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Un sommet pour tenter de sauver l’Europe

En mal de projets ambitieux, l’Europe, réunie à Bratislava, entend s’avancer sur la voie d’une défense commune.

Envoyé spécial à Brastislava

Une forteresse médiévale haut perchée, au-dessus d’un fleuve qui a longtemps divisé le continent. Les Vingt-Sept ont fui Bruxelles et sa réputation en berne, pour le Danube et le château de Bratislava. Ils auraient pu choisir meilleure allégorie. Le sommet entendra-t-il la défiance des Européens «d’en bas»? Parviendra-t-il à empêcher d’autres déchirements?

L’absence de la Britannique Theresa May à ce rendez-vous européen «informel» concrétise la première rupture: après l’élargissement à tout va, l’Union européenne n’est plus à l’abri du rapetissement, voire de la désintégration. La contagion, redoutée juste après le «non» britannique, ne s’est pas déclarée. Mais les maillons faibles sont connus: l’Est et sa rage ouverte contre les «diktats» de Bruxelles. Le Sud qui peine à surnager après des années d’austérité. Le Nord en panne d’enthousiasme pour un projet jugé technocratique et centré sur lui-même. Sans oublier tous ceux qui chercheraient à abandonner une union en peau de chagrin, dominée par l’Allemagne.

Les vraies réponses ne seront pas au rendez-vous ce soir, entre les quatre tours de guet de la forteresse danubienne. «Jamais, je n’ai vu si peu de terrain d’entente entre les États», se désole Jean-Claude Juncker. Faute d’avancée plausible sur d’autres fronts, Paris et Berlin poussent une ambition de rechange, la «défense européenne», avec le soutien tacite de tous les autres, Europe orientale comprise.

C’est un vieux projet, régulièrement torpillé, et remis au goût du jour grâce à l’évacuation du veto britannique. Quartier général européen, projection des forces ou coopération industrielle, «la France et l’Allemagne ont ressorti les fonds de tiroir», estime l’eurodéputé Arnaud Danjean, expert de dossiers militaires (PPE, les Républicains). Ceux qui espèrent redonner ainsi du muscle et du lustre à l’UE risquent d’être déçus. Au mieux, il s’agit d’écrire une feuille de route. «Il n’y aura aucune décision pratique avant un autre sommet, en décembre», insiste un responsable impliqué.

Réforme de Schengen

Bratislava doit permettre trois autres avancées. D’abord le doublement du fonds d’investissement Juncker, une enveloppe européenne qui serait portée à 630 milliards d’ici à six ans, afin de soutenir la croissance et l’emploi. Ensuite, la réforme de Schengen et l’instauration déjà promise de contrôles policiers systématiques à l’entrée comme à la sortie de l’UE. Et enfin le premier déploiement, dès octobre, du corps européen de garde-frontières en Bulgarie, la voisine de la Turquie.

La logique, déclinée par François Hollande, Angela Merkel et la Commission Juncker, est imparable: «L’UE doit protéger.» L’urgence politique absolue est de répondre à l’insécurité, celle qu’expriment beaucoup d’Européens face au chômage, à l’arrivée des réfugiés, au terrorisme et aux guerres qui embrasent le voisinage. La peur fait le lit de l’europhobie et du populisme, à l’approche de scrutins cruciaux en Italie, en France et puis en Allemagne.

Au-delà de la poudre aux yeux et d’un consensus de façade, une autre question s’impose derrière les remparts: qui, parmi les 27 chefs d’État et gouvernement, est encore prêt à mouiller sa chemise pour défendre la construction européenne, relancer la dynamique collective, ramener la confiance des électeurs et rompre le chacun pour soi? À défaut «le seul souvenir qui restera du château de Bratislava sera la photo de famille», avertit Donald Tusk, hôte du sommet et président du Conseil européen.

Le fossé se creuse

Ce sursaut politique peut être mis en doute, sur les moyens comme dans la substance. Malgré, ou précisément à cause du «non» des Britanniques, le fossé n’a cessé de se creuser entre ceux qui cherchent encore le salut dans le cadre européen et ceux qui veulent rogner les ailes de l’UE, en rapatriant des compétences chez eux. Avec des nuances, cette partie oppose l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne à l’Europe de l’Est, mais aussi aux pays nordiques, pas insensibles aux arguments du Brexit. À Bruxelles, cette fracture passe entre Jean-Claude Juncker et Donald Tusk.

Sur le fond, la querelle reste à vider sur le dossier générique de l’immigration. Les mouvements de main-d’œuvre internes à l’UE ont fourni l’argument décisif aux partisans britanniques de la rupture. Sur la question du travail détaché, ils empoisonnent toujours le climat entre l’est et l’ouest de l’Europe – notamment la France. Quant à la brouille historique entre Angela Merkel et ses voisins orientaux sur la répartition européenne des réfugiés syriens, elle est encore à solder. Dans le huis clos de Bratislava, prévient un habitué, «ce ne sera peut-être pas joli joli».

Le Figaro

 

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