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Les Lumières, de gauche ou de droite ?

L’auteur de ces lignes, qui n’est autre que celui qui a choisi le titre de l’article, est bien conscient de l’anachronisme qu’on y trouve. Evoquer « Les lumières » qui, en France, se déroule durant le second quart du 18 ème siècle, c’est un peu faire injure à la chronologie puisque les notions de « droite » et de « gauche » ne font sens qu’à partir de 1789.

Il est très difficile de définir l’une et l’autre composantes de la vie politique française de façon essentielle, tant elles s’influencent mutuellement. C’est ainsi par exemple qu’une notion à l’origine à gauche peut très bien dans l’avenir devenir la propriété de la droite. Mieux, conséquence du jeu démocratique, il suffit que droite ou gauche défendent une idée, pour que celle-ci se voit attaquée par le frère ennemi. On retiendra donc, conséquence et expérience de deux siècle d’histoire, que droite et gauche mutent au gré des événements et qu’ainsi elle ne semble pas faire preuve de constance.

Pour connaître l’histoire de la gauche comme de la droite, il me semble positif de lire dans le premier cas Jacques Droz, et dans le second René Rémond, ce dernier voyant ses analyses raffinées par Jean-François sirinelli.

Alors, faut-il se garder prudemment d’aller au-delà de l’érudition consécutive aux trois ouvrages cités dans le paragraphe ci-dessus ? Je ne le crois pas et pense que le savant se doit d’innover, en science politique comme en mathématique.

On peut considérer par exemple, affaire de psychologie, qu’un homme de droite contemplant deux individus, mettra l’accent sur leurs différences, là où l’homme de gauche mettra en exergue leur ressemblance. Voilà peut être une première différence qui semble constante au cours du temps, même si elle est affaire de psychologie plutôt que de science politique. On peut aussi rappeler la formule bien connue : l’homme de droite considère l’être comme coupable mais pas responsable, là où l’homme de gauche pense le contraire. Peut être est-ce là l’influence de l’Eglise et de la notion de pêché originel. Eglise longuement soutenue par la droite – c’est une des fractures majeures en 1789 – et combattue par la gauche. Bien sur, on trouvera des croyants pratiquants de gauche et des droitiers agnostiques voire athées, mais il ne s’agit là que d’exceptions à la règle générale.

Toujours d’un point de vue psychologique, et probablement en raison de l’influence du fatalisme religieux, l’homme de droite à une naturelle propension à instrumentaliser le passé pour ne pas écrire célébrer. Méfiant vis-à-vis des constructions théoriques, pour ne pas écrire misonéiste, l’homme de droite est empiriste. A gauche en revanche, au sens trivial donc non philosophique du terme, on est idéaliste. Pas un hasard en ce sens si on évoque le « socialisme utopique » ni si les idées avancées par Marx furent si novatrices, voulant faire du passé table rase.

Quand bien même suis-je scientifique de formation (énergétisme puis mécanique des fluides) que la curiosité intellectuelle m’a fait reprendre bien plus âgés, deux autre Dea dont l’un fut en science des religions et l’autre en philosophie. J’ai une dans ce dernier cas, l’occasion de m’investir beaucoup, ce au point d’en faire ma première spécialité non scientifique, dans l’étude et la compréhension des Lumières.

Ces dernières sont le plus souvent fustigées dans la mouvance, et le plus souvent pas de façon cohérente. Exemple marquant, Voltaire que l’on aime à citer comme représentant des Lumières, n’en était justement pas : il appartenait en fait à la génération précédente, même s’il fut le grand protecteur pour ne pas écrire formateur, d’hommes eux, véritablement des Lumières comme par exemple Diderot.

Ce qui marque les hommes des Lumières, ce par opposition à leurs prédécesseurs du 17 ème siècle, c’est le fait de coller à la réalité et de pratiquer un rationalisme empirique. Jamais un homme des Lumières n’aurait écrit, aussi bien la Monadologie que le critique de la raison pure. En ce sens, parce qu’empiristes, les hommes des Lumières seraient donc plutôt à classer à droite de par l’état d’esprit qui fut le leur. De la même façon, on a tort de voir chez ces hommes des précurseurs de la Révolution (idéalisme) voire de la République (idéalisme sachant l’époque). Or, les D’Alembert et Diderot avaient un faible pour ce qu’ils appelaient « le despotisme éclairé », c’est-à-dire d’un souverain, non seulement instruit, mais de surcroît entouré de spécialistes compétents. Nous voilà bien loin de la République ou d’une réforme majeure que l’on peut appeler Révolution. Les hommes des Lumières songeaient simplement à améliorer la structure en place, encore une fois de façon empirique, sans d’ailleurs mettre à bas le régime de castes caractérisant l’ancien régime. Tel ne fut pas le cas de leurs successeurs qui, eux, oeuvrèrent pour une mue radicale, justement teintée d’idéalisme.

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