Accueil DÉBATS Invités Primaire : un dernier débat sans relief avant un premier tour à suspense

Primaire : un dernier débat sans relief avant un premier tour à suspense

Alors que l’écart se resserre entre Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon, le dernier débat avant le premier tour est apparu souvent terne et assez convenu, comme si les candidats ne voulaient prendre aucun risque.

Lors du troisième débat organisé jeudi soir par France Télévisions, Europe 1 et la presse régionale, les sept candidats étaient réunis pour la dernière fois avant le premier tour de la primaire. Alors qu’ils avaient semblé beaucoup plus à l’aise lors du deuxième exercice le 3 novembre, ils se sont montrés à nouveau tendus au début d’un rendez-vous politique plutôt terne.

Les sondages qui se resserrent entre les trois leaders et la proximité du scrutin ont amené Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon à ne pas changer de stratégie par rapport au débat précédent. Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-François Copé et Frédéric Poisson ont, eux, profité de cette dernière occasion pour mettre en avant leurs idées: aucun des trois ne paraît véritablement en mesure de se retrouver finaliste au soir du 20 novembre.
Échanges tendus

Bruno Le Maire, lui, était assurément le plus isolé, au propre comme au figuré. À l’extrémité du plateau, le quatrième homme de la compétition a provoqué les sourires moqueurs de ses adversaires quand, interrogé sur les forces au sol en Irak, il a demandé à parler d’Emmanuel Macron, sur lequel il n’était pas intervenu. «Ne traitons pas par-dessus la jambe le renouvellement qui émerge partout en France et en Europe, a expliqué le candidat autoproclamé du renouveau. Ne laissons pas le monopole du renouvellement politique à la gauche.» En laissant entendre qu’il était sceptique sur l’issue de sa campagne – «Pourquoi ça ne fonctionne pas alors avec vous?» a lancé le journaliste tandis que les autres candidats masquaient bien mal leurs sourires moqueurs -, Jean-Pierre Elkabbach s’est attiré les foudres du député de l’Eure. «Mais qu’est-ce que vous dites Jean-Pierre Elkabbach? Qu’est-ce qui vous dit que ça ne va pas fonctionner? Vous connaissez déjà le résultat de dimanche? Vous savez ce que vont voter les Français», a lancé le candidat. «On en reparlera lundi matin», l’a alors interrompu le journaliste.

Nicolas Sarkozy n’a pas été en reste quand il a été interrogé sur le présumé financement libyen de sa campagne en 2007. Une première intervention qui n’a pas reflété sa prestation de jeudi soir, alors que le candidat se montre détendu. Mais surtout, l’ancien président a vite retrouvé les habitudes qu’il avait prises lors des deux premiers débats: évoquer le plus souvent son expérience d’ancien chef de l’État, expliquer sur certains sujets que ses concurrents ne doivent pas dire de «bêtises» et les interpeller le plus souvent possible en les appelant par leur prénom.
Prise de risque minimale

Fidèles à leur stratégie développée depuis le premier débat, Alain Juppé et François Fillon ont cherché à se placer au-dessus de ces petites altercations, chacun dans son couloir, limitant leurs échanges avec les autres compétiteurs à quelques amabilités. «Pardon, tu as fini?», a demandé le maire de Bordeaux au député de Paris avant de prendre la parole. «Je vais essayer de faire aussi bien que Nicolas Sarkozy», s’est amusé Alain Juppé, en plein débat sur les collectivités territoriales. «Mais qu’est-ce qui m’arrive?», a ri Nicolas Sarkozy. «Je parlais du temps de parole!», a conclu le maire de Bordeaux. «Vous êtes en train de nous couper la parole sur des sujets fondamentaux. Nous ne sommes pas des commentateurs», s’est agacé François Fillon, reprenant la position qu’il avait déjà adoptée au cours de L’Émission politique, rejetant la «politique spectacle». «Tiens, j’ai envie de faire comme François Fillon, parler d’autre chose», a repris Alain Juppé.

Interrogé sur l’élection de Donald Trump, Jean-Frédéric Poisson a estimé que le message envoyé était positif. «Les frontières ont du sens», a-t-il commenté, jugeant que «nous sommes dans un contexte dans lequel les États-Unis disent eux-mêmes que la mondialisation heureuse marque un coup d’arrêt. Lorsque le président français exprime des inquiétudes, moi je pense que cela laisse au contraire apercevoir de formidables opportunités. Tout va changer».

Il a fallu attendre 22 h 55 pour que les échanges s’animent enfin et se concentrent sur les principaux points de désaccords de la campagne. Juppé a jugé irréaliste la suppression de 600.000 fonctionnaires défendue par Fillon? «L’analyse d’Alain Juppé, c’est la raison pour laquelle je suis candidat. On pose le problème à l’envers», lui a répondu le député de Paris en expliquant que c’était parfaitement réalisable en passant aux 39 heures. «Je ne suis pas convaincu, naturellement, a rétorqué le maire de Bordeaux. Je suis favorable à l’augmentation de la durée du temps de travail mais on ne fera pas travailler les enseignants 39 heures» dans les classes. «Bien sûr que non», a concédé François Fillon.

Jean-François Copé s’est engouffré dans la conversation pour régler quelques comptes avec le député de Paris. «Lorsque j’entends tout ce programme de rupture, est-ce que ça signifie qu’il aurait adoré réformer dans le quinquennat précédent mais que Nicolas Sarkozy l’en a empêché? Je ne peux pas le croire. Parce que nous n’avons pas fait certaines réformes, la gauche a pris le pouvoir.» Jean-François Copé l’a alors traité d’«imposteur» pour ne pas avoir mis en œuvre les réformes suffisantes en tant que premier ministre. «C’est faux de dire que les engagements n’ont pas été tenus (de 2007 à 2012, NDLR), lui a répondu François Fillon. Je tire la conséquence de ce quinquennat, et de ce qui s’est passé avec François Hollande, qu’il faut aller plus loin.»

Nicolas Sarkozy a profité de la séquence pour mettre les points sur les i avec les deux anciens premiers ministres. À François Fillon, il explique qu’il «sous-estime le ras-le-bol de la classe moyenne sur l’imposition» en proposant une augmentation de la TVA. À Alain Juppé, il a reproché de ne pas «comprendre la colère que suscitent la question migratoire» et le «regroupement familial».

Ces derniers échanges étaient loin de refléter la tonalité générale de la soirée. C’était peut-être le débat de trop alors que tous les candidats attendent désormais les résultats du premier tour.

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