Accueil DÉBATS Invités La Space Force de Teflon Trump : Gadget ou véritable arme ? [2]

La Space Force de Teflon Trump : Gadget ou véritable arme ? [2]

Teflon Trump, les Mid-terms approchant, aura encore surpris son monde, en annonçant, concomitamment avec son vice-président, Mike Pence, le lancement d’une Space Force, destinée à assurer la suprématie de l’hêgêmon étasunien dans l’espace. Si l’espace nommé comme ultime (?) frontière de la puissance américaine n’est pas l’immense nouveauté que l’on pourrait croire, Ronald Reagan, y ayant déjà posé sa marque, l’annonce de l’exécutif US revêt une importance majeure : les ennemis de l’Amérique, catégorie à laquelle appartiennent aussi les Vieux Européens, que nous sommes, devront, un jour s’attendre à ce que la Death from above1 qui leur tombera (éventuellement) dessus aura des formes de plus en plus variées & inattendues. Quant à ceux qui croient pouvoir, en cette affaire comme dans d’autres, donner du temps au temps, qu’ils cessent de jouer les Belles au bois dormant & se réveillent : pour lancer & financer sa Space Force, Donald J. Teflon Trump, a, lui, les bourses pleines. Nous, non & ça n’est pas prêt de s’arranger ! Épisode 2.

« Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté ».
Thomas Woodrow Wilson, 28ème président des États-Unis.

| Q. Donc la nouveauté en l’espèce, c’est l’argent ?

Jacques Borde. L’argent et la volonté. Et, là, celle, plus que manifeste, du président américain, Donald J. Teflon Trump.

Pour, le reste, comme l’a souligné le directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), Xavier Pasco2, ce à quoi nous assistons c’est davantage à une « réorganisation de ce qui existe déjà ».

Charlotte Sawyer. C’est, répétons-le, la lutte sur notre prochaine frontière. Nous restons dans la Destinée manifeste. Là, Trump n’invente rien, il est dans les pas de ces prédécesseurs historiques que furent notre 11ème président James K. Polk, Théodore Roosevelt Jr., ou encore Thomas Woodrow Wilson.

| Q. Cela fait deux fois que vous citer la Destinée manifeste, vous pouvez-nous en dire plus ?

Charlotte Sawyer. La Destinée Manifeste, Manifest Destiny en anglais, est l’idéologie selon laquelle la nation américaine a pour mission divine – nous sommes le peuple élu du Nouveau Testament, ne l’oublions jamais, tous nos serments se font sur la Sainte Bible et tous nos mensonges et forgeries qui en découleraient sont des crimes fédéraux – l’expansion de la civilisation, vers l’Ouest, hier, dans l’espace, aujourd’hui .

Notre Manifest Destiny fut (et reste encore de nos jours) la doxa de l’ensemble de notre classe politique dans les années 1840. Et, tout particulièrement celles des faucons sous la présidence de James K. Polk.

| Q. Cela vient d’où ?

Jacques Borde. L’expression Manifest Destiny, est apparue pour la première fois en 1845 dans un article du journaliste (new-yorkais, c’est important) John O’Sullivan, paru dans le United States Magazine & Democratic Review, où le bonhomme exhortait le pays à annexer la République libre du Texas. O’Sullivan utilisa cette expression pour décrire le caractère « de droit divin » de l’irréversible colonisation du continent par les Anglo-saxons de la côte-Est.

Cf. « It is our manifest destiny to overspread the continent alloted by Providence for the free development of our yearly multiplying millions »3.

Charlotte Sawyer. Cette Manifest Destiny implique pour nous une mission à remplir. En l’espèce une mystique de l’expansion, qui marquera culturellement et politiquement les États-Unis.

| Q. Et, ça va se traduire comment ?

Charlotte Sawyer. De manière physique, d’abord. La Manifest Destiny s’accomplira essentiellement durant les années 1840, qui furent une période d’expansion extraordinaire pour les États-Unis. En quatre ans, le territoire national s’est agrandi de 1,2 million de km2, soit une croissance de plus de 60%. Ce processus fut si rapide que les Américains en vinrent à le percevoir effectivement comme quelque-chose d’inexorable. Que la Destinée manifeste de leur nation était bien de dominer le continent, comme O’Sullivan l’avait prédit.

Les expansionnistes étaient renforcés dans leur conviction par l’explosion démographique due :

1- au fort taux de natalité de l’époque.
2- à l’afflux d’immigrants venant d’Europe.

| Q. Dans quelles proportions ?

Charlotte Sawyer. La population est passée de plus de 5 millions en 1800 à plus de 23 millions en 1850.

Jacques Borde. Tous les peuples sont guidés, à un moment donné, par leurs contraintes démographiques. C’est ce que les Anciens Grecs appelaient l’étroitesse des terres. Expansion, conquête, colons, clérouques

Charlotte Sawyer. Pour faire efficacement face à cette croissance démographique, il a fallu s’étendre sur de nouveaux territoires. On estime qu’environ 4 millions d’Américains vont ainsi faire leur trek, comme disent les Afrikaners, vers les territoires occidentaux entre 1820 et 1850. Mouvement qui sera également encouragé par les dépressions économiques de 1818 et de 1839 qui ont poussé tant des nôtres à rechercher de quoi vivre sur la frontière.

Jacques Borde. Un phénomène déjà répandu avant la Guerre d’Indépendance.

Charlotte Sawyer. Les États du Sud, ceux qui plus tard vont fonder la Confédération, étaient parmi les champions les plus ardents de l’expansionnisme. L’idée était que de nouveaux États esclavagistes renforceraient le pouvoir politique du Sud à Washington. Et, tout aussi important, qu’ils seraient un débouché pour sa masse servile (qui était, à l’époque, une marchandise comme une autre) sans cesse croissante.

L’autre aspiration était la conquête de nouvelles terres, qui pouvaient représenter un revenu, l’aisance matérielle, l’autosuffisance et donc la liberté. Enfin, pas pour tout le monde…

| Q. Qu’entendez-vous par là ?

Jacques Borde. L’esclavage était proscrit au Mexique depuis 1829, ce qui présentait un obstacle majeur pour les colons WASP esclavagistes qui désiraient reproduire leurs praxis latifundiaires. Pratiques qui ne sont pas sans rappeler celles de cette Espagne colonial-socialiste de 2018 avec ses compromissions avec le Crime organisé immigrationniste qui est la forme actuelle la plus aboutie de la traite négrière des siècles précédents.

Charlotte Sawyer. La Manifest Destiny fut donc l’une des causes de l’annexion de terres au Mexique et contribua à l’expansion de l’esclavage dans le Sud.

Jacques Borde. Eh, oui, à Alamo, les gentils n’étaient pas forcément ceux que nous présentent Hollywood.

| Q. Alamo, une épopée sanglante, semble-t-il…

Jacques Borde. Oui, mais comme la plupart des guerres de l’époque. Il est vrai, qu’excédés par la résistance des assiégés tejanos (texans), la troupe mexicaine ne fit quasiment pas de prisonniers. Mais, plusieurs choses sont à rappeler :

1- avant même le Siège d’Alamo, ulcéré par les ingérence incessantes des États-Unis et les agissements de leurs alliés de facto texans, dans les affaires du Mexique, le généralissime Santa Anna4 avait averti que, conformément aux lois mexicaines5, les combattants étrangers que rencontrerait l’armée mexicaine sur le sol mexicain seraient traités comme des flibustiers6. Pris ils seraient immédiatement passés par les armes.

| Q. Les défenseurs d’Alamo étaient avertis de ce fait.

Jacques Borde. Très certainement, non.

Santa Anna en avait, certes, averti par lettre le président Andrew Jackson. Mais la lettre ne fut pas diffusée à grande échelle. Il est donc peu probable que la plupart des volontaires américains projetées au Texas aient su que les Mexicains ne feraient pas de prisonniers parmi eux.
3- De son côté, William B. Travis, avait averti être « déterminé à résister aussi longtemps que possible et à mourir comme un soldat qui n’oublia jamais ce qui est dû à son propre honneur et à son pays. La victoire ou la mort »7.
4- si les Texans demandèrent bien une reddition honorable, ils furent informés que toute reddition ne pouvait être qu’inconditionnelle.

Cf. la Réponse de José Bartres aux demandes de reddition honorable des Texans telle que rapportée dans le Journal de Juan Almonte : « Je vous réponds, selon l’ordre de Son Excellence, que l’armée mexicaine ne peut pas négocier sous conditions avec les étrangers rebelles à qui il ne reste aucun autre recours, s’ils veulent sauver leurs vies, que de se mettre immédiatement à la disposition du Gouvernement suprême de qui seul ils peuvent attendre la clémence après quelques considérations ».

C’est donc, en toute connaissance de cause que le commandement texan à Alamo prit la décision, courageuse, de combattre à outrance.

| Q. Que garder en mémoire de Santa Anna ?

Jacques Borde. Un homme à l’ego surdimensionné. Mais un grand militaire de son temps. De 1810 à 1848, soit pendant 38 années de guerres presque ininterrompues, Santa-Anna participa à plus de batailles que George Washington et Napoléon Ier réunis.

À noter, que le généralissime Santa Anna, au-delà du Mexique, fit aussi figure de héros aux yeux des Britanniques de l’époque car, à leurs yeux, il combattait l’envahisseur venu des États-Unis. C’est d’ailleurs aux Britanniques que l’on doit la chanson de marins Santianna (Santa Anna). Elle aurait été chantée pour la première fois par des marins anglais ayant combattu aux côtés du généralissime Santa-Anna. Avec des paroles très différentes elle est devenue Santiano popularisé par Hugues Aufray en français.

À préciser que :

1- les non-combattants (peu nombreux) furent épargnés.
2- le lendemain de la bataille, Santa Anna interrogea individuellement chaque non-combattant. Impressionné par Susanna Dickinson, Santa Anna lui offrit d’adopter sa fille Angelina pour qu’elle fasse ses études à Mexico. Dickinson refusa l’offre. Chaque femme reçut une couverture et deux pesos d’argent.
3- toutes les autres femmes tejanos furent autorisées à rentrer dans leurs maisons de Béxar.

| Q. Une grande bataille, de grands soldats !…

Charlotte Sawyer. Oui. Dans les deux camps. L’armée du généralissime était l’une plus aguerries de son temps. Les assiégés furent assurément de grands Américains pour lui tenu tête de cette manière. À noter que dans la version scénarisée par John Wayne, les soldats de Santa Anna sont présentés avec un extrême respect quant à leur courage et leur valeur militaire.

| Q. Une saga qui inspira Hollywood, disiez-vous

Charlotte Sawyer. Tout à fait. La plus connue, et la plus épique, est celle que John Wayne réalisa en 1960. Un autre Alamo, réalisé par John Lee Hancock, sortit en 2004. Il est considéré comme plus fidèle aux événements que les précédentes versions. Mais, ne l’ayant pas vu, je me garderai de trancher…

Jacques Borde. Idem pour moi.

| Q. À propos de vivre sur la frontière, vous parliez d’un phénomène déjà répandu avant la Guerre d’Indépendance

Jacques Borde. Oui. C’est beaucoup moins affriolant que les envolées de John O’Sullivan à propos de la Destinée manifeste.

On nous parle toujours des « esclaves venus d’Afrique », migrants contre leur gré, si l’on peut dire. Est oubliée cette autre part sombre des colonies du Nouveau Monde. Celle des esclaves blancs, la plupart d’origine irlandaise, expédiés de force par la Couronne aux Amériques.

Sujet pourtant assez bien traité par Hollywood.

Cf. Unconquered (Les Conquérants d’un Nouveau monde) de Cecil B. DeMille (1947) et The Last of the Mohicans (Le Dernier des Mohicans) de Michael Mann (1992), notamment. Le second de manière allusive.

Dans Unconquered8, l’héroïne Abigail Martha Hale, accusée d’un crime qu’elle n’a pas commis, est condamnée à quatorze années de déportation, comme esclave, dans les colonies d’Amérique du Nord. Le lot commun de beaucoup à l’époque. Notamment, les Tinkers, ce sous-prolétariat itinérant créé ex-nihilo par l’Occupant britannique en Irlande9, qui fournissaient de forts contingents de mendiants dans la bonne ville de Londres. Et que l’on raflait et expédiait au loin à intervalles réguliers.

Dans les colonies du Nouveau Monde, leurs peines effectuées, les condamnations étant rarement à perpétuité, les anciens esclaves étaient lourdement incités (sic) à aller coloniser (et accessoirement y porter la bonne parole) les limes des nouveaux territoires, quitte à y laisser la vie, comme cette famille entière de The Last of the Mohicans, au début du film.

| Q. Il y a une date de péremption à votre Destinée manifeste ?

Jacques Borde. Non, aucune. Le dogme fait partie du corpus idéologique, de la doxa de la Grande république dont nous parlait Tocqueville.

Charlotte Sawyer. Le 26ème président des États-Unis, Théodore Roosevelt Jr., a repris à son compte le concept de Destinée manifeste, afin de justifier l’expansionnisme et l’interventionnisme des États-Unis hors de ses frontières. En 1904, par ce qu’on appelle le Corollaire Roosevelt à la Doctrine Monroe, Roosevelt y affirme le devoir des États-Unis à intervenir dans la zone des Caraïbes et de l’Amérique latine quand nos intérêts seraient menacés (sic). Aux administrations US concernées d’apprécier la réalité desdites menaces…

Depuis, même si nos présidents ne se sont pas toujours montré aussi explicites, notre hêgêmon n’a guère varié dans ses méthodes et sa brutale manière de s’affirmer.

Pour ce qui est de l’espace, dernier effort en date, la ténébreuse Strategic Defense Initiative Org. (SDIO) est mise en place pour superviser le programme dit de Guerre des étoiles de l’administration Reagan. Confiée, au sein du US Department of Defense (DoD) au lieutenant-général James A. Abrahamson, la montagne accouchera d’un souriceau.

Jacques Borde. Gageons que dans l’espace, Teflon Trump, lui, ne fera pas dans la dentelle. Quant aux résultats…

Notes

1 La Mort vous tombant du dessus. Une des allégories dont usent les forces aéroportées. Notamment, les équipages des AC-130U Spooky du 4th Special Operations Squadron de l’US Air Force. Aussi le surnom des Marines de l’espace du film Starship Troopers.
2 Auteur de La politique spatiale des États-Unis, 1958-1997, Technologie, Intérêt national & débat public (L’Harmattan, 300 p., 1997), A European Approach to Space Security (American Academy of Arts & Science), co-auteur (en collaboration avec François Heisbourg) de Espace Militaire, l’Europe entre en coopération & souveraineté (Éditions Choiseul).
3 Ou « C’est notre Destinée manifeste de nous déployer sur le continent confié par la Providence pour le libre développement de notre grandissante multitude ».
4 Plus complètement Antonio de Padua María Severino López de Santa Anna y Pérez de Lebrón.
5 Peu ou prou les mêmes que tous les États de l’époque.
6 Soit comme des criminels de droit commun et non en tant que soldats d’une armée régulière.
7 Extrait de la lettre To the People of Texas & All Americans in the World, de William B. Travis.
8 Un des plus remarquables films de cette époque.
9 Par Irlande, nous entendons bien sûr l’Irlande encore occupée en 2018.

 

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