Accueil DÉBATS Invités Le traitement de choc du Dr Fillon pour soigner l’économie française

Le traitement de choc du Dr Fillon pour soigner l’économie française

François Fillon, arrivé en tête au premier tour de la primaire dimanche 20 novembre 2016, “planche” sur son programme économique depuis des années. “La Tribune” republie ainsi un article présentant ses mesures chocs dans le domaine économique et social: suppression de la durée légale du travail, allégement de 50 milliards des prélèvements pesant sur les entreprises, diminution de 20 milliards par an des dépenses publiques.

“Liberté”, “redressement national d’ampleur”, “vrai projet réformateur”, “choc global”… François Fillon, candidat déclaré à la primaire UMP(*) dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017, a présenté son traitement de choc pour redresser l’économie française et retrouver la voie de la compétitivité. Un vrai brûlot libéral ne faisant pas dans la demi-mesure. Pour lui, la France n’a en effet plus le choix, il faut agir vite et fort, comme Margaret Thatcher et Gerhard Schröder l’ont fait en leur temps au Royaume-Uni et en Allemagne. Et qu’on ne vienne surtout pas dire à François Fillon “Mais pourquoi n’avez-vous pas fait ces réformes quand vous étiez au pouvoir ?”, il vous répond tout de suite “que la rupture souhaitée en 2007 par Nicolas Sarkozy est venue se fracasser sur la crise financière de 2008, ce qui a cassé le mouvement des réformes”….

La fin de la durée légale du travail

Alors, ce traitement de choc ? En fait, beaucoup d’idées avancées par l’ancien Premier ministre figuraient déjà dans le programme politique de l’UMP en 2012. Bien entendu, François Fillon commence par le Code du travail. Et particulièrement, la durée du travail : cette fois, c’est promis, exit les 35 heures légales, chaque entreprise pourra fixer librement sa durée du travail par accord d’entreprise majoritaire – par accord de branche pour les PME -, dans la limite de la norme européenne des 48 heures hebdomadaires, et décider du seuil de déclenchement des heures supplémentaires.

L’ancien Premier ministre propose en revanche de remonter autoritairement de 35 heures à 39 heures la durée hebdomadaire du travail des fonctionnaires. A cet égard, dans la fonction publique, il prône un retour à la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite… et même parfois davantage. Il envisage des transferts d’administrations vers le privé et souhaite développer le recrutement de contractuels pour limiter le statut de fonctionnaires aux fonctions régaliennes (justice, police, armée, etc.).

Licenciement économique, formation, âge de départ à la retraite…

Toujours au titre du Code du travail, il veut singulièrement le simplifier en ne gardant que « les normes sociales fondamentales », tout le reste étant renvoyé à la négociation collective. François Fillon souhaite également élargir la définition du licenciement économique en introduisant le motif de la « réorganisation » de l’entreprise qui pourrait justifier un tel licenciement.

Il prône aussi le plafonnement des allocations chômage ainsi que l’introduction d’une certaine dégressivité « pour inciter les chômeurs à retrouver un travail ». Il reprend l’idée de Nicolas Sarkozy de 2012 d’obliger tous les demandeurs d’emploi à suivre une formation. Et quand on lui fait remarquer que seuls les partenaires sociaux sont habilités à fixer de telles règles, puisque ce sont eux les gestionnaires de l’assurance-chômage et pas l’État, il répond:

“L’Assurance chômage a-t-elle vocation à être encore gérée par les partenaires sociaux? je pose la question”...

Bien entendu, l’ancien Premier ministre est aussi partisan d’une nouvelle réforme de la formation professionnelle, d’un relèvement des seuils sociaux… et de fixer à 65 ans l’âge de départ à la retraite. A cet égard, il regrette de ne pas avoir institué cette mesure lors de sa réforme des retraites de 2010.

Au chapitre du coût du travail, celui qui “pérennisa” les allègements dégressifs de cotisations patronales entre 1 et 1,6 Smic veut maintenant que ces allègements soient applicables sur toutes les rémunérations, sans aucun plafond.

Taxes et prélèvements : le traitement de cheval du Dr Fillon

Même traitement de cheval s’agissant des prélèvements. A son programme : suppression de 15 milliards d’euros de “taxes diverses pesant sur les entreprises”, diminution de l’impôt sur les sociétés (IS), suppression également de l’impôt sur la fortune (ISF) – il regrette à cet égard ne pas l’avoir fait dès 2007 – une “spécificité française qui n’existe nulle part ailleurs en Europe” en ajustant “éventuellement la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu” ; suppression aussi de la taxe à 75% versée par les entreprises sur les salaires supérieurs à 1 million d’euros. Il prône après cela une stabilité fiscale pour 5 ans « afin de donner aux entreprises une visibilité ».

Au total, il chiffre cette réduction des prélèvements à 50 milliards d’euros, réduction qui serait financée par une augmentation modulée de la TVA de 2 points” et par une réduction des dépenses publiques “de plus de 20 milliards d’euros pendant 3 ans , puis de 15 à 20 milliards les années suivantes”.… Du lourd.

Agir vite et en force

Sur la méthode, François Fillon, assure avoir beaucoup appris de son passage à Matignon. Il se dit maintenant partisan des réformes à la hussarde, rapides et fortes, sinon “elles s’enlisent”. Il ne veut plus systématiquement chercher le consensus. Pour cette raison, il annonce dans un entretien à L’Express que, s’il arrivait à l’Elysée, il aurait déjà constitué à l’avance son gouvernement, “un commando de personnes qui savent exactement ce qu’elles doivent faire, et non des hommes et des femmes que l’on va chercher à la dernière minute et qui mettront six mois à découvrir la situation”. Il se dit persuadé que les principales réformes doivent être engagées dans les “3 ou 4 premiers mois” du quinquennat et qu’il faut aller vite en utilisant les techniques du référendum (c’est ce qu’il ferait sur la réforme territoriale supprimant les départements et favorisant l’intercommunalité) et du recours aux ordonnances.

Clairement, avec ce programme, François Fillon veut rompre avec l’image d’indécision et de manque de courage politique qui lui colle à la peau…

___

(*) Sous l’impulsion de Nicolas Sarlozy, le parti de droite UMP (Union pour un mouvement populaire), fondé en 2002, a changé de nom (et de statuts) pour s’appeler “Les Républicains” le 28 mai 2015 (soit environ 11 mois après la rédaction originelle de cet article). Conséquence du succès de la primaire de la gauche en 2011, le principe d’une primaire de la droite a été adopté en avril 2013, avant le retour de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP (déc 2014).

[Article publié la première fois le 25 juin 2014]

Source

Consulter aussi

Les Insoumis tacticiens voteront Le Pen

Disons tout de suite que dans l’état actuel des choses, il est absolument impossible que …