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L’Europe jusqu’à Vladivostok

Histoire et géopolitique (1992)

L’histoire connaît les cités-états : Thèbes, Sparte, Athènes, plus tard Venise, Florence, Milan, Gênes.
Aujourd’hui elle connaît les Etats territoriaux : la France, l’Espagne, l’Angleterre, la Russie.
Finalement elle découvre les Etats continentaux, tels que les Etats-Unis d’Amérique, la Chine actuelle et l’URSS d’hier. [1] L’Europe d’aujourd’hui subit une période de transformations.
Elle doit passer du stade plus ou moins stable des Etats territoriaux au stade de l’Etat continental.
Pour la majorité des gens, cette transition est entravée par l’inertie mentale, sans parler de la paresse de l’esprit.

Bien que n’étant pas plus grande qu’un morceau de tissu, Sparte avait une forte vitalité, d’un point de vue historique, vivant avant tout dans son aspect militaire. Ses dimensions et ses ressources étaient suffisantes pour contenir une armée capable de gagner le respect de tous ses voisins.
Nous approchons ici le problème basique de la vitalité des Etats. La cité-état historique fut supplantée par l’Etat territorial. L’Empire romain supplanta Athènes, Sparte, Thèbes. Et sans grand effort [2].

Aujourd’hui la vitalité historique de l’Etat dépend de sa vitalité militaire, qui à son tour dépend de sa vitalité économique ; ce qui nous conduit à l’alternative suivante :
Première hypothèse : les Etats territoriaux sont obligés de devenir des satellites des Etats continentaux. La France, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, l’Angleterre ne représentent qu’une fiction d’Etats indépendants. Car depuis longtemps, depuis 1945, tous ces pays sont devenus des satellites des Etats-Unis d’Amérique.
Seconde hypothèse : ces Etats territoriaux se transforment en un seul Etat continental : l’Europe.

L’échec historique d’un Etat continental : l’URSS

La regrettable désintégration de l’URSS s’explique, en particulier, par l’insuffisante compréhension théorique de l’Etat par Marx, Engels, Lénine et à certains égards Staline. Déjà en 1984 mon disciple et collaborateur, José Cuadrado Costa, se basant sur les travaux de Ortega y Gasset et de moi-même, publia un essai brillant et prophétique sous le titre : « Insuffisance et obsolescence de la théorie marxiste-léniniste de la nationalité » [3].

Concernant la compréhension de l’essence de l’Etat, les Jacobins étaient manifestement bien plus avancés que les marxistes. Dans ce domaine, Marx resta toujours limité à la période romantique de la Révolution de 1848. Déjà à la fin du XVIIIè siècle, Siéyès parla de la manière d’obtenir un Etat-nation « homogène ». L’Etat-nation est le fruit d’une volonté politique.
Un autre exemple de l’idiotie marxiste, remontant au romantisme du XIXè siècle, est l’idée de la disparition de l’Etat. Il est difficile de penser à une plus grande stupidité. C’est un vieux rêve anarchiste. [4]

Ainsi Lénine préserva l’existence formelle des républiques. J’écris intentionnellement le mot au pluriel.
Du fait de l’application du principe du centralisme à l’intérieur du parti communiste et à la personnalité particulière de Staline, cette fiction ou cette comédie dura jusqu’en 1990. L’affaiblissement du Parti entraîna l’éclatement de l’URSS sur des problèmes remontant à l’époque 1917-1922.
La fiction devint réalité.
En 1917 les Jacobins russes créèrent la République des Conseils (j’attire votre attention sur le singulier). Lénine accepta cette fiction de l’Union des Républiques Soviétiques (j’attire votre attention sur le pluriel) et la toléra. De 1946 à 1949, à l’apogée de son pouvoir, Staline aussi préserva cette apparence d’Etats « indépendants », s’étendant de la Pologne à la Bulgarie.
Une imprudence théorique de plus.

L’Etat politique par opposition à l’Etat ethnique

Dans le dictionnaire « Le Petit Larousse », il est écrit que les conditions de l’uniformité d’une ethnie sont sa langue et sa culture.
Pour les besoins de cette analyse, je donnerai ma propre interprétation élargie de ce concept, ayant dit que l’unité de l’Etat ethnique a ses racines dans l’unité de race, de religion, de langue, d’imagerie commune, de mémoire commune, de frustrations ou de craintes communes.
Le concept d’Etat politique (en tant que système ouvert, en expansion) est complètement opposé au concept d’Etat ethnique (en tant que système fermé, fixé). L’Etat politique est l’expression de la volonté d’hommes libres d’avoir un avenir commun.
L’Etat politique, ou plus précisément l’Etat-nation politique – dont je suis considéré comme le théoricien moderne, après Ortega y Gasset [5] – permet aux individus de préserver leur individualité personnelle (veuillez excuser ce pléonasme barbare et grossier) à l’intérieur du cadre de la société. Il y a moins de deux mois [6], j’ai donné mon opinion sur l’importance des concepts d’Imperium et de Dominium. Depuis 1964 je n’ai jamais cessé de développer ces concepts d’origine romaine.
A un ami politique qui m’appelait « wallon » (ce n’était pas suffisant pour moi !), j’écrivis, comme d’habitude, que je ne suis ni wallon, ni flamand, ni allemand, ni belge, et pas même européen. Je suis moi. La personne de Jean Thiriart, c’est Jean Thiriart, lui écrivis-je. Je n’aime pas du tout être classé dans une catégorie avec d’autres gens, où il est dit qu’« ils me ressemblent ». Je veux constamment conserver mon ironie socratique. Partisan du totalitarisme quand on parle de l’Imperium, je deviens un anarchiste pour la question du Dominium.

Marx et Engels ne savaient absolument rien de cette dichotomie fondamentale Imperium/ Dominium ; c’est pourquoi ils écrivirent « L’idéologie allemande » contre Max Stirner. La vision de l’Imperium par Stirner (libre choix fédératif, droit à la sécession, etc.) restera toujours utopique et inapplicable. Au contraire, sa vision de la liberté interne, dans la question du Dominium, sera toujours intéressante. Je suis bolchevik, jacobin, prussien, stalinien, dès qu’on parle de l’Imperium et de sa discipline civile, mais mon goût et mes intérêts intellectuels concernant ma vie privée, ma vie à l’intérieur du cadre du Dominium, vont à l’Odyssée, aux Cyniques, à Diogène, qui en réponse à la question : « Pouvez-vous voir un brave homme en Grèce ? » répondit : « Nulle part ; mais je vois quelques braves garçons à Lacédémone … ».
On sait que Diogène et les autres Cyniques admiraient le système spartiate parce que les Spartiates étaient des partisans de la discipline et de l’austérité et des ennemis de la luxure et de la paresse.
Ainsi, comme Diagoras, je suis contre la religion. Dans le domaine privé, bien sûr !
Certainement, je suis connu en tant que messager de l’Europe unie, de Dublin à Vladivostok [7]. Mais cette Europe unie, que je décris et que j’invoque, est liée au domaine de l’Imperium. Et mon opinion est qu’un tel Imperium doit être puissant, dynamique, impitoyable – pour être efficace.
Quant à la personnalité, elle est liée à la catégorie du Dominium.
Ma personnalité culturelle m’interdit de choisir entre des catégories. Elle est unique, tout comme mon code génétique est unique.

Biologiquement, chaque personne est l’incarnation d’un code unique. Elle est unique. Dans le domaine de la culture – musique, architecture, littérature, peinture, etc. – je revendique pour moi-même le statut d’un individualiste inébranlable.
Dans l’Etat politique il ne peut y avoir de « minorités », car celles-ci ne concernent que les individualités, alors que la collectivité ne concerne que l’Imperium.
Ces liens représentent des limitations que j’ai déjà mentionnées plus haut.

Infortunes récentes : fédéralisme, confédéralisme

Dès que le concept jumeau de l’« Imperium-Dominium » est introduit dans le concept de construction, des solutions perverses comme le fédéralisme ou pire encore, le confédéralisme, perdent tout sens et toute utilité.
Je ne peux me retenir de citer ici un auteur américain, dont je ne connais qu’une seule citation, mais tellement pertinente :
« Tout groupe de personnes, quel que soit leur nombre et leur similarité réciproque, et quel que soit le degré de fermeté dans l’affirmation de leur opinion – tout groupe finit par éclater en groupes plus petits adhérant à différentes variantes de la même opinion ; dans ces sous-groupes émergent à leur tour des sous-sous-groupes, et ainsi de suite, jusqu’à la dernière limite d’une telle division : l’individu isolé. »
Ces mots sont attribués à Adam Ostwald, auteur d’un livre intitulé « Société humaine ».

Les anarchistes du XIXè siècle et beaucoup d’autres, y compris Proudhon, persistèrent dans l’énorme erreur de croire que les conflits et les tensions à l’intérieur des GRANDS groupes pourraient toujours disparaître, en trouvant une solution dans des PETITS groupes.
C’est l’harmonie sociale du XIXè siècle : l’harmonie du petit groupe, opposée à l’horreur de l’intolérable domination du grand groupe.
Même Lénine inventa une stupidité historique dans le cadre du concept absurde du « petit-groupe-harmonieux-qui-marche-toujours-bien », ce qui l’obligea plus tard à parler de la disparition de l’Etat, et aussi de la souhaiter et de la prédire.

L’Europe jusqu’à Vladivostok : la taille minimum

L’Etat-nation, s’il veut être indépendant, est obligé d’avoir des moyens militaires adéquats. La possession de ces moyens dépend de la démographie, de l’autarcie pour les matières premières, et de la puissance industrielle de l’Etat. Entre l’Islande et Vladivostok nous pouvons unir 800 millions de gens (au moins pour équilibrer les 1.200 millions de Chinois) et aussi trouver avec le pétrole sibérien tout ce qu’il faut pour satisfaire nos besoins énergétiques et stratégiques.
J’affirme que, du point de vue économique, la Sibérie est pour l’Empire européen la province la plus nécessaire à sa viabilité.

Une grande union entre l’Europe occidentale, hautement industrialisée et à la pointe de la technologie, et l’Europe sibérienne, disposant de réserves d’énergie presque inépuisables, permettra la création d’un Empire républicain très puissant, avec lequel tout le monde devra trouver un accord.

Les limitations imposées par l’Empire européen

Cette Etat sera une unité. Il ne connaîtra pas et ne tolérera pas de division horizontale (autonomies régionales), ni de division verticale (classes sociales). [8] Son principe supérieur sera une citoyenneté uniforme : en tout lieu de l’Empire européen, le citoyen aura le droit d’élire, d’être élu et de travailler. Il pourra absolument librement changer de résidence et de travail. Sa qualification professionnelle sera reconnue à travers tout l’Empire : le docteur qui recevra son diplôme à Madrid pourra pratiquer sans aucune limitation à St. Pétersbourg.
Tout corporatisme régional sera exclu.
La séparation de toute portion de territoire sera exclue en vertu du principe supérieur postulé. Nous ferons à nouveau usage du principe jacobin : « La République est unitaire et INDIVISIBLE ». Il serait imprudent de répéter l’erreur de Lénine concernant le « droit à l’autodétermination ».
La « région » ou l’ex-Etat national adhère pour toujours. L’unité de cet Etat est irréversible, consolidée par la loi constitutionnelle.
Au contraire, cet Empire pourra s’étendre, non par des « annexions », mais par l’adhésion de ceux qui souhaiteront le rejoindre.
L’armée sera populaire et intégrée. Une caste militaire ne pourra pas jouir d’un monopole ou de privilèges sous prétexte de professionnalisme. Cette armée sera complètement subordonnée à l’autorité politique.
Pendant ses 25-50 premières années d’existence, cette armée intégrée sera l’objet d’une attention spéciale afin que les recrues des différentes régions de l’Empire servent ensemble.
Il n’est pas nécessaire de supposer l’existence de régiments croates ou de divisions françaises ou d’armées allemandes ou russes.
Il y aura une seule monnaie. Posséder des devises étrangères ou les utiliser comme moyen de paiement sera punissable.
N’est-ce pas humiliant, honteux, qu’il soit aujourd’hui possible d’aller en Russie en s’étant muni seulement de dollars américains ?
C’est en effet humiliant à la fois pour les touristes d’Europe occidentale et pour les Russes.
C’est un symbole de notre chute commune : les Européens de l’Ouest colonisés depuis 1945, les Européens de l’Est balkanisés et colonisés depuis 1990. Il serait plus avisé de payer l’hôtel à Moscou en ECUs européens, au lieu de dollars étrangers. L’anglais sera la langue commune [9]. Je n’ai pas dit « l’américain ». En cela consiste mon choix pragmatique, inévitable. Le concept d’une législation uniforme sera l’un des principes fondamentaux de cet Empire. Les lois civiles, les lois criminelles, les lois du travail et les lois commerciales seront uniformes. L’interprétation et l’application de la loi sera identique partout.

Le Dominium et ses limitations

Chacun connaît la formule selon laquelle la liberté d’une personne se termine là où commence celle des autres.

Dans un précédent article [6], j’ai indiqué, parmi les domaines généraux de l’Imperium, ceux où la République unitaire « … ne recule jamais … ». Quant au Dominium, il suppose une liberté de choix illimitée, permettant toutes les libertés personnelles qui ne portent pas tort à l’Imperium.
Ces libertés seront garanties dans le cadre de la vie privée.
Dans les vieux (usés, malades) systèmes et régimes politiques, les émotions, les sentiments, les craintes privées tenteront inévitablement – beaucoup trop souvent, hélas – d’entrer dans la vie politique.
L’Imperium devra rester un domaine élaboré, structuré et dirigé par le néo-cortex seulement.

Pour comprendre le comportement d’une personne, il est nécessaire d’étudier les mécanismes du cerveau. [10] Je répéterai ici ma plaisanterie favorite : « Je n’ai pas d’âme. J’ai un cerveau ». En fait, comme tout autre individu, j’ai trois cerveaux, à savoir :
– le cortex d’origine, le plus ancien (la vieille partie du cerveau), qui nous permet de marcher, de grimper, de ramper ou de donner de l’effet à un ballon de basket.
– le cerveau « intermédiaire » (méso-cortex), qui contient tous mes « logiciels » émotionnels programmés, nécessaires pour la survie. Sergey Chakhotin, spécialiste de Pavlov, a autrefois décrit ces passions et ces émotions. La survie de l’individu est favorisée par les pulsions de combat et de nutrition ; la préservation d’une espèce, par l’inclination sexuelle et parentale (associative).
– Et finalement le plus moderne de nos trois « programmes de maintenance » est le néo-cortex, ce magnifique outil de l’être humain. Un outil insuffisamment utilisé.

La partie ancienne du cerveau est déjà vieille de 200 millions d’années. Le néo-cortex s’est formé il y a seulement un million d’années.
Cette doctrine (ou thèse) sur les trois sortes de cerveau, « superposés l’un sur l’autre », ou sur un cerveau triple, comme l’écrivit le traducteur français Roland Guyon, fut avancée par le physiologiste américain Paul D. Mac Lean [10]. Elle fut ensuite popularisée par Arthur Koestler [10].
Dans le livre d’Otto Klineberg, « Psychologie sociale », il y a une longue discussion de la question du comportement émotionnel d’une personne.
Deux siècles avant la parution des travaux scientifiques de Paul D. Mac Lean, Siéyès avait anticipé cette thèse moderne sur la superposition des trois cerveaux.
Bastide, dans sa dissertation de 328 pages, mentionne le manuscrit de Siéyès, « Du cerveau et de l’instinct ».
Longtemps avant moi, Siéyès avait été surpris et irrité par les pseudo-manifestations dans le langage politique.
Si moi aussi j’impose cette digression au lecteur, c’est seulement pour montrer qu’une grande partie des discours politiques acerbes et agressifs vient de notre cerveau moyen super-émotionnel.
Une bonne étude du discours politique n’est possible qu’en connaissant le mécanisme de fonctionnement du cerveau humain.
Dans ce cas il est aisé de détecter la raison de l’introversion, de la haine envers quelque chose. Cela devient un simple problème clinique expliqué par la physiologie du cerveau.
Pendant des années, j’ai dû débattre avec des « écrivains » traitant la politique comme un reflet du comportement du « méso-cortex » (passion, émotion, pulsion, frustration, peur, répulsion), alors que je tentais de toutes mes forces de décrire une République du « néo-cortex » … sic !

L’un de mes critiques a dit que j’étais un « monstre froid et rationnel ».
Je suis d’accord avec lui, et je préfère cette condition à celle de « monstre bacchique irrationnel », si appréciée des gredins post-nietzschéens.
Je recommande obstinément au lecteur instruit, qui s’intéresse à la politique, de se familiariser avec les travaux de Paul D. Mac Lean.
L’absurdité des discours politiques pseudo-rationnels prétendant être persuasifs (l’avocat persuade, le scientifique prouve) apparaît clairement après cette déclaration de Marc Jeannerod :
« … la caractère indirect des relations entre le sujet et le monde externe. Le sujet se crée sa propre représentation de ce monde, et cette représentation guide son action. Dans cette perspective, l’action n’est pas la réponse à une SITUATION externe, mais la conséquence ou le produit de cette REPRESENTATION particulière. »
Toute divagation primitive sur l’« ethnie » s’explique très simplement par ce concept de « représentation » (fictive) d’une réalité rejetée (projection de la réalité). Un rejet de la réalité, nécessaire pour le rêve quotidien.
Pour quelqu’un qui a reçu une éducation scientifique stricte, la politique et son langage représentent des absurdités évidentes.
Les gens se jettent au visage des inventions et des fictions d’hostilité personnelle, refusant d’accepter ces situations …

Mais revenons aux trois sortes de cerveau de Mac Lean.
Quand nous observons les orbites des satellites, la trajectoire des sondes spatiales, la résistance de l’acier, les corrections optiques introduites pour fabriquer une lentille, nous utilisons seulement notre néo-cortex.
Pendant une querelle entre conducteurs, se terminant en bagarre, nous utilisons les dénommés mécanismes réactifs (de l’archéo-cortex) et émotionnels (du méso-cortex) du cerveau et nous nous comportons comme des mammifères et des reptiles.
Dans une bagarre entre conducteurs, les pulsions agressives prennent le dessus, supprimant graduellement la fonction régulatrice du néo-cortex. L’inclination sexuelle, parfois insupportable, nous forcera à désirer la petite fille du voisin.
La même personne fonctionne toujours avec l’aide de ce double « programme » : les programmes de pulsions-passions-sentiments-émotions, et le programme de pensée absolument rationnelle.

Cette digression était nécessaire comme transition à la question du gouvernement des peuples.

La religion dépend du domaine du Dominium.
C’est un domaine privé d’activité, qui ne devrait avoir aucune possibilité d’exercer une influence sur la vie publique (avec le risque conséquent de voir comment les « islamistes » ont défié l’autorité en Yougoslavie). Il est ridicule de supposer que la religion devrait interférer avec une vie politique raisonnable, dans l’Imperium. C’est précisément à cause du mépris de ce principe que des massacres ignobles et stupides ont eu lieu au Liban, en Palestine, en Arménie, en Yougoslavie et en Moldavie.

Ceux qui mélangent la religion à la politique sont les actuels « apprentis sorciers ». Il est criminel, celui qui a créé cette situation de relations tendues, mais, d’un point de vue historique, il est aussi criminel, celui qui a détourné les yeux du fait que les passions religieuses peuvent être utilisées dans un contexte politique.

Dans l’Imperium laïc des républiques unies d’Europe, la liberté religieuse sera accordée (j’écrirais plutôt « admise ») dans le cadre du Dominium, et impitoyablement supprimée à la première tentative d’interférer dans le domaine appartenant à l’Imperium. Les racistes éhontés et hypocrites ont inventé la thèse de l’ethno-différenciation (sic) et des « identités ethno-culturelles » (re-sic). En résultat de cela, de véritables guerres ont surgi en Moldavie, en Yougoslavie, dans le Caucase – des guerres menées par des criminels de droit commun, ou, pour être précis, par des gangsters.
En plus des vols, de la prostitution, du jeu et du narco-trafic, les criminels et les voyous depuis au moins vingt ans ont montré un grand intérêt pour la question des « minorités opprimées ». Ces folies religieuses et ethno-différentielles ont été dûment manipulées d’abord par des charlatans, et ensuite par des gangsters – ces dénommées folies, s’appuyant sur des desperados avec des armes dans les mains, nous mèneront si bas que nous retournerons aux « mille tribus de Nouvelle Guinée », aux coupeurs de têtes.
En résumé, je dirais que le Dominium signifie une liberté d’opinion presque incontrôlée (même l’opinion la plus stupide), mais que l’Imperium des républiques laïques unies n’admettra jamais, même pour un instant, la liberté de « faire tout ce qu’on veut ». Depuis 1945, l’histoire nous a donné des exemples clairs et sanglants de ce qu’il ne fallait PAS faire. Cela ne doit pas se reproduire demain.

Quand Moscou fait appel aux « experts »

Ce qui se passe en Russie depuis deux ans est complètement fou.
L’économie aurait dû être libéralisée étape par étape, du bas [11] vers le haut, restant à chaque étape pendant deux ou trois ans.
Au lieu de cela, les pires aventuriers de la finance internationale furent admis à Moscou. Le produit du travail de trois générations de soviétiques a été mis à l’encan.
Les requins de Wall Street commencent à s’intéresser excessivement à l’économie de l’ex-URSS. Elle n’aurait pas dû affaiblir son noyau politique, consentant à la séparation de ses peuples, même si Lénine, dans son illettrisme politique (un héritage de la naissance du marxisme vers 1848), concéda (très hypocritement et très imprudemment) le « droit à l’autodétermination ».

La partition politique et militaire de l’URSS est et restera toujours une impardonnable erreur historique.
Un événement fatal et irréversible.
La force centrifuge détruira en cinq ans ce que les forces centripètes avaient créé en quatre ou cinq siècles.
Il aurait d’abord mieux valu remplir les boutiques de saucisson et de pain, favorisant la création d’un million de petites entreprises (avec entre un et cinquante employés).
Simultanément, il était nécessaire de renforcer la répression politique CONTRE tous ces « combattants » pour le séparatisme, l’indépendance et l’autonomie.

Un autre exemple du comportement suicidaire des nouveaux dirigeants russes est celui de leurs « voyages » à Washington au lieu d’accepter l’aide économique de l’Europe occidentale.
D’un point de vue historique et géopolitique, les Etats-Unis sont l’ennemi particulier de l’URSS. La stratégie historique des Etats-Unis est de diviser l’Europe et de partitionner l’URSS.
Pendant quatre siècles, l’Angleterre mena la même politique contre les rois d’Espagne, contre la France et l’Allemagne.
Aujourd’hui l’Angleterre a laissé la place aux Etats-Unis. Mais hier encore elle visait infatigablement à détruire la principale force continentale, capable d’unir le continent européen en une fédération : les Habsbourg d’Espagne, Bonaparte, Guillaume II, Hitler.

La Russie « seule » est un futur « Brésil des neiges »

La partition de l’URSS est irréversible. La « grande Russie » n’a plus aucune chance d’être une grande puissance.
A présent la « Russie seule » est un pays sans futur, comme l’Allemagne depuis 1945, et la France depuis 1962.
D’un point de vue historique, l’Allemagne a été dépouillée de toute signification en 1945. Bien qu’elle soit aujourd’hui une grande puissance industrielle, elle est complètement passive, absolument sans influence dans l’arène internationale [12].
Oui, 47 ans ont déjà passé, depuis que l’Allemagne n’a plus aucune politique étrangère.
En soi, ce n’est pas si mauvais pour l’unité européenne.
L’hystérie nationaliste a causé beaucoup de mal à l’Europe : deux guerres suicidaires, en 1914 et en 1939.
Si quelque rêveur espère encore que la Russie redevienne la « grande Russie », une puissance de premier ordre, qu’il sache dès maintenant que Washington dispose déjà de nombreuses armes. Washington a cyniquement joué la carte de Bagdad contre Téhéran, et ensuite la carte de Ryad, et celle de ses complices à Damas et au Caire, contre Bagdad. Washington a encore beaucoup d’armes en réserve pour terminer, en cas de nécessité, la partition de l’URSS, et ensuite pour s’occuper de la partition de la Russie elle-même.

Si nécessaire, Washington jouera sans le moindre doute la carte de Pékin ou du monde islamiste (du Pakistan au Maroc) contre Moscou.
Aujourd’hui, la France, l’Angleterre, l’Allemagne ne sont qu’une fiction historique d’Etats indépendants, des parodies.
Tous ces soi-disant « grands » pays n’ont plus de politique étrangère.
La guerre d’Irak a montré que Washington n’a besoin de la France et de l’Angleterre que comme fournisseurs de « tirailleurs sénégalais ».

NOTES

[1] De 1981 à 1985, j’ai publié un certain nombre de travaux (certains d’entre eux traduits en russe) avançant la possibilité théorique d’unir l’Europe, de l’Est à l’Ouest, par la répétition d’un scénario historique dénommé « Macédoine » (de 338 à la révolte de Galilée, à Chéronée, Philippe de Macédoine accomplit effectivement l’unification de la Grèce).
Dans ces travaux, l’argumentation parlait de la méthode idéologico-militaire appropriée pour unir l’Europe de Vladivostok à Dublin.
(le continent chinois fut unifié il y a 22 siècles par un éminent homme politique : Tsin Chihuanti. La dynastie Tsin (221-206) : Etat centralisé unitaire, direction bureaucratique ; subordination des seigneurs féodaux. Construction de la Grande Muraille de Chine.)
Les événements ultérieurs ont fait oublier la crainte de l’armée soviétique et le dégoût habilement entretenu du communisme. En 1992, la solution « macédonienne » apparaissait déjà inadéquate en comparaison de la période 1982-1984. Aujourd’hui nous devrions élaborer un concept pour regagner tout le territoire soviétique par la construction de la Grande Europe, le formuler, et souhaiter ardemment sa réalisation.
Le concept infantile et anti-historique de la « Communauté des Etats Indépendants », proposé par le candide Gorbatchev, n’avait pas la moindre chance de succès. C’était un enfant mort-né. Son absurdité sémantique est évidente : communauté des indépendants (sic) ; on pourrait aussi bien parler de couples de catholiques dévots pratiquant l’amour libre …

[2] Rome était un ETAT POLITIQUE visant à l’expansion de ses frontières.
Telles n’étaient pas, sur le plan théorique, les cités de Sparte, d’Athènes et de Thèbes, avec leur concept paralysant de la « cité-état immanente et éternelle ». Approximativement 2000 ans plus tard, la Prusse devint aussi un Etat politique en expansion. Néanmoins une telle expansion n’implique pas nécessairement la conquête. Un exemple théorique et concret de cela : si durant les années 1950-1955, en pleine guerre froide, les Etats-Unis nous avaient proposé une intégration politique de l’Europe occidentale dans une honnête et sincère structure « atlantique », nous aurions été les témoins de la naissance d’une République Atlantique, s’étendant de San Francisco à Venise et de Los Angeles à Lübeck.
Je donne cet exemple théorique pour que le lecteur puisse distinguer entre un impérialisme habituel d’asservissement et un impérialisme d’intégration.
Une telle capacité évidente à l’expansion aurait aussi été celle d’une République Européenne Unitaire. Tous mes concepts géopolitiques postulent la nécessité de préserver la vitalité d’un Etat-nation.
J’utilise la géopolitique dans le but de créer et de décrire le concept de la vitalité de la République.
Je suis un théoricien de la géopolitique, alors que Haushofer et Spykman étaient parmi ses idéologues. Tous deux étaient des impérialistes mal déguisés. La différence entre le théoricien et l’idéologue est vaste.
Haushofer ne fit que rationnaliser son pangermanisme bestial. Son concept de bloc « Berlin-Moscou-Tokyo » n’est rien d’autre qu’un déguisement rationnel de ses fictions pangermanistes.
Quant aux Etats-Unis, ils se réfèrent à leur « Destinée Manifeste ». C’est une géopolitique idéologique, messianique, née de l’imagination, à son tour stimulée par la lecture régulière d’une littérature paranoïaque et d’emprunts aux textes bibliques.
Weinberg énumère les titres de chapitres révélateurs de cette paranïoa historique : « prédestination géographique », « mission de régénération », « destinée inévitable », « pouvoirs de police internationale ». Les psychologues et les psychiatres trouveront ici matière à réflexion et à distraction.
Mon concept géopolitique est complètement différent. Je dirais que « l’avance industrielle et technologique » particulière des Etats-Unis devra ou pourra créer une telle situation lorsque ces derniers administreront raisonnablement et honnêtement un Etat Continental s’étendant de l’Alaska à la Patagonie, au lieu de « promener » leur flotte d’une manière provocatrice en mer de Chine et en Méditerranée.
Les théories géopolitiques idéologiques opèrent en termes de subordination et/ou d’exploitation, alors que la géopolitique théorique « à l’état pur » s’occupe du développement et de la construction d’Etats vivants.

[3] Jose Cuadrado Costa, « Insuffisance et dépassement du concept marxiste-léniniste de nationalité », octobre 1984, dans « Conscience Européenne » N° 9, Charleroi, Belgique. (concept de « nationalité » dans Marx, Engels, Lénine, Staline, Ortega y Gasset et Jean Thiriart). Publié en espagnol, en français et en russe.

[4] Il faut absolument lire cet ouvrage de Daniel Guérin (« L’Anarchisme », Poche, Gallimard). Toutes les stupidités du romantisme du XIXè siècle sont décrites ici. Il est difficile de trouver quelqu’un de plus naïf et de plus stupide que Proudhon. Il décrivait un monde idyllique, le monde des « fédérations de fédérations ». Il ne prévoyait pas les guerres de Moldavie, de Croatie et d’Arménie avec leur but de destruction brutale de la « minorité des minorités ». Et à partir d’un seul coup de feu !

[5] Jose Ortega y Gasset, « La Révolte des Masses », Editions Stock 1961 ; Jose Ortega y Gasset, « La vocation de la Jeune Europe », Revue de la SS Universitaire « LA JEUNE EUROPE », Berlin 1942, Cahier 8.

[6] Jean Thiriart, « L’EUROPE : Etat-Nation Politique », revue « Nationalisme et République » N° 8, juin 1992 ; 25, Cours Foch 13640, La Roque d’Antheron (France).

[7] Depuis déjà plus d’un quart de siècle, j’ai développé ainsi le concept d’Europe : (a) un Etat unitaire, (b) [une Europe] des nations européennes. Le général de Gaulle voulait une France forte (et unie) dans une Europe impotente (confédérale).
L’Europe n’aima pas cela. Comme Maurras, il se retrouva dans une impasse.
En 1965, l’auteur allemand Heinz Kubi m’attaqua au sujet des anciens prophètes de la Grande Allemagne, auxquels j’étais supposé appartenir. Kubi écrivait :
« L’Europe : une nation ? Le paradoxe du paysage politique en Europe occidentale est que les mêmes gens qui se supportent le moins (sur la question européenne : gaullistes-fédéralistes et thiriaristes-unionistes – J.Th.) sont partisans du même concept d’Etat. Pour de Gaulle il était impensable que l’Etat puisse être autre chose qu’un Etat national, puisque la nation est la seule base légale de la politique. Le même concept est dominant chez une fraction de l’opposition européenne (« Jeune Europe » – J. Th.). Cette dernière veut quitter le cadre national, mais ne peut proposer aucun Etat à part l’Etat national. Ils veulent donc substituer un Etat national européen aux Etats actuels. Ils rêvent d’une nation européenne, et ce n’est pas fortuit, car sur cette question ils sont d’accord avec les prophètes de la ‘Grande Allemagne’ et d’autres fascistes du passé. » (voir page 312 de l’édition française).
Voir PROVOKATION EUROPA, Kiepenheuer und Witsch, Köln-Berlin, 1965. Traduction française : « Défi à l’Europe », Seuil, 1967.
J’ai trop appris de la défaite de la « Grande Allemagne » raciste, pendant la guerre et après, durant mes années de réclusion. J’en ai retiré une leçon utile sur le fait que l’Etat racialement uni (celui d’Hitler) ne pouvait pas s’étendre sans guerres constantes. Par conséquent, dans ma sombre cellule j’ai élaboré le concept de l’Etat politique (pas racial) uni et expansionniste.
J’ai repris et développé les concepts de Siéyès et Ortega y Gasset, le concept de la nation politique qui doit s’« accomplir » dans un destin supérieur, un destin européen.

[8] Dans une réunion, le 7 septembre 1789, l’abbé Siéyès déclara et répéta sans ambiguité : « Seule la Nation est souveraine. La Nation ne connaît ni ordres, ni classes, ni groupes. La souveraineté ne peut pas être divisée et transmise ». Voir Colette Clavreuil, « L’influence de la théorie d’Emmanuel Siéyès sur les origines de la représentation en droit public », thèses de doctorat, Université de Paris, 1982 ; Jean-Denis Bredin, « Siéyès, la clé de la Révolution française », Editions de Fallois, Paris 1988 ; Paul Bastid, « Siéyès et sa pensée », réédition Hachette 1970.
Personne ne peut formuler le concept de l’Etat unitaire mieux que Siéyès. Quant à moi, je transfère ce concept de république une et indivisible dans mes réflexions sur la création d’une république impériale de Dublin à Vladivostok. Autant que Siéyès, je suis fatigué de toutes ces théories fédératives, sources de menaces de guerres civiles et de partitions territoriales.

[9] Pour une personne ayant une éducation scientifique, tous nos langages sont des moyens d’expression trop faibles, indistincts, désuets. Le langage scientifique est sans équivoque, le langage littéraire est toujours ambigu. Pour cette raison, les « écrivains » ne s’expriment pas aussi clairement en sociologie ou en politique. Voir l’ouvrage capital de Louis Rougier, « La métaphysique et le langage », Denoël 1973. En fait dans le monde entier, l’anglais est déjà et inévitablement la langue commune de la science et de la technologie. L’Institut Pasteur de Paris ne publie plus rien en français. Tous ses travaux sont publiés seulement en anglais.

[10] Paul D. Mac Lean, « Les trois cerveaux de l’homme », Robert Laffont 1990 (traduction française) ; Arthur Koestler, « Le cheval dans la locomotive ou le paradoxe humain », Calmann-Lévy 1968 ; voir chapitre XVI, « Les trois cerveaux ». Koestler s’addresse aux lecteurs instruits. Mac Lean écrit pour le lecteur familiarisé avec la neuro-psychologie du cerveau.
Sergey Chakotin, « Le viol des foules par la propagande politique », Gallimard 1952. Chakotin est un disciple et un partisan de Pavlov. Son livre « La violence des foules » est un ouvrage capital, indispensable pour ceux qui veulent approfondir cette question.
Otto Klineberg, « Psychologie Sociale », Presses Universitaires de France 1967.
José M.R. Delgado, « Le conditionnement du cerveau et la liberté de l’esprit », Charles Dessart, Bruxelles 1972 (traduction française).
Jean-Didier Vincent, « Biologie des Passions », Seuil 1986.
Marc Jeannerod, « Le cerveau-machine », Fayard 1986. Guy Lazorthes, « Le cerveau et l’esprit – complexité et maléabilité », Flammarion 1982.

[11] Jean Thiriart et René Dastier (1962-1965), « Principes d’économie communautaire », 170 pages ( 1986). Un ouvrage complet sur les théories socio-économiques de Jean Thiriart (le socialisme à l’échelle européenne : le communautarisme). Il y a aussi un bref exposé de cette doctrine dans un petit volume de 42 pages : Yannik Sauveur, « Esquisse du communautarisme », (1987). Et finalement, l’article de Jean Thiriart « Esquisse du communautarisme », publié dans le journal « La nation européenne », N° 1, février 1966.
Le régime russe actuel est en train d’accomplir la libéralisation de l’économie de la manière la plus pernicieuse. Ils ont d’abord demandé l’aide des requins de la finance internationale, ce qui était la dernière chose à faire. Et Eltsine l’a fait, montrant qu’il était un profane, un homme sans aucune connaissance dans les domaines de l’économie et de l’histoire.
Il aurait été bien plus correct : (a) de libéraliser immédiatement toutes les entreprises ayant un personnel allant de une à cinquante personnes ; (b) en deux ou trois ans, de libéraliser les entreprises ayant un personnel allant de 50 à 100 personnes.
Il aurait fallu procéder de bas en haut, de la libéralisation immédiate des très petites entreprises à celles de très grande taille en six ou huit ans. La libre entreprise stimule le travail. Il est impossible de dire la même chose de la finance internationale spéculative, qui ne recherche que des profits immédiats. Nous ne parlerons pas ici de l’énorme marge existant entre le capitalisme industriel (Ford, Renault, Citroën) et le capitalisme bancaire spéculatif (le Fonds Monétaire International). Des centaines de pages de recherches économiques par Dastier et Thiriart (1962-1965) sont consacrées à ce sujet. En simplifiant beaucoup, on peut dire que le communautarisme signifie une économie complètement libre pour les entreprises ayant un personnel allant jusqu’à 50 personnes, une économie régulée pour celles ayant plus de 500 employés, une économie contrôlée pour celles au-dessus de 5.000 employés, et une économie d’Etat pour celles ayant plus de 50.000 employés. C’est un système à « géométrie variable », à mi-chemin entre le capitalisme industriel et le socialisme classique.

[12] L’Allemagne moderne est un géant économique, d’une part, et un nain politique, d’autre part. C’est un pays historiquement éviscéré depuis 1945. L’Allemagne actuelle est l’une des zones d’exploitation de l’économie cosmopolite basée à Wall Street.
List a brillamment démontré la différence entre économie cosmopolite et économie politique. Partant de cette différence, Thiriart construisit la théorie de l’économie de puissance par opposition à l’économie américaine centrée sur le profit.
Il y a une excellente analyse des idées de List par l’auteur américain Edward Mead Earl (voir Edward Mead Earl dans « Makers of Modern Strategy », Princeton University 1943). En 1980 la maison d’édition Berger-Levrault a publié cet ouvrage en traduction française sous le titre : « Les maîtres de la stratégie » (chapitre 6 : « Adam Smith, Alexander Hamilton, Friedrich List : les fondements économiques de la puissance militaire »).
List passa de nombreuses années aux USA. Il disait que « les richesses sont inutiles sans l’unité et la puissance d’une nation ». Sur la qualité analytique de son travail, Edward Mead Earl écrivit qu’il pourrait être digne d’être inclus dans une anthologie d’études géopolitiques.

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