Accueil ACTU Politique Mélenchon, Montebourg, Macron : la gauche est en pleine recomposition

Mélenchon, Montebourg, Macron : la gauche est en pleine recomposition

Un sondage donne Arnaud Montebourg en tête de la primaire socialiste, devant François Hollande. Pour Jérôme Fourquet, le clivage sur l’Europe forgé après le référendum de 2005 bouleverse la gauche… mais aussi la droite.

Spécialiste des sondages, Jérôme Fourquet dirige le département «Opinion & stratégies d’entreprise» de l’Ifop. Son essai Accueil ou submersion? Regards européens sur la crise des migrants paraît le 6 octobre aux éditions de l’Aube.

François Hollande a déclaré au JDD à propos de son éventuelle candidature: «Rien n’est décidé». Il a ajouté: «Si j’y vais, c’est pour gagner, pas pour figurer». Est-ce une manière d’évoquer l’hypothèse dans laquelle son bilan pourrait l’empêcher de se présenter?

Jérôme FOURQUET. – D’après tous les témoignages, François Hollande est apparemment très déterminé à se présenter. Néanmoins, en conditionnant sa nouvelle candidature à une «baisse durable et crédible» du chômage – pour reprendre les termes exacts dans lesquels il s’est exprimé -, il a défini une condition qui fait l’office d’un véritable piège le concernant. Dans ce cadre, l’annonce de plusieurs dizaines de milliers de chômeurs supplémentaires au mois d’août est venue encore noircir davantage le tableau puisque nous sommes aujourd’hui à quelques mois voire quelques semaines de la prise de décision et de l’annonce relative à une éventuelle candidature du président de la République. À partir du 15/20 décembre, nous entrerons dans la trêve des confiseurs. Comme la primaire socialiste aura lieu en janvier, il faudra que François Hollande annonce donc sa décision début décembre au maximum. Mais aujourd’hui, les conditions économiques et sociales comme le paysage politique ne plaident pas – c’est le moins qu’on puisse dire – pour une telle candidature de François Hollande. Les indicateurs ne sont pas au vert. D’où les propos prudents que vous soulignez.

Selon un sondage BVA paru ce lundi, Arnaud Montebourg, qui a officialisé sa candidature, ferait la course en tête dans les intentions de vote à la primaire en cas de candidature de François Hollande (il perdrait en revanche d’une courte tête si le président laissait sa place à Manuel Valls). Le champion du redressement productif est-il bien placé en pouvant compter sur les reports de voix des partisans de Benoît Hamon?

C’est le pari qu’il a dû faire. Arnaud Montebourg a hésité pendant un moment à se présenter à cette primaire socialiste. Ses lieutenants ont d’abord avancé des raisons techniques: ils ne voulaient pas d’une primaire étriquée, avec un petit nombre de bureaux de vote, ils voulaient également avoir des garanties sur la transparence du scrutin. Tout ceci était de bonne guerre, il y avait peut-être des inquiétudes justifiées… Mais la principale inquiétude était davantage politique. En se présentant aux primaires, on en accepte toutes les conditions, notamment celle, centrale, qui veut que tous les candidats qui ont été battus se rallient au vainqueur. Il y a donc une prise de risque politique importante pour Arnaud Montebourg. Primo, ceci pourrait mettre à mal son positionnement hors système où l’on trouve des accents gaulliens, car la primaire, très estampillée «Parti Socialiste» réduit son spectre électoral. Secundo, Arnaud Montebourg, qui est encore dans la force de l’âge, veut ménager son avenir. La perspective d’une éventuelle victoire de François Hollande à la primaire serait handicapante pour son ancien ministre du Redressement productif, qui serait obligé de le soutenir. Qu’en sera-t-il alors de la crédibilité du positionnement de frondeur et de procureur très sévère du quinquennat qui vient de s’écouler? S’il s’agit après la présidentielle de disputer à Manuel Valls ou à un autre la prééminence au sein de la famille socialiste, un soutien à un François Hollande finalement défait en 2017 hypothéquerait grandement les perspectives d’Arnaud Montebourg pour la suite.

Et pourtant, ce dernier a néanmoins décidé d’être candidat à cette primaire socialiste…

Il y a d’abord des raisons matérielles car l’ancien ministre n’a pas forcément un trésor de guerre suffisant pour mener campagne seul. Il pourrait ensuite s’appuyer sur la collecte de signatures – les fameux 500 paraphes – qui sera organisée directement par le PS. Dans la mesure où les troupes d’Arnaud Montebourg sont pour l’instant clairsemées, ce n’est pas un petit avantage. Mais au-delà de ça, il y a un autre argument qui a certainement pesé très lourdement dans la stratégie d’Arnaud Montebourg. Il estime en effet d’une part qu’il est aujourd’hui le mieux placé parmi les rivaux déclarés de François Hollande, et d’autre part que l’actuel président de la République est très largement rejeté et extrêmement impopulaire au sein même de l’électorat de gauche. Le champion du «made in France» croit ainsi qu’il pourra arriver en finale contre François Hollande. Selon l’adage qui veut qu’au premier tour, on sélectionne et qu’au second, on élimine, Arnaud Montebourg n’espère pas forcément fédérer de manière spectaculaire des millions d’électeurs de gauche, mais davantage servir de réceptacle à l’anti-hollandisme et à la volonté majoritaire à gauche de tourner la page. Je vous renvoie à un sondage IFOP pour Paris Match du mois dernier qui explique que 66% des électeurs de Hollande du premier tour de 2012 ne souhaitent pas qu’il soit de nouveau candidat (même au sein des sympathisants socialistes, qui est un noyau de l’électorat un peu plus fidèle, le chiffre est encore de 54%). On peut penser qu’Arnaud Montebourg a ces chiffres en tête et que, même si en termes de popularité – les enquêtes le montrent -, Montebourg n’est pas forcément le socialiste le plus apprécié, lui espère capitaliser sur le rejet et le discrédit massifs dont pâtit François Hollande. On a entendu que Marie-Noëlle Lienemann avait ses parrainages, on voit Benoît Hamon s’agiter, mais il espère sans doute qu’une partie de ces candidats représentant la gauche du PS n’iront peut-être pas jusqu’au bout ou seront en tout cas cantonnés à des scores très faible. Il pourrait ainsi très rapidement s’imposer comme l’alternative à Hollande – et ce sondage va sans doute l’aider.

Sur le fond, Arnaud Montebourg pourra dérouler ses propres thématiques qui ont bien réussi en 2011, je pense notamment à la démondialisation, au made in France, au patriotisme économique, des thèmes qui sont montés en puissance ces dernières années. Dans la mesure où ces thèmes imprègnent aujourd’hui le débat public, il pourra jouer cette carte-là en essayant d’apparaître en majesté par rapport aux autres candidats de gauche tout en jouant massivement sur l’anti-Hollandisme. On se souvient que, lors d’une précédente primaire en 2006, Montebourg avait déjà eu des mots très durs contre Hollande (le principal défaut de Ségolène Royal… c’était son compagnon!) et qu’en 2014 il quitta avec fracas le gouvernement à la suite d’un certain nombre de désaccords sur les orientations économiques. On connaît un peu le tempérament d’Arnaud Montebourg et on peut donc penser qu’il ne va pas retenir ses coups et va taper comme un sourd sur le président de la République.

Quid d’Emmanuel Macron? Comment pourrait-il se situer dans cette hypothèse d’une victoire d’Arnaud Montebourg à la primaire socialiste?

Ça le servirait! En revanche, si François Hollande n’y va pas, on entre dans une autre configuration. C’est alors assez plausible que Manuel Valls aille aux primaires en service commandé. Qu’est-ce qui sortirait du chapeau d’un affrontement Valls/Montebourg? Ce n’est pas évident de le dire, le sondage que vous évoquiez donne Manuel Valls vainqueur, mais d’un point seulement…

Si l’on revient à un match Montebourg/Macron, on observe que le fondateur d’«En Marche» n’a manifestement pas l’intention d’aller à la primaire socialiste, contrairement à Arnaud Montebourg. Une des explications réside dans les scores mesurés aujourd’hui dans les sondages d’intention de vote au premier tour de l’élection présidentielle. Macron, en dissident du PS, est aux alentours de 15%. Montebourg, dans la même configuration, face à Hollande donc, est entre 4 et 6%. On voit ainsi l’intérêt majeur pour Montebourg de défier Hollande au sein de la famille socialiste. Arnaud Montebourg a besoin pour un temps de redevenir «socialo-socialiste» en entrant dans cette primaire pour bénéficier de cette rampe de lancement. Avec un score de départ de 15%, Emmanuel Macron se dit qu’il peut jouer la carte de l’autonomie et de l’indépendance et ce d’autant plus qu’il est soutenu par des personnalités venant de différentes sensibilités – notamment du centre droit – qui appellent à voter pour lui et le soutiennent plus ou moins discrètement. Son indépendance sert également la crédibilité de son discours de dépassement du clivage gauche-droite et de refondation d’un nouveau clivage entre progressistes et conservateurs. Même s’il est nouveau sur la scène politique, il connaît sa grammaire politique et sait qu’il sera attendu au coin du bois par les troupes militantes du PS qui lui feront payer sa liberté de parole et son social-libéralisme. Sa vraie planche de salut et son atout par rapport à d’autres, c’est d’aller mordre dans le camp d’en face. Et pour exprimer ce potentiel-là, il ne faut absolument pas rentrer dans le tuyau ou la conduite forcée comme on dirait en mécanique de la primaire.

D’aucuns expliquent que Macron va rencontrer des difficultés à défier ouvertement son ancien patron, ce qui est probablement vrai. Pour autant, le scénario idéal pour lui n’est certainement pas que François Hollande jette l’éponge car Manuel Valls pourrait alors s’imposer. Ce serait plutôt le scénario dans lequel Arnaud Montebourg sortirait vainqueur de la primaire en ayant terrassé François Hollande par sa gauche. Emmanuel Macron pourra alors se dire qu’il n’a pas été Brutus, mais que César a quand même été tué, ce qui est un avantage… Le second avantage concerne son positionnement social-libéral qui peut lui permettre de recueillir des soutiens de ceux qui ne se reconnaissent pas dans la ligne plus à gauche et plus souverainiste d’Arnaud Montebourg. Parce qu’une fois qu’il aura défait Hollande à la primaire, Montebourg sera aussi dans un match face à Mélenchon.

Alors justement, plus à gauche que Montebourg, il y a Jean-Luc Mélenchon qui a (presque) pris la défense de Nicolas Sarkozy lors de la polémique sur les Gaulois, s’inscrivant sur ce point historique dans une vieille tradition de gauche. Du candidat du Front de Gauche jusqu’aux anciens locataires de Bercy, assiste-t-on à une recomposition complète de la gauche?

Nous sommes en tout cas dans une période de clarification importante du débat idéologique. Les clivages relatifs à la mondialisation ou à l’Union européenne sont généralement occultés ou recouverts en partie par le clivage gauche-droite animé par les partis traditionnels alors même que ces lignes de faille taraudent bel et bien la société française. Toutes les familles politiques sont traversées par ce clivage sur le rapport à la mondialisation. Aujourd’hui, nous avons une nouvelle manifestation de la vivacité de ce qu’on peut appeler la gauche du «Non» en référence au référendum de 2005. Si on va au bout du bout, les deux pôles (du «Oui» et du «Non») vont s’affronter: soit dans une configuration avec une double-candidature Montebourg/Mélenchon versus Macron, soit dans un autre schéma avec des candidatures Hollande (ou Valls) et Macron versus Mélenchon.

La stratégie de Montebourg et de Mélenchon – même s’ils ont des divergences de tempérament et idéologiques – est un peu la même: elle consiste à aller vers ces classes populaires qui, petit à petit, ont abandonné la gauche au profit de l’abstention ou du FN. Mélenchon les appelle «la France des insoumis». Quand il se veut l’adversaire des élites mondialisées, le défenseur d’Alstom à Belfort, Arnaud Montebourg s’adresse aussi à cette France-là.

Ce qui est intéressant dans la réaction de Mélenchon à propos de la polémique sur les Gaulois, c’est qu’il reconnaisse progressivement l’importance des questions d’identité. Il ne souhaite plus laisser ce champ libre au Front national. Vous avez dans son entourage des personnes qui expliquent ouvertement que l’accueil non maîtrisé de migrants et que la libre circulation des salariés en Europe est un sujet légitime de préoccupation. Mélenchon et son équipe ont fait l’analyse de ce qui s’est passé au dernier scrutin présidentiel. Alors qu’il avait fait un score honorable au premier tour, il s’est cru assez fort aux législatives pour aller défier Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais en reconquérant «maison par maison» (on était à Madrid en 36 ou à Stalingrad en 1942-3) le bassin minier à l’extrême-droite. Or il s’est fait laminer.

Pourquoi? La question migratoire qui travaille des pans entiers de l’électorat populaire était un angle mort de son discours – ce qui peut être à son honneur d’ailleurs. Avec les attentats terroristes, les polémiques régulières sur la question de l’islam et la crise des migrants, Mélenchon doit répondre à ce vide. Encore ces derniers jours à Calais comme en région parisienne, des mèches s’allument partout sur ces questions identitaires. Cette gauche-là qui veut reprendre une partie de l’électorat populaire perdu – que ce soit Mélenchon ou Montebourg – doit digérer et intégrer ces problématiques.

Peut-on alors parler d’opportunisme?

Ce n’est pas vraiment de l’opportunisme car, en un sens, il y a une cohérence idéologique certaine avec le combat de 2005 sur la constitution européenne qui évoquait déjà la question des frontières, de la liberté de circulation des travailleurs, des effets négatifs de la mondialisation néolibérale. La situation sociale et sociétale est arrivée à un tel point de crispation que ce clivage latent du «non de 2005» remonte à la surface et fait concurrence au traditionnel clivage gauche-droite.

Cette recomposition est aussi causée par l’incroyable discrédit de François Hollande. À gauche comme à droite, ces fractures par rapport à la mondialisation existent depuis très longtemps mais elles ne se manifestent en temps normal que lors des référendums qui portent spécifiquement sur ces questions: on a bien vu en 2005 que les électorats de gauche et de droite étaient en réalité coupés en deux. Quand la politique traditionnelle reprend ses droits, ces sujets ne sont pas suffisamment structurants ou en tout cas ne l’étaient pas suffisamment pour générer des offres bien identifiées dans chacun des partis. Et c’était notamment le cas quand vous aviez un leadership suffisamment fort. Lors de la campagne de 2012, Hollande ou Sarkozy étaient parvenus globalement à réconcilier la France du oui et la France du non dans leur camp respectif. Hollande n’est plus aujourd’hui en mesure de le faire et ce clivage sous-jacent s’exprime donc de toutes ses forces.

Plus largement, beaucoup d’analystes s’attendaient à un match retour François Hollande contre Nicolas Sarkozy. Mais l’élection de 2017 pourrait aussi mettre en avant de nouveaux candidats face à Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, notamment Arnaud Montebourg, Emmanuel Macron ou Alain Juppé. La recomposition de l’ensemble du système politique est-elle en cours?

Sans doute sommes-nous au prologue d’une telle recomposition. Prologue avec la candidature d’Emmanuel Macron qui va beaucoup plus loin dans la transgression du clivage gauche/droite que n’a pu le faire François Bayrou par le passé. À quoi lui répond Alain Juppé qui, quelque part, est en partie sur le même logiciel que l’ancien ministre de François Hollande. Juppé a expliqué dimanche au JDD à propos d’Emmanuel Macron qu’il ne le prendrait jamais comme Premier ministre, mais on est là dans des interrogations sur ses qualités personnelles: celui-ci ne serait pas fidèle, loyal, etc. Néanmoins, il y a bien une espèce de continuum idéologique. Quand Juppé explique qu’il faut des réformes en profondeur mais qu’un candidat qui a fait 25% au premier tour aura au bout de six mois le pays dans la rue (situation qu’il a bien connue…), il avance l’idée qu’il va falloir s’appuyer sur une majorité beaucoup plus large pour réformer le pays et s’appuyer sur les gens de «bonne volonté et sérieux» du camp d’en face. On est ici très proche de l’alliance des progressistes voulue par Macron. Les planètes s’alignent à partir du moment où Marine Le Pen est (presque) certaine d’être au second tour, voire en tête du premier. On aura alors mécaniquement un front républicain qui se mettra en place contre elle.

Or Alain Juppé, bien que fidèle héritier de Chirac, a expliqué que, dans cette situation, il tiendrait compte dans la composition de son gouvernement des voix qui lui auront permis de battre Marine Le Pen, ce qui veut dire que des personnalités de la gauche modérée pourraient alors être nommées au gouvernement par Juppé, ce qui Chirac n’avait pas fait en 2002.

En 2012, avec un duel entre François Hollande et Nicolas Sarkozy au second tour, une bonne partie du FN a voté pour Sarkozy et une bonne partie du Front de gauche a voté pour le PS. Nous étions encore dans le clivage gauche-droite habituel. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Du fait du poids électoral atteint par le FN, l’un des deux grands partis disparaît au second tour de la présidentielle dans toutes les études d’opinion. Et parallèlement à cela, l’aspiration ancienne de Français Bayrou de rassembler les bonnes volontés des deux bords pour faire les réformes indispensables au pays est un discours qui est porté aujourd’hui par les candidats des deux camps (Juppé et Macron). Si ce scénario s’était jusqu’à présent toujours fracassé sur la permanence du clivage gauche/droite, la configuration très particulière de 2017 avec la présence de Marine Le Pen au second tour offre pour la première fois une fenêtre d’opportunité pour ce scénario. Tout ceci pourrait bien déboucher à terme sur une recomposition complète du paysage politique. Encore une fois, il s’agit d’une confrontation entre le traditionnel clivage gauche-droite et le clivage entre la France du «oui» et la France du «non» qui est aussi celui entre les tenants d’une société ouverte et les tenants d’une société fermée ou entre les pro-mondialisation et les «anti» qui sont inquiets de ses effets. Nous sommes arrivés dans une situation particulière où, peut-être, pour la première fois, ce clivage va pouvoir faire jeu égal voire être un peu plus puissant que celui qui structurait jusqu’à maintenant la vie politique. Quand Alain Juppé explique qu’un jour, «il faudra couper les deux bouts de l’omelette» (mettre de côté les extrémistes de gauche et de droite et pratiquer l’union des réformistes des deux camps), c’est précisément de cela dont nous parlons.

Le Figaro

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