Accueil ACTU Politique Cécile Duflot, autopsie d’un échec

Cécile Duflot, autopsie d’un échec

Les 12.000 électeurs de la primaire écologiste ont disqualifié dès le premier tour l’ancienne ministre qui se préparait pourtant depuis longtemps à l’élection présidentielle.

Le choc est rude. L’élection présidentielle, Cécile Duflot s’y préparait depuis longtemps. Après son départ retentissant du gouvernement, en avril 2014, et un livre-réquisitoire six mois plus tard contre l’exécutif socialiste, l’écologiste préparait ardemment cette échéance. «J’ai les épaules pour les 2017», disait-elle dès novembre 2014. Depuis, tout en chargeant régulièrement le gouvernement, elle consultait, affinait sa stratégie de «déminorisation» de l’écologie politique. Dès le renoncement de Nicolas Hulot, en juillet, elle rêvait de rassembler sa famille politique derrière sa candidature, sans passer par «la machine à perdre» de la primaire. Mais pour ses soutiens, c’était gagné d’avance. Ce pré-scrutin n’était qu’une formalité. Sur le papier, l’élue parisienne avait sans conteste un CV plus fourni que ses adversaires du Parlement européen et une notoriété bien plus importante. Pas forcément des atouts pour les écologistes. Finalement, l’ancienne ministre a été défaite dès le premier tour. Le Scan revient les raisons qui peuvent expliquer cet échec.

» L’échec de la stratégie de campagne

Avec sa garde rapprochée – la féministe Caroline de Haas, les communicants Arnauld Champremier-Trigano et Stéphane Pocrain – Cécile Duflot avait choisi un discours de rassemblement, enjambant la primaire pour mieux s’adresser aux Français. L’ancienne ministre du Logement affirmait pouvoir être au second tour de l’élection présidentielle et, arrivée à l’Élysée, créer une «République écologique». Elle répétait vouloir «déminoriser l’écologie», et permettre à son parti d’accéder aux plus hautes responsabilités. «Je ne veux pas être la candidate d’EELV qui est là pour témoigner (…) je veux passer à l’acte», disait-elle quelques jours avant son désaveu cuisant. Au soir de la défaite, ses soutiens pointent une erreur manifeste d’appréciation. «Cécile a fait une campagne tournée vers l’extérieur, sa stratégie de l’écologie majoritaire n’a pas été retenue», concède Caroline de Haas, ex-PS recrutée en septembre comme directrice de campagne. «Elle a parié sur une écologie de dépassement, cela n’a pas été compris», commente de son côté David Cormand, secrétaire national du parti.

» L’image de candidate d’appareil

Ses adversaires n’ont pas manqué d’user de cet argument, plus ou moins discrètement, dans la pré-campagne. Pour beaucoup, notamment en interne, Cécile Duflot représente «la firme», la direction qui a oeuvré pour obtenir des postes et des groupes parlementaires en réalisant un accord avec le Parti socialiste, en 2011. Avant d’être députée puis ministre, la quadragénaire a dirigé les Verts puis Europe Écologie Les Verts, soit six ans à la tête des écologistes, notamment avec Jean-Vincent Placé. «L’écologie militante a gagné sur l’écologie d’appareil!», a souligné Karima Delli, disqualifiée elle aussi dans la primaire. Daniel Cohn-Bendit, ancien ténor du parti, ne dit pas autre chose sur Europe 1. «Les militants lui ont fait payer qu’EELV ce soit elle et que ce soit une catastrophe politique. C’est pour cette raison qu’ils l’ont éjectée.» Pour beaucoup d’écologistes, l’échec de Cécile Duflot est synonyme de «sanction» contre l’ancienne dirigeante. Dans cette compétition, la candidate avait le soutien manifeste de David Cormand, patron du parti, qui ne l’a pas aidée à casser cette image trop institutionnelle et politicienne.

» Son ambiguïté vis-à-vis du PS

C’est un sujet toujours en débat à EELV et qui est très lié aux responsabilités qu’a exercées Cécile Duflot dans le parti. «Elle paye ses revirements successifs. Elle a joué la militante modèle, pour ensuite négocier une circonscription en or avec le PS (la 6ème circonscription de Paris, Ndlr), intégrer le gouvernement en 2012 et rompre brutalement en 2014. Les militants lui ont fait payé l’addition», analyse, à chaud, François de Rugy, ex poids lourd d’EELV parti à Écologistes!. «Personne n’était dupe de sa sortie du gouvernement, chacun y a vu une tactique politicienne pour préparer la suite», souligne de son côté un élu francilien. À Lorient, fin août, la candidate alors en campagne avait déjà reçu un accueil plutôt mitigé des militants.

» La malédiction des favoris aux primaires écologistes

Les écologistes n’ont cure des sondages et des scenarios écrits à l’avance. Nicolas Hulot face à Eva Joly? En 2011, les militants avaient préféré la magistrate inconnue, contre un candidat nettement plus populaire. En 2001, Alain Lipietz avait lui aussi remporté la primaire d’une courte tête face à Noël Mamère. «Le favori de la primaire verte n’a jamais gagné!, s’amuse un élu, le parti a un problème avec la notoriété». Jean-Vincent Placé, qui a dirigé avec Cécile Duflot le parti, lui rend hommage jeudi matin: «Elle paie surtout l’ingratitude, le côté coupeur de têtes des Verts. C’est une forme de suicide collectif, un peu temple solaire, c’est-à-dire qu’on continue dans la secte et puis on essaie de qualifier deux personnes que personne ne connaît», commente le secrétaire d’État sur France 2.

Le Figaro

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