La 1ère Armée turque, disposée autour d’Istanbul, est commandée par le général Ümit Dündar, qui va assurer au président Recep Tayyip Erdoğan qu’il va reprendre aux putschistes le contrôle de l’aéroport Atatürk pour permettre l’atterrissage de l’avion présidentiel. Après l’échec du coup d’État, le général Ümit Dündar a été nommé chef d’état-major de l’armée turque.

La 1ère Armée turque comprend le 2ème Corps d’armée (55ème, 4ème et 18ème Brigades mécanisées) qui est disposée sur la frontière avec la Bulgarie et la Grèce, et contrôle également le détroit des Dardanelles. Le 5ème Corps d’armée (65ème et 8ème Brigades mécanisées, 3ème et 95ème Brigades blndées) s’insère entre le dispositif du 2ème Corps d’armée et la ville d’Istanbul. A la périphérie d’Istanbul, de part et d’autre du détroit du Bosphore, le 3ème Corps d’armée vient compléter le dispositif avec la 52ème Division de chars (1ère, 2ème et 66ème Brigades blindée) et la 23ème Division d’infanterie mécanisée (6ème, 23ème et 47ème Régiments d’infanterie mécanisée ). La 1ère Armée turque compte un effectif de 80.000 soldats, 500 chars, 800 véhicules de transport blindés, 1.000 véhicules de combat d’infanterie, 70 hélicoptères d’attaque et de transport, etc. Cela signifie que, la 1ère armée turque avait les forces et les moyens suffisants pour contrôler Istanbul et, avec elle, le détroit du Bosphore et des Dardanelles. Pour des raisons que nous ne connaissons pas, seulement 2.000 soldats, la plupart appartenant au 3ème Corps d’armée, sont sortis de leur caserne et ont pris position dans Istanbul.

Une des raisons possibles de l’inaction de la 1ère Armée turque pourrait être l’investissement massif pour la modernisation de l’industrie de la Défense prise par Erdoğan qui a réussi à doter l’armée turque de 55% de matériel de combat moderne. Ces investissements ont permis à la Turquie la fabrication des drones de reconnaissance Anka, de conception turque (qui sont en concurrence avec le célèbre MQ-1 Predator, fabriqué par les Américains), des chars Altay, des frégates et corvettes furtives MİLGEM, des missiles sol-sol J-600T Yıldırım II/III (portée 820-900 km), etc. L’armée de l’air turque exploite 270 avions F-16 C/D, construits sous licence Lockheed Martin par Turkish Aerospace Industries (TAI). La Turquie construit le fuselage central de l’avion furtif F-35, les prises d’admission du F-35A et des supports multiples pour diverses armes pour des missions d’attaque au sol. La totalité de la ligne de production de l’usine de moteurs d’Izmir a été rénovée et est prête à produire des moteurs F-135 pour les avions F-35. En 2015 la Turquie a exporté des armes pour 1,5 milliard $.

MIT, Erdoğan, TSK, TAI,

© Ziarul de Gardà.

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