Accueil ACTU Économie MC-21 russe : Quid (notamment) des marchés orientaux

MC-21 russe : Quid (notamment) des marchés orientaux

Moscou de retour dans la cour des grands dans le secteur de l’Aviation civile ? Avec la sortie, coup sur coup de deux appareils ; dont un rival possible de l‘A320neo, la question commence à en énerver plus d’un. Qu’en est-il réellement ? L’avis de Jacques Borde, qui anime le site BforBORDE.com.

 

Il est des dates qui comptent plus que d’autres. Comme l’a écrit Vincent Lamigeon, expert (entre autres) des questions aéronautiques, parlant du MC-21, « Cinq ans après la mise en service du jet régional SuperJet de Sukhoi, premier programme civil russe depuis la chute de l’URSS, Moscou a dévoilé mercredi 8 juin le deuxième étage de la fusée dans son plan de reconquête de l’aviation civile »1.

 

Lors d’une cérémonie à Irkoutsk (Sibérie), l’avionneur russe Irkut a donc présenté son tout nouveau monocouloir : le MC-21. Un avion de 180 sièges, conçu initialement pour remplacer la famille du Tupolev Tu-154, et dont l’entrée en service est prévue fin 20182, et qui est clairement la réponse russe à Airbus et Boeing, en ce qui concerne leurs produits-phares : l’A320neo et le 737 MAX.

Segment, rappelons-le, estimé (par Airbus) à 5.000 Md$US et près de 23.000 avions sur les vingt prochaines années.

 

Le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, qui tenait les rênes du happening a salué « un événement attendu de longue date par notre aviation civile », ce qui est indéniable. Et une « victoire considérable », ce qui, selon certains ; serait beaucoup moins évident.

 

« Avec le SuperJet de Sukhoi, nous avions un appareil bien dessiné, équipé avec des systèmes occidentaux », écrivait en février 2016 Scott Hamilton, analyste au cabinet Leeham, « Le MC-21 suit le même chemin, mais il intègre plus de développements technologiques russes. Ce n’est pas une copie d’un appareil occidental »3.

 

A contrario du C919 chinois, pourrait-on dire.

 

Car, comme le note Vincent Lamigeon, « L’avion, dans lequel Moscou a investi 4,6 milliards de dollars, intègre ainsi de nouvelles ailes en matériaux composites, selon un procédé industriel développé en interne »4.

Le MC-21 sera disponible en deux versions, le MC-21-200 (132 à 165 passagers) et le MC-21-300 (163 à 221 passagers).

Deux motorisations sont proposées :

1- Une russe : le PD-14 de Perm Engine.

2- L’autre US : le PurePower PW1400G de Pratt & Whitney.

Question subliminale qui en angoisse plus d’une : qui pourra bien se tourner vers l’industrie aéronautique (civile) russe ?

Pour l’instant, avec 175 commandes fermes, essentiellement… russes (Iliouchine Finance, VEB Leasing, Sberbank Leasing…) dont 50 exemplaires pour Aeroflot, ce qui n’est pas énorme, on ne peut pas vraiment dire que le MC-21 tienne le devant de la scène. À titre de comparaison, rappelle Vincent Lamigeon,« l’A320neo affichait 4.568 commandes fermes à fin mai, et le 737 MAX 3.090 commandes »5.

 

Mais si, pour l’instant, la bête fait plus le buzz que les ventes, elle pourrait en intéresser plus d’un. Lesquels ?

1- Les partenaires traditionnels de Moscou : les ex-Soviétiques en premier lieu et alliés de toujours. À commencer par l’Arménie, le Bélarus, le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizstan. La compagnie azérie AZAL, elle, a déjà signé un protocole d’accord pour dix MC-21-300.

2- Les Chinois, ensuite : leur C919 étant, plus ou moins, un A320 au rabais. Et les Chinois sont connus pour aimer mettre leurs partenaires à la peine en matière de concurrence. À cela s’ajoutent les tensions grandissantes avec Washington à propos de leur espace maritime.

3- Des Latino-Américains, eux aussi, pas toujours au mieux avec leur grand voisin du Nord.

4- Les Séoudiens, qui, si leurs tensions ne s’apaisent pas avec l’ami américain, pourraient être tentés de diversifier leur(s) flotte(s). Même si, logistiquement parlant, l’approche reste largement discutable.

5- Last but not least, les Iraniens.

Les estimations des patrons de l’aviation civile iranienne tournent autour d’un parc de plus de 300 machines pour être au taquet. Or, si l’on compte les offres de la concurrence : 118 appareils pour Airbus, 100 pour Boeing (pour peu que les négociations ne capotent pas en cas d’arrivée aux affaires de Hillary R. Clinton), cela nous laisse une grosse centaine d’appareils à commander pour Téhéran.

 

Sans compter que là encore, les relations restent chaotiques avec le Grand Satan (sic) ! Cf. les propos du président iranien, le Dr. Hassan Feridon Rohani, « avant la signature de l’accord nucléaire, nous guettions les restrictions et les nouvelles formes d’embargo qu’on nous imposait. Alors que la période post-accord témoigne de la réalisation d’exploits successifs et qu’il convient d’exploiter afin de multiplier nos efforts et de réaliser des progrès pour le peuple ».

 

Restrictions et coups bas qui n’ont pas cessé depuis la signature du 5+1 !…

 

Alors, pourquoi pas des MC-21.

Notes

1.  in Challenges (8 juin 2016).

2.  Le premier vol est prévu pour la fin de 2016.

3.  Cité par Vincent Lamigeon, in Challenges (8 juin 2016).

4.  in Challenges (8 juin 2016).

5.  in Challenges (8 juin 2016).

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