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Hassan Nasrallah : Le chaos au Moyen-Orient ne sauvera pas l’entité sioniste

Discours du Secrétaire général du Hizb Allah, Sayyed Hassan Nasr Allah, le 27 décembre 2016, à l’occasion des funérailles du Cheikh Abd-al-Nasser al Jabri, dignitaire sunnite libanais

Depuis le « Printemps arabe », la question palestinienne semble avoir largement disparu des préoccupations politiques et médiatiques tant en Occident qu’en Orient, si bien que des folliculaires comme Eric Zemmour peuvent voir là un triomphe pour Israël. Mais selon Hassan Nasr Allah, autorisé à penser et à exprimer son opinion, c’est là prendre ses désirs pour la réalité. Le Hizb Allah, qui a porté le premier coup d’arrêt à Daech en 2013 avec son intervention en Syrie, garde en permanence un œil rivé sur Israël, considéré comme la source première des maux qui frappent le Moyen-Orient, et propose une analyse très différente de la situation.

En rappelant notamment que l’agression israélienne contre le Liban en 1982 a entraîné la création du mouvement de Résistance qui infligea à Israël deux premières défaites historiques, en 2000 et en 2006, Hassan Nasr Allah soutient au contraire que les guerres fratricides qui ravagent le Moyen-Orient, téléguidées de l’extérieur, sont vouées à l’échec et profiteront ultimement à l’Axe de la Résistance (Iran-Syrie-Hizb Allah, voire Irak-Yémen et au-delà) et à la cause palestinienne, qui constituent les principales cibles de cette guerre par procuration visant à obtenir ce que les agressions américano-israéliennes directes depuis 2003 ont échoué à réaliser.

D’ores et déjà, force est de reconnaître que l’Iran, la Syrie et le Hizb Allah, ennemis implacables d’Israël engagés dans une alliance stratégique avec la Russie, sortiront renforcés de cette guerre, ce qui affaiblira notablement les alliés traditionnels de l’Occident qui se sont alliés, plus ou moins ouvertement, aux factions terroristes (Arabie Saoudite, Israël). Et si la politique de colonisation israélienne, qui constitue un crime de guerre voire un crime contre l’humanité selon le droit international et l’ONU, a effectivement rendu toute idée de solution à deux États caduque, il est bien possible que ce soit la pérennité d’un État juif (et certainement pas démocratique) qui ait été irrémédiablement compromise. Non pas parce qu’il s’agit de la « terre d’Allah » incessible à des infidèles, M. Zemmour (affirmation combien grotesque et scandaleuse), mais parce que selon toutes les lois écrites et non écrites, il s’agit de terre palestinienne interdite aux occupants, quel que soit leur pays d’origine, leur race ou leur religion. Une agression coloniale n’est une guerre de religion ou de civilisation que dans la bouche de ses thuriféraires, qui, pour reprendre le mot de Coluche, plutôt que de débiter de pareilles inepties, devraient bien être autorisés à [se taire].

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Transcription

[…] Nous espérons que ce genre d’expérience [de rapprochement interconfessionnel] se répandra dans les autres pays arabes et musulmans.

Aujourd’hui, en ces temps (troublés), nous avons plus besoin que jamais de Cheikh Abd-al-Nasser Jabri, de ses semblables, de sa pensée, de sa voie, de son âme, de sa sincérité, de sa fraternité, car notre monde islamique aujourd’hui fait face à un phénomène très dangereux, à savoir l’extrémisme affranchi de toute limite, que ce soit dans certaines sphères sunnites ou certains milieux chiites.

Lorsque nous considérons le phénomène takfiri et le mouvement takfiri, nous voyons que, même avant l’an 2000, avant les années 1990, ils existaient déjà, mais seulement dans certains cadres, dans certains pays, dans certains milieux, et ne s’affirmaient pas comme ils le font à présent. Les takfiris, que ce soit sur les plans idéologique, médiatique, politique ou de terrain, affirment leurs positions sans limite et sans restriction, et ont poussé les choses jusqu’à leur dernière extrémité. Et c’est quelque chose de très dangereux.

Dans la lutte contre le takfirisme aujourd’hui, on ne se contente plus du takfir (accusation d’apostasie), mais on va jusqu’au meurtre, aux massacres, aux égorgements, à la prise de captifs (de guerre), aux décapitations, au dépècement (des cadavres), aux crucifixions, etc. Eh bien, c’est là la situation la plus dangereuse à laquelle la communauté islamique puisse arriver. Et c’est ce que nous vivons maintenant.

Et de même, dans certains milieux chiites, malheureusement, certains courants que Son Eminence Sayed Ali Khamenei caractérise comme le chiisme londonien, ou chiisme britannique, qui adoptent eux aussi le travers du takfir (accusation d’apostasie), de l’accusation de trahison, et des insultes contre toute chose sacrée et tous les symboles, et de fait, pas seulement contre le sacré et les symboles de nos frères sunnites, mais même contre ceux des chiites (les savants, les autorités, les plus éminents symboles de science et de vertu).

Aujourd’hui, lorsque l’on voit que tous les moyens sont fournis à ces deux courants, le courant du takfir, de la monstruosité, de l’extrémisme, des imprécations, des injures, des accusations de trahison et autres, des égorgements, des meurtres… Tous les médias sont mis à leur disposition. Quant aux chaînes de la Résistance, on les supprime d’Arabsat, de Nilesat et des satellites européens. Mais les chaines de la sédition, comme Al-Wisal, Safa, Fadak, etc., se voient ouvrir toutes les portes du monde.

Ce qui se passe donc, chers frères et sœurs, chers savants, n’est pas une coïncidence, ce n’est pas dû à de la négligence. Mais il y a des pays, des services de renseignement, des bureaux d’étude qui œuvrent nuit et jour, et ont découvert que la nation islamique et les peuples musulmans se sont réveillés, dressés et ont pris des positions claires face à l’hégémonie américaine arrogante sur les pays musulmans et sur notre région, et qu’elle a pris une position claire et décisive, basée également sur l’enthousiasme dû aux victoires de la Résistance face à Israël, et ils ont découvert que cette communauté islamique doit être livrée aux luttes fratricides, et qu’il fallait absolument combattre cet éveil populaire qui gronde dans les pays arabes, surtout dans les pays arabes et dans tous les pays islamiques de manière générale, que nous avons vu se lever il y a quelques années, et que le seul moyen était de détourner toutes ces masses vers la sédition et la discorde.

Et qu’est-ce qui est plus à même de servir le projet arrogant sioniste de division, de frappe et de partition, de déplacer la lutte de son terrain véritable et juste vers d’autres terrains, comme le courant du takfir et de la monstruosité.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons assumer notre responsabilité, comme l’a fait le regretté Cheikh Abd-al-Nasser [Jabri]. Nous devons, d’un côté, isoler et assiéger ces gens-là, leur faire face, les faire taire, et d’un autre côté, nous devons œuvrer à plus de convergence, de rapprochement, d’entraide, de fraternité, d’unité, de co-intégration, car l’objectif de ces takfiris et de ces extrémistes et de leurs maîtres américains et sionistes est que nous nous disloquions, que nous nous éloignions les uns des autres, que nous restions chacun dans notre coin.

Notre insistance pour le rapprochement, la rencontre, l’action conjointe et les cadres communs sur les plans du savoir, de la politique et de la résistance constitue la meilleure réponse et le meilleur défi, et même le meilleur accomplissement à travers lequel nous puissions comprendre l’échec du projet adverse.

Le deuxième point est celui de la résistance. La position de Son Éminence le Cheikh Abd-al-Nasser [Jabri]. Je ne vais pas (tout) répéter… Je soutiens et je confirme tout ce qu’on dit les frères avant moi, car j’ai suivi cette commémoration depuis le début. Sa position décisive quant à la résistance depuis les premiers jours. Il n’a pas pris une position vis-à-vis de la résistance, il faisait partie de la résistance. Il était l’un de ses savants, de ses combattants, de ses penseurs, de ses acteurs dans le champ politique, médiatique, populaire, social et sur le terrain. Mais dans toutes les étapes difficiles, lorsque la résistance a eu besoin d’être défendue, dans son projet, sa pensée, sa logique, sa légalité, le Cheikh Abd-al-Nasser [Jabri], comme le reste de ses frères de l’Union des savants musulmans, du Front des œuvres islamiques, des différentes organisations islamiques, une voix haute, forte, courageuse, surtout après les événements de 2005 au Liban (assassinat de Rafik Hariri, retrait des troupes syriennes), et les événements de 2006 (guerre contre Israël) et tous les faits qui ont suivi. Jusqu’aux derniers instants de sa vie, la résistance au Liban et en Palestine constituait l’un de ses piliers essentiels en foi, en actes et en sacrifices.

Cette résistance est encore menacée aujourd’hui, dans ses pays, ses peuples, ses sociétés, ses armées, ses mouvements de djihad (combattants). L’un des titres les plus dangereux de la guerre continue contre notre région depuis des années est la guerre contre la résistance et l’Axe de la résistance, et telle est la vérité qui est révélée davantage jour après jour à travers les aveux des dirigeants américains, hommes politiques et diplomates, généraux, responsables sécuritaires, et les documents irréfutables (publiés), les témoignages, les enregistrements…

Le but de tout ce qui se produit dans la région est maintenant clair et évident. Aujourd’hui, certains œuvrent à la destruction des armées arabes dans l’intérêt d’Israël, et au renversement des derniers régimes arabes résistants pour le bien d’Israël, afin que l’armée israélienne redevienne la plus forte, après que la résistance l’ait vaincue au Liban et en Palestine, et après que la résistance l’ait humiliée au Liban et en Palestine, et après que cette armée soit devenue une armée écrasée sur le plan moral, dans sa confiance en elle-même, dans la confiance de ses officiers en ses soldats et la confiance de ses soldats dans ses officiers. (Face à cela), il est nécessaire de détruire les armées de la région pour que ne subsiste qu’une seule armée puissante, pour que soient restaurés son moral, ses horizons (radieux), sa confiance – il s’agit bien de l’armée israélienne.

Aujourd’hui, la réputation des mouvements de résistance au Liban, en Palestine et dans toute la région est isolée, assiégée et salie. La réputation de quiconque supporte et soutient le peuple palestinien et la cause palestinienne est salie. Ceux qui la soutiennent avec justice. Ils sont tués, combattus partout dans le monde.

En Syrie, en Irak, au Bahreïn, au Yémen, et dans le reste des pays du monde, jusqu’au Nigeria, dont la population manifeste par centaines de milliers durant la journée internationale d’Al-Quds (Jérusalem), pour la Palestine et pour Al-Qods. La résistance est ciblée aujourd’hui, et sa défense est aussi de la responsabilité de tous, à l’image de ce que faisait le Cheikh Abd-al-Nasser (Jabri). Et ce ciblage continue sur tous les fronts.

Ne vous imaginez pas qu’Israël est aujourd’hui délaissé et inactif, parce que le monde entier est occupé et épuisé, et qu’Israël se contente de regarder, non. Israël pourchasse toute conscience qui peut se dédier à la Résistance, ou qui a le potentiel de développer tel domaine de la Résistance, comme il l’a fait à travers l’assassinat du martyr Muhamad Zouari en Tunisie [ingénieur du Hamas], ou comme il l’a fait par le passé pour le Commandant martyr Hassan Laqqis [du Hizb Allah], comme il l’a fait pour les savants nucléaires iraniens, et les savants nucléaires irakiens. Cet Israël ne peut pas supporter qu’existent au sein de nos sociétés et des peuples de notre région des mentalités, des volontés, des armées, des mouvements de résistance, des savants, des pensées qui peuvent regrouper, unir et permettre de rivaliser avec ce projet sioniste et ce projet arrogant.

Aujourd’hui… et c’est également une responsabilité. Il faut défendre la Résistance, l’Axe de la Résistance, les mouvements de la Résistance et les sociétés de la Résistance. La conscience de Son Éminence le Cheikh [Jabri], que Dieu lui fasse miséricorde, sa position courageuse et franche dans la défense de la Résistance constituent un étendard glorieux ici-bas et dans l’au-delà pour le Cheikh Abd-al-Nasser Jabri.

Nous avons confiance en nos peuples et en notre communauté (arabo-musulmans). Nous avons une très grande confiance en eux. Quels que soient les souffrances et les tragédies, permettez-moi de dire ceci aujourd’hui, alors que nous commémorons la disparition de ce Cheikh combattant, croyant et pieux : quelles que soient les souffrances, cette communauté n’abandonnera jamais la Palestine. Les calculs israéliens sont des calculs vains et faux. En Palestine, leurs calculs ont longtemps été que le peuple palestinien abandonnerait sa cause, ses lieux saints islamiques et chrétiens, et accepterait les miettes que lui proposeraient les sionistes, mais le peuple palestinien avait de quoi surprendre les Israéliens.

Il les a surpris en 1983 et 1984, il les a surpris par l’Intifada d’Al-Aqsa (2000), et il les a surpris par la résistance armée. Et avant cela, il les avait bien sûr longtemps combattus depuis la Nakba (1948) et la Naksa (1967). Et il les a également surpris par la récente Intifada d’Al-Qods (Jéusalem). Et le peuple palestinien les surprend par son soutien extrêmement fort, un soutien maximal pour le choix de la Résistance. De même au Liban, tous leurs calculs en 1982 ont été déçus, vains, et ils reconnaissent que leurs calculs étaient erronés.

Et aujourd’hui encore, ils croient que la région qui endure une telle guerre, une telle sédition, de telles calamités et une telle tragédie, (ils croient que) toute cette région et ses peuples, ainsi que leurs dirigeants et leurs savants, en sortiront en lambeaux, épuisés, et qu’il n’y aura ni en tête de leurs préoccupations ni nulle part dans leurs soucis le nom d’Israël et la lutte contre le projet sioniste. Ils se bercent d’illusions, je vous le garantis.

L’Axe de la Résistance sortira de cette guerre universelle contre lui victorieux dans tous les pays, si Dieu le veut, de même que les peuples de cette région. Et les mouvements de Résistance sortiront (renforcés) de cette expérience douloureuse, de sorte que la priorité de l’Axe, des régimes, des armées et des peuples, des partis, des forces politiques, des pensées, des médias et des sentiments, la Palestine redeviendra la priorité, la lutte contre le projet sioniste redeviendra la priorité, et la libération d’Al-Qods redeviendra la priorité. Si les Israéliens espèrent que cette guerre universelle enterrera sous la poussière de cette terre et de cette région tout Résistant, tout combattant, tout homme d’honneur, ils se trompent et se bercent d’illusions. Cela contredirait les voies divines (la marche globale du monde). Cela contredirait la marche de l’Histoire.

Cela contredirait [le propos attesté selon lequel] « Il y a des hommes de Dieu qui, lorsqu’ils veulent quelque chose, Dieu le veut [et le matérialise] ». Et dans cette région, tous les résistants sont déterminés à persévérer, à rester fermes, terme qu’aimait le Cheikh Abd-al-Nasser Jabri, et à poursuivre la lutte jusqu’à la victoire finale.

Cette région ne livrera ni la Palestine, ni le Liban, ni la Syrie, ni l’Irak ni aucun pays. Elle ne les livrera ni à l’hégémonie américaine, ni aux sionistes.

Aujourd’hui, par exemple, alors que l’ennemi israélien fait pression sur tous les terrains, nous voyons l’endurance des prisonniers dans les prisons israéliennes. Ils font la grève de la faim et de la soif jusqu’à l’extrême limite. Ou ceux qui sont injustement tués dans les prisons, comme c’est arrivé hier avec le Cheikh As’ad al-Wali, une personnalité patriotique et résistante dans le Golan syrien occupé. Pour ses funérailles, une foule immense d’habitants du Golan s’est rassemblée, pour proclamer leur identité [syrienne], leur position, leur engagement, leur rejet de cette entité [sioniste] et de la soumission à cette entité.

Aujourd’hui, certains régimes se rendent. Le gouvernement du Bahreïn permet à la pire organisation sioniste de venir au Bahreïn (ils disent israélienne, non israélienne, leur identité est américaine mais ils font partie d’une organisation sioniste au sens large), il permet à la pire organisation sioniste de venir au Bahreïn et d’y être accueillie, et les médias israéliens s’en extasient. Les médias israéliens ont parlé de deux choses : la première, que cette organisation sioniste, avec ses vêtements religieux, avec à leurs côtés des Arabes vêtus de robes traditionnelles, de leur coiffe et de l’igal (foulard et cerceau), tous les vêtements arabes, dansaient ensemble. Et l’autre scène est que cette organisation a chanté dans les rues du Bahreïn la chanson « Le temple sera construit sur les ruines de la mosquée » (Al-Aqsa, 3e lieu saint de l’Islam).

Si le gouvernement du Bahreïn est entré dans la voie de la normalisation (avec Israël) depuis longtemps, le peuple du Bahreïn et les savants du Bahreïn, soumis au fouet par le régime, jetés en prison, dont les hommes et les femmes ont été tués, torturés, et également abandonnés du monde arabe et musulman, n’ont jamais oublié la Palestine, ni la cause palestinienne, ni le fait que le combat primordial est contre l’ennemi israélien. Et c’est pourquoi, alors que le monde entier garde le silence au sujet de la normalisation du Bahreïn, et que seuls quelques mouvements palestiniens le condamnent, le peuple bahreïni et les savants du Bahreïn sortent dans la rue pour dénoncer et refuser (cela).

Cela signifie que quelles que soient nos souffrances, elles ne pourront jamais nous faire oublier la Palestine ni la cause palestinienne.

Au Yémen, siège, faim, bombardements, morts, des milliers d’enfants mourant de faim et de maladie, mais le peuple yéménite brûle pour la Palestine et manifeste pour la Palestine à Sanaa sous les bombardements.

Que signifie toute cela ? Cela signifie que le bien est fort dans cette communauté.

Et c’est pourquoi je dis en conclusion de ce point : je dis aux sionistes de ne pas compter (sur les événements actuels). L’avenir, dans cette région, est pour la Résistance, pour l’Axe de la Résistance et pour le projet de la Résistance. Ce n’est pas un simple discours rhétorique. C’est un propos qui se traduit par le sang, l’endurance, la persévérance, les sacrifices physiques, dans plus d’un pays et sur plus d’un terrain.

27 janvier 2017 | Source

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