Accueil ACTU Politique Poésie et crépuscule : les meilleures pages de Jean-Marie Le Pen

Poésie et crépuscule : les meilleures pages de Jean-Marie Le Pen

 

Poésie et crépuscule : les meilleures pages de JMLP

« …à mesure que je grandissais puis que je prenais une certaine importance, mon pays rapetissait… »

 

Mon ami Guillaume de Thieulloy (les4verites.com, où j’ai écrit dix-huit ans) a publié aux éditions Muller le tome premier des mémoires de Jean-Marie Le Pen et bien lui en a pris puisqu’il en a vendu beaucoup – et ce n’est pas terminé…

 

A titre personnel j’ai rencontré plusieurs fois Le Pen dans les années 90 grâce à Serge de Beketch (voyez mon livre sur Serge).  Nous avions fait une belle émission le 3 janvier 90 sur Radio-courtoisie où je l’avais étonné, tout  « jeune homme que j’étais par mes connaissances sur l’ésotérisme et notre tradition »  (nous évoquions les doriphories de Jean Phaure à propos des évènements de Roumanie). Le Pen est un bloc de culture et de sensibilité traditionnelle et française, et il me semble d’ailleurs que c’est comme cela qu’il faut lire ses mémoires, comme un bréviaire pour maintenir le cap spirituel en ces âges sombres où tout a été rasé, religion catholique romaine y compris ! Il ne subsistera que les catholiques parcs que j’ai évoqué dans un conte publié par Philippe Randa, ou ces oasis de tradition dont a parlé Benoit XVI (lui aussi remplacé, et de quelle manière!). La politique était foutue en France comme partout et c’est son message de solide menhir celte et enraciné qu’il faut méditer maintenant ; car le Pen est un éclairé et ce n’est pas pour rien si ce phare breton (sic) tient depuis si longtemps.

 

Je l’ai interviewé pour la presse russe en 2012 (Pravdareport.com) et il avait étincelé, évoquant un arc d’union boréale qui irait de la Bretagne à la Sibérie.

(nous en sommes loin…).  Comme Serge, il avait compris que la Russie virerait à la tradition dès les années 90.

Ce chevalier sauvage m’a toujours impressionné par ses qualités (culture, phrasé, humour, force, flamme, énergie). Son combat était perdu d’avance on le sait, mais lui ne chargeait que plus. Souvent trahi, jamais culbuté. On devient immortel en se sacrifiant, pas en se planquant. Ce qui n’a pas tué Le Pen ne l’a pas seulement rendu plus fort, il l’a rendu plus grand. Et là en écrabouillant par ses ventes tous les Hollande et petits plumitifs de la planète média, il montre que le peuple n’est pas totalement mort.

 

Je laisse le début du livre bien déprimant. La mer, les tempêtes, la famille orpheline, la guerre, l’occupation, la Libération-épuration, le rejet du communisme… La malédiction française, « terre du fiasco récurrent » depuis deux siècles comme dit un historien anglais. Quelques phrases magnifiques sur la fin des cathédrales de voiles :

 

« Mais « tant que la mer est par-dessous, c’est le marin qui tient le bon bout ». Ces risques, ces souffrances ne tarirent jamais le recrutement tant au moins que la machine laissa survivre ces splendides cathédrales de voile, marchant « avec la respiration du bon Dieu » comme aurait dit maître Cornille, le meunier d’Alphonse Daudet. Quand l’évolution des techniques les condamna à la démolition, avec eux disparut la race des titans de la mer et fut tournée l’une des pages les plus poétiques et les plus émouvantes de notre histoire maritime. »

 

 

Je prends ces pages du milieu des années cinquante. Un peu d’Indochine et les débuts du poujadisme, cette fronde technophobe si sympa quand on voit que nous sommes depuis devenus un camp de concentration électronique et technocratique mondialisé. Le Pen peut à la fois être cet « extrémiste » patenté et redouté (en réalité un provo de la corpo…) ou un humaniste en guerre contre cet inframonde moderne.

 

Sur de Gaulle :

 

« J’allai voir le 23 juillet le général De Gaulle à Auray. Pour toucher le grand homme. Il n’avait pas encore acquis le métier des bains de foule et passait hiératique, un peu excédé, au milieu de la masse enthousiaste. Je serrai cette main indifférente. Il me parut laid et dit quelques banalités à la tribune tendue de tricolore. Il n’avait pas une tête de héros. Un héros doit être beau. Comme saint Michel ou le maréchal Pétain. J’étais à nouveau déçu. »

 

Sur l’Indochine coloniale :

 

« Comme tous ceux qui l’ont vue alors, l’Indochine m’avait conquis. Le pays était prenant, le peuple charmant, j’en aimais les bruits et les odeurs. Malgré la guerre sauvage, la saleté, la misère à l’occasion, ces gens minces et gracieux ne me répugnaient jamais. L’amour était simple. Les femmes pas lascives, mais douces, accueillantes. Avec les paysans, les rapports étaient naturels, ils ressemblaient aux paysans français, mêmes structures mentales et affectives. En plus petits, plus frêles. On avait l’impression de boy-scouts. »

 

Sur la fin du monde :

 

« Le monde que nous avons connu est mort, je préfère garder mes images intactes. Depuis est survenue une catastrophe. »

 

Sur la catastrophe communiste :

 

« Mon « boy » n’était ni un « béni-oui-oui » ni un « collaborateur », pour reprendre le vocabulaire que parvient à comprendre une intelligentsia faisandée, c’était un homme du peuple qui avait senti au fond de lui-même que la moins mauvaise des tutelles qu’il pourrait connaître, la moins dictatoriale, la plus émancipatrice, était celle de la France. Quand Saigon tomba, je me demandai comment rendre hommage à ce monde englouti d’un seul coup, à ce peuple abandonné à l’esclavage, dont la défaite bafouait les sacrifices. »

 

Sur les mensonges éternels de la presse-système qui frappaient tous les génies littéraires du dix-neuvième siècle (Flaubert, Tolstoï, Nietzsche…) :

 

« Au-delà des larmes de rage, jusqu’à l’hébétude, on touche l’horreur de cette presse qui ment. Pour cela aussi, je devais faire de la politique. Pour combattre le mensonge. Flétrir non seulement le communisme, mais les modérés qui le laissaient faire, les compagnons de route, la sale presse qui s’en faisait complice. Pour les morts, pour les vivants, pour la France, pour les enfants à naître, il fallait rétablir la vérité. »

 

Sur Poujade donc et sa révolte contre la technocratie montante qui aboutirait au très eschatologique binôme Macron-Hollande :

 

« Le mouvement Poujade était un rassemblement qui mettait en synergie les

Français, quels que soient leurs intérêts particuliers, leur rôle social. À l’opposé de l’idéologie marxiste dominant le monde politique, qui opérait la division des Français par le dogme mortel de la lutte des classes, Poujade dirigeait un mouvement proprement politique, visant le bien commun de la Cité entière, non celui d’une seule classe. »

 

Sur la juste révolte contre le fisc :

 

« Il n’est pas indifférent qu’il (le poujadisme)  se soit manifesté contre les abus du fisc. Ce sont les abus du fisc qui ont jeté depuis des siècles les braves gens de France dans la révolte, des jacqueries à Jacquou le croquant, et le terme exaction fut d’abord appliqué aux exempts du fisc. Consentir à l’impôt est l’une des prérogatives majeures des représentants du peuple. »

 

Le Pen note sur le vrai grand remplacement dont j’ai parlé avec Guitry de la France traditionnelle, et qui allait être liquidée et exterminée par le techno-gaullisme américanisé dans les années soixante (c’est le remplacement des Français par les néo-français, comparez Manon des sources aux Valseuses de Blier pour comprendre) :

 

« Au milieu des années cinquante se déroula une révolution qui allait faire disparaître assez vite non seulement la plupart des commerçants et artisans, mais aussi les paysans, c’est-à-dire la France traditionnelle des travailleurs indépendants, au profit d’une armée de salariés et de fonctionnaires. »

 

Ces braves engloutis furent nos koulaks :

 

« D’origine sociale modeste, l’homme qui allait disparaître était son propre patron, révolté par l’outrecuidance des irresponsables qui l’interpellaient au nom de l’État joufflu : le choc culturel était palpable, d’un côté les agents du fisc, de vrais pros, et de l’autre leurs victimes, des amateurs qui n’avaient pas les codes, ni social ni administratif. »

 

Après le poujadisme Le Pen entrevoit la catastrophe de la grande distribution et l’enlaidissement sidérant du pays :

 

« La révolution sociale et mentale que les technocrates menaient par l’impôt devait engendrer, en matière de commerce, les géants de la grande distribution. Pierre Poujade se révolta contre l’État qui spoliait les petits au profit des gros. »

 

Et on en est resté là, au populisme comme on dit. Ô présent perpétuel (Ortega Y Gasset dit « définitif »)…

Après écoutez bien, c’est génial, Le Pen héritier de Tocqueville :

 

« J’ajoute que le mouvement Poujade, que l’on présente comme un combat d’arrière-garde de ploucs ringards, de beaufs menés par quelques fascistes, était en fait très en avance.

D’une part, c’est l’agriculture industrielle et la grande distribution qui sont aujourd’hui obsolètes, alors que le bio, le raisonné, le commerce de proximité, les circuits courts ont montré leur intérêt : le coût social de prétendus progrès des années cinquante et soixante n’a pas fini d’être calculé. D’autre part, le fiscalisme, dont je n’ai cessé en soixante ans de carrière politique de dénoncer les méfaits, est non seulement un étrangloir économique, mais la matrice de l’État policier.

L’habitude de surveillance, les instruments statistiques qu’il crée, ont été mis

à profit par le totalitarisme informatisé qui s’installe. »

 

Encore un peu de Poujade et de pression fiscale :

 

« Poujade avait su rendre leur fierté aux pauvres gens injustement traités,

humiliés, offensés, bafoués. Il faut savoir que les polyvalents, armée recrutée à la va-vite, se croyaient autorisés à perquisitionner comme des policiers, vidaient les armoires, jetaient les draps par terre, laissant les mères de famille en pleurs :

– Ils nous traitent pire que faisaient les boches, ça va pas ! »

 

Le résultat de cette Gestapo fiscale c’est le chiffre donné récemment par Mélenchon : 32 milliardaires sont plus riches que les vingt-sept millions de Français les plus pauvres. Le phénomène est d’ailleurs mondial.

 

Un beau moment démocratique, le triomphe électoral :

 

« Les résultats du scrutin secouèrent la France et l’Europe. Cinquante-trois députés poujadistes entraient au Palais Bourbon. Quand j’y pénétrai, précédé des huissiers à chaîne, sous le roulement des tambours des gardes républicains, j’eus, avec la chair de poule, une pensée pour mon père, qui m’avait inscrit au collège de Vannes. C’était la première fois que je votais et j’étais élu. Je n’ai pas besoin de décrire la fierté de ma mère. »

 

La découverte du prodigieux talent oratoire :

 

« Étant donné le peu d’habitude de la tribune de la plupart de mes collègues poujadistes, je fus amené à prendre très vite la parole, sans respecter le temps de silence et d’observation imposé traditionnellement aux députés novices. J’étais le plus jeune élu de l’assemblée et je ne me débrouillais pas trop mal. »

 

Modeste ! Je l’ai vu-entendu parler des heures sans faire tinter la syntaxe une fois, en gardant sa pensée bien sauvage (dixit Baudrillard).

Tiens, une preuve sur la fin du chant et de la culture traditionnelle. On dirait du Leopardi :

 

« Le chant est aussi naturel à l’homme qu’à l’oiseau. Les deux fonctions de la musique sont complémentaires »

 

Après JMLP s’en prend à la culture musicale comme arme de destruction massive (de Johnny à Lady Gaga…) :

 

« On se limite aujourd’hui à la fonction passive d’écoute. On se mutile de la fonction active. Sans doute reste-t-il des gens qui chantent ou jouent d’un instrument, mais cela fait partie de la culture savante. La culture populaire ingurgite une soupe toute faite et servie par la télé, la radio, les concerts, internet. Le peuple a perdu sa voix. Nous chantions à l’école, le maître était aussi professeur de chant. Les mélodies de mon enfance me sont restées gravées dans la tête et dans le cœur. L’église était le temple du chant collectif, chants en latin de la liturgie que l’on connaissait ou cantiques des processions et des pardons qui se transmettaient de père en fils. »

 

Et la conclusion :

 

« Dans les années soixante, tout a été attaqué ensemble chez nous : la liturgie romaine et le grégorien, la poésie classique, la musique. On essaya de remplacer Mozart et Beethoven par la musique sérielle, mais cela n’a pas très bien marché, en même temps qu’on remplaçait la goualante, le musette, la chanson traditionnelle par une pop façonnée sur le rock – et cela a marché, dans l’ensemble. »

 

Le Pen a raison : le système fou n’a pu remplacer Bach et Vivaldi par Boulez et Stockhausen.

Pour le reste c’est le grand remplacement culturel :

 

« C’est le grand remplacement du chant de la France.

Alors l’orphéon de village se raréfie et les ouvriers ne chantent presque plus, la société ne chante plus ensemble. Cela creuse un grand vide. C’est peut-être une compensation à cela que pas mal de jeunes cherchent dans leurs raves-parties déjantées, ils veulent retrouver un langage commun, un moment où ils s’expriment ensemble, ce que les pontifiantes fadaises de la Kultur officielle ne leur donnent pas. Nous, cela nous était donné sans que personne n’ait à s’en occuper. Quand le peuple chantait lors des pardons, on aurait dit la mer, qui revient sans cesse sur elle-même, qui ne finit jamais. Mais tout finit. »

 

Je trouve qu’il y a une certaine grandeur de sa part à le reconnaître : « tout finit. » Et on restera là.

 

 

Sources

 

Jean-Marie Le Pen – Mémoires Fils de la nation – ÉDITIONS MULLER

 

Consulter aussi

Hommage à François Duprat

Il y a 40 ans François Duprat, co fondateur du (défunt) Front National, quittait ce …

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

avatar
  Subscribe  
Me notifier des