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Le nouveau visage de l’Amérique

Le nouveau président des Etats-Unis est un ovni politique. Raciste, phallocrate, populiste et outrancier, il n’a aucune expérience de gouvernement ni de véritable corpus idéologique. Son pragmatisme représente le seul espoir auquel se raccrochent les dirigeants du monde entier.

Raciste, populiste, phallocrate, arrogant et imprévisible. On ne sait ce qui terrifie le plus dans la personnalité de Donald Trump, élu 45e président des Etats-Unis dans la nuit de mardi à mercredi au terme d’une campagne absolument hors norme. A soixante-dix ans, Donald Trump entre à la Maison-Blanche sans la moindre connaissance des administrations publiques. Sans le moindre programme non plus. L’homme est un ovni politique, dépourvu de tout corpus idéologique : lui qui se disait « plutôt démocrate » il y a dix ans a viré républicain depuis. Sa seule obsession, ce sont ces « violeurs «, « drogués » et « criminels » qui traversent la frontière mexicaine pour gangrener les Etats-Unis. Son grand projet, c’est un mur séparant les deux pays et qu’il souhaite faire financer par le gouvernement mexicain. Donald Trump s’en est également pris fréquemment aux Noirs et n’évite pas les clichés sur les juifs : « Des Noirs qui comptent mon argent ? Quelle horreur ! Les seules personnes qui ont le droit de compter mon argent, ce sont ces petits hommes portant la kippa tous les jours », s’exclamait-il il y a quelques années.

On pourrait le croire proche du Tea Party, cette frange radicale de la droite. Mais son pragmatisme l’en tient relativement éloigné. C’est d’ailleurs l’espoir auquel se rattachent les dirigeants du monde entier en ce lendemain d’élection : celui de le voir se ranger à la raison, une fois au pouvoir. Le discours de victoire qu’il a tenu mardi soir était plutôt rassurant de ce point de vue-là. Etonnamment calme et courtois, il a salué le talent de son adversaire et appelé le pays au rassemblement. « Je serai le président de tous les Américains », a-t-il promis après avoir passé toute l’année à les diviser.

Son passé prouve qu’il n’est pas dogmatique. Il est l’un des rares républicains à s’être opposé à la guerre en Irak, un an après ses débuts. Alors que ses rivaux républicains ont juré d’abroger l’accord conclu avec l’Iran, il a promis de s’en accommoder. « C’est l’exemple parfait d’un mauvais accord qu’on doit assumer », faisait-il valoir l’an dernier. Idem sur le mariage gay, que les républicains voulaient abolir : « Nous sommes dans un Etat de droit. La légalisation du mariage gay a été décidée par la Cour suprême et c’est la loi de notre pays. » L’homme est d’autant plus difficile à cataloguer qu’il change souvent d’avis : longtemps favorable à l’avortement, il se range désormais parmi ses détracteurs. « Donald Trump n’a aucun équivalent dans l’histoire politique américaine. Il n’a aucune conviction, si ce n’est celle d’avoir toujours raison », résume Alan Brinkley, professeur de politique à l’université Columbia.

Un faux self-made-man

Nouveau « commander in chief », Donald Trump veut faire de la diplomatie comme on négocie un immeuble : avec beaucoup de bagou et de franc-parler. Il promet la guerre commerciale à la Chine, menace de lâcher ses alliés européens en cas d’agression militaire et suggère de renégocier la dette américaine avec ses créanciers. Il ne rate jamais une occasion de vanter son intelligence : « Je suis diplômé de Wharton, vous savez… Je suis vraiment très malin », affirme-t-il d’un air crâne qui confine souvent au ridicule. Il se fait volontiers passer pour un self-made-man, ce qu’il n’est pourtant pas : son père, Fred Trump, construisait des maisons bien avant la naissance du fils. Il lui a offert la présidence du groupe à vingt-huit ans et lui a légué une fortune estimée entre 40 et 200 millions de dollars. Papa lui a également légué le sens de la discipline. Il a envoyé son rejeton, passablement turbulent, à la très stricte New York Military Academy, histoire de lui donner un cadre. Mais Donald Trump a la mémoire sélective. Sa réussite, il ne la doit qu’à lui-même, raconte-t-il à qui veut l’entendre. A un journaliste de Bloomberg qui lui demandait quels étaient ses maîtres à penser, il n’a répondu qu’un mot : « Moi. »

Alors, bien sûr, Donald Trump a un sens incontestable des affaires – un talent qu’il saura appliquer à l’échelle du pays, espèrent les Américains, qui viennent de le placer au pouvoir. Exploitant la fortune familiale, il a bâti des gratte-ciel aux quatre coins de Manhattan qui l’ont rendu immensément riche. Sa fortune, il en fait d’ailleurs étalage, persuadé que les Américains rêvent d’un président qui a réussi, plutôt que de ces « idiots » qui gouvernent à Washington. Située sur la 5e Avenue de New York, la Trump Tower symbolise à merveille la manière dont il conçoit la richesse : ostentatoire et rutilante. Les étages élevés ont plus d’attrait ? Qu’à cela ne tienne : Donald Trump a numéroté le rez-de-chaussée comme un dixième étage, surélevant ainsi tout le monde de dix niveaux. « Je fais ce que les gens veulent et non ce qu’ils disent vouloir », explique-t-il. L’immeuble est un nid de stars. De Steven Spielberg à Elton John, en passant par Michael Jackson et Bruce Willis, on ne compte plus les célébrités qui sont passées par là. Trump y vit lui aussi, dans un triplex à la décoration Louis XIV. Ses bureaux sont situés 40 étages plus bas. Il a construit cette tour au sommet de sa gloire (1983), en empruntant la quasi-totalité du capital. Les Trump Towers ont pullulé depuis : on en compte vingt autres à New York (Trump Soho, Trump Plaza, etc.) et autant dans le monde (Inde, Uruguay, Philippines, Brésil…). Beaucoup n’ont rien à voir avec lui. Tout juste a-t-il prêté son nom, pour permettre aux promoteurs de gonfler les prix.
Incroyable liberté de parole

Sa puissance financière lui a donné une incroyable liberté de parole, en tout cas jusqu’alors. A l’entendre, les constructeurs automobiles sont des lâches, quittant le navire pour aller produire au Mexique, voire en Chine – son Grand Satan à lui. Les gérants de « hedge funds » (fonds spéculatifs) sont d’horribles profiteurs, payant moins d’impôts que le reste des Américains. « Je les connais bien, ce sont mes amis. Ils ne paient pas de taxes », commentait-il l’an dernier.

Passé maître de l’autopromotion, Donald Trump est l’un des hommes qui se vendent le mieux dans le monde. La campagne extraordinaire qu’il a menée ces dix-huit derniers mois l’a encore prouvé. « Il alimente la conversation des Américains depuis quarante ans. Aucun homme d’affaires, que ce soit Bill Gates ou Warren Buffett, n’a su accaparer l’attention aussi longtemps », note Michael D’Antonio, qui lui a consacré une biographie. Des matelas aux cravates, en passant par les chandeliers, les objets estampillés « Trump « se comptent par dizaines aux Etats-Unis. Plus que l’immobilier, ce sont eux qui assurent l’essentiel de sa fortune aujourd’hui. La collection de vêtements commercialisée à son nom par les magasins Macy’s lui a apporté 1 million de dollars de chiffre d’affaires l’an dernier. Les matelas vendus par la marque Serta lui ont fait gagner 5 millions de plus. La marque Trump s’est toutefois dévalorisée récemment : la plupart de ses partenaires ont résilié leurs contrats de franchise, incapables d’assumer ses saillies racistes et misogynes.

Non content d’être milliardaire, Donald Trump a aussi longtemps été une star du petit écran. Voilà près de vingt ans qu’il anime les concours de Miss USA et de Miss Univers, après en avoir racheté la franchise pour 10 millions de dollars. C’est surtout à lui que revient le succès de « The Apprentice », une émission de télé-réalité qui fait la fortune de la chaîne NBC depuis 2004. Le principe ? Donald Trump met en compétition seize jeunes qui se battent pour décrocher un job en or dans son entreprise (250.000 dollars de salaire annuel). A chaque émission, il humilie et « licencie » l’un d’eux : « You are fired ! », décoche-t-il d’une voix de stentor en pointant du doigt le candidat. Grâce à ce programme, Donald Trump a engrangé plus de 230 millions de dollars. Il a également gagné son étoile sur Hollywood Boulevard, aux côtés de Charlie Chaplin et de Marilyn Monroe.

En campagne, Donald Trump a repoussé les frontières du machisme et de la vulgarité plus loin qu’aucun homme politique avant lui. Soupçonné d’agressions sexuelles sur une quinzaine de femmes, il s’est défendu le mois dernier de manière outrancière : « Franchement, ce ne serait pas mon premier choix ! », a-t-il dit de l’une d’elles. La richesse autorise tous les dérapages, y compris les agressions sexuelles, a-t-il laissé entendre par ailleurs lors d’une conversation privée tenue il y a une dizaine d’années et révélée le mois dernier par le « Washington Post ». « Quand tu es une star, les femmes te laissent faire », pérorait-il à l’époque.
Un divorce à grand spectacle

Aucune femme ne semble trouver grâce à ses yeux. « Elle a de jolis seins, mais pas de cerveau », disait-il de sa première femme. Sa fille ? « Je serais peut-être sorti avec elle si elle n’était pas ma fille. » Les avocates et journalistes ne valent pas mieux. Certaines se sont vu traiter de « grosses truies » et de « bonnes à rien », d’autres de « dégoûtantes » et de « vicieuses ». A une journaliste qui l’interrogeait cet été sur ses envolées machistes, il a riposté par la grossièreté : « On pouvait voir du sang sortir de ses yeux, du sang sortir de son… où que ce soit. » Les femmes n’ont pourtant pas semblé sanctionner Donald Trump mardi soir.

La vie privée de Donald Trump en dit aussi beaucoup sur son rapport aux femmes. Trois fois marié, il affiche un net penchant pour les jeunes, mannequins de préférence. Sa première épouse, Ivana Zelnickova, championne de ski de vingt-neuf ans et top model à ses heures perdues, lui a donné trois enfants, travaillant tous au service du père aujourd’hui. La « love story » s’est terminée de manière sanglante sur les pistes de ski d’Aspen – l’épouse ayant croisé la maîtresse par hasard – et un divorce à plusieurs centaines de millions de dollars. Donald Trump a donc épousé la maîtresse, Marla Maples, une beauté de quinze ans plus jeune que la précédente… qu’il abandonnera six ans plus tard pour Melania Knauss, mannequin slovène de trente-cinq ans. « Les femmes ont beaucoup de mal à concurrencer mes affaires », lâche-t-il en guise de justification. Trump, ou le nouveau visage de l’Amérique.

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