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La révolte des peuples selon Emmanuel Todd

À question complexe, réponses multiples.

Lénine assurait jadis qu’une révolution ne devient envisageable que lorsque le peuple ne veut plus et que l’État ne peut plus. Postulat ayant rendu possible l’élection d’un… Donald Trump ?

Le démographe Emmanuel Todd n’est pas loin de le penser, voyant en ce scrutin hors du commun, non point fracture raciale, mais fracture sociale tout court ; assez logique pour celui qui, dès 1990, diagnostiqua, en France, cette fameuse « fracture sociale », prise comme emblème par Jacques Chirac avant qu’il ne la bazarde par-dessus bord pour complaire aux puissants de l’époque.

Ainsi, dans un entretien accordé à Atlantico, Emmanuel Todd admet : « Le modèle que j’utilise d’habitude ne fonctionne pas ici. J’ai consacré l’essentiel de ma vie de chercheur à dire qu’il fallait chercher les déterminants de la vie politique et idéologique au-delà de l’économie : dans les structures familiales, les valeurs religieuses, les stratifications éducatives. Mais cette approche m’aurait amené à conclure que la société américaine pouvait supporter à l’infini le néolibéralisme, l’hyperindividualisme, la montée des inégalités, la stagnation ou même la baisse du revenu médian des ménages. » Bref, il admet s’être trompé, chose assez rare pour un intellectuel, et aveu qui méritait donc d’être souligné, pour de simples raisons relevant de la plus stricte honnêteté intellectuelle.

À question complexe, réponses multiples. Ainsi, la problématique ethnique chère à nombre d’esprits étriqués autant qu’embrumés, chers à nos amis identitaires et à leurs meilleurs ennemis antiracistes, si faisant à l’évidence partie de l’équation, ne saurait, à elle seule, résoudre cette dernière. Car Emmanuel Todd, premier de nos intellectuels à avoir annoncé la chute finale de l’URSS, non point pour raisons politiques, mais seulement pour de vulgaires observations d’ordre démographique et social, reconnaît aujourd’hui, après avoir tenu l’élection d’un Donald Trump pour impossible, voir « l’augmentation de la mortalité des Américains blancs de 45 à 54 ans entre 1999 et 2013 » pour principale cause de ce séisme politique.

Et d’ajouter : « La mortalité a un peu baissé pour les Blancs qui avaient fait des études supérieures complètes, elle a stagné pour ceux qui avaient fait des études supérieures incomplètes, elle a augmenté en dessous de ce seuil, entraînant l’élévation du taux global. Nous en sommes au point où le groupe majoritaire, les Blancs, représentant 72 % du corps électoral, est tellement en souffrance que sa mortalité augmente. Les causes de cette augmentation ne sont pas “naturelles” : il s’agit de suicides, d’alcool, de drogue, d’empoisonnements médicamenteux.

À l’instinct je me suis dit : à ce stade, le système idéologique néolibéral peut craquer. »Pis encore : « Le protestantisme des sectes, avec ses élus et ses damnés, est inégalitaire. La nouvelle stratification éducative en supérieurs, secondaires et primaires a rajouté une couche d’inégalitarisme à la société américaine. Il était donc possible d’imaginer (comme l’ont fait Hillary Clinton et la presse de l’establishment) que tout allait continuer. Le monde anglo-américain aurait engendré le néolibéralisme parce que, pour le meilleur et pour le pire, il lui convenait. La résistance à la globalisation ne pouvait être qu’ailleurs, dans des pays attachés à l’égalité, comme la France, à l’intégration collective comme l’Allemagne ou le Japon, ou aux deux comme la Russie. »

Dans un récent essai, Après la démocratie, Emmanuel Todd prophétisait que nos peuples fatigués du tiède cocktail de mondialisation heureuse, mixé de politique de « bonne gouvernance », se tourneraient bientôt vers des régimes post-démocratiques, qualifiés « d’autocratures » pour reprendre l’expression heureuse de certains journalistes plus finauds que la moyenne… Bref, que le peuple retrouve une légitimité perdue, quitte à en faire legs à un homme (ou une femme) donné pour être à poigne.

Avec des bonheurs divers, c’est désormais le cas en Russie, en Turquie, en Chine et dans nombre de pays d’Europe de l’Est. C’est aujourd’hui celui des USA. Quoi qu’on puisse en penser, il s’agit là d’un monde en voie de mutation.

Il n’est pas impossible que la France suive cette mode. Pour la collection printemps-été 2017 ?

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