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BNF : quand Pierre Le Vigan faisait le point

Au mois d’octobre 2011, Pierre Le Vigan a été interviewé par France Inter dans le cadre de l’émission « service public » de Guillaume Erner. Comme il est fréquent, seul un court extrait est passé sur les ondes, le 3 octobre.

Nous proposons l’essentiel de cet entretien actualisé (entretemps le tramway autour de Paris a avancé !).

La BNF est déjà et d’abord une erreur urbanistique. Il y avait divers emplacements possibles en région parisienne : La Plaine Saint-Denis dans la commune de Saint-Denis, qu’avait proposé notamment Roland Castro, Maisons-Alfort au confluent de la Seine et de la Marne, à la place de l’actuel Chinagora, etc. Ceci posé, le choix du XIIIe arrondissement de Paris était un bon choix parmi d’autres car il permettait de rééquilibrer Paris vers l’est.

Le lieu d’implantation : pourquoi pas dans le XIIIe arrondissement de Paris mais ailleurs

Par contre, son emplacement précis est une erreur. En effet dans le XIIIe il y avait deux lieux possibles : près de la gare d’Austerlitz elle-même ou bien près de ce qui était alors la gare Masséna (sur la ligne C du RER tout comme Austerlitz). Or le site d’implantation qui a été choisi est à mi-chemin entre ces deux emplacements, Masséna et Austerlitz. La BNF n’est pas non plus près du métro Chevaleret ou Quai de la gare. Le terrain qui a été utilisé n’était pas considérable : un peu plus de 7 hectares. D’autres surfaces y compris plus petites auraient été nécessaires en fonction d’un autre parti architectural. En termes de lieu, Masséna eut été le meilleur choix, près du périphérique et du boulevard des Maréchaux.

Le site choisi est un mauvais emplacement

Le site choisi a entraîné de nombreuses aberrations urbanistiques. En effet, la gare Masséna a été supprimée au profit d’une nouvelle gare, dite Bibliothèque François Mitterrand. En conséquence la gare BNF de la ligne C du RER se trouve à 15 minutes à pied du tramway des maréchaux dont le prolongement est prévu vers fin 2012. C’est un épouvantable gâchis : le tramway est arrivé vers les portes de Choisy et au niveau de la traversée de la Seine sans être connecté à un moyen de transport en site propre.

Des coûts pharamineux pour un résultat très médiocre

La BNF a aussi couté une somme excessive par rapport au service rendu : près de 8 milliards de francs. Avec un budget de fonctionnement de plus de 2 milliards (de F) par an, en 4 ans elle coûte autant que son cout de construction. La BNF consomme ainsi autant d’électricité qu’une ville de 20 000 habitants. Elle est en outre peu agréable car peu adaptée pour le personnel qui y travaille. Les usagers, eux aussi, font état de désagréments comme les trajets peu pratiques à partir de la sortie du RER, l’obligation de monter des marches puis d‘en descendre, le fait que l’on ne trouve pas l’entrée facilement, ce qui n’est pas une mince erreur en terme de lisibilité attendue d’un bâtiment.

L’erreur de choisir une image avant de répondre à une fonction

L’idée des tours en forme de serre-livres ou de livres ouverts est la plus absurde. Pourquoi une bibliothèque devrait-elle évoquer des livres par sa forme ? Un concepteur de centre des impôts se croit-il obligé de faire ressembler son bâtiment à une feuille d’impôt ? Une caserne ressemble-t-elle à un char ou à un obusier ? Le ministère de la marine doit-il ressembler à un porte-avion ou à sous-marin ? Une usine d’automobiles ressemble-t-elle à une voiture géante ? En outre, mettre les livres en hauteur est idiot. Les livres n’ont pas besoin d’être exposés à la lumière et, au contraire, ils la craignent. Il a donc fallu mettre en place des systèmes d’occultation de la lumière, des volets en bois, pour les protéger, ce pour la partie des livres qui sont dans les tours, les autres étant dans le socle. Cette conception est contre-productive. Quant au jardin, il est sombre, ses plantes et arbres en souffrent, et il est interdit au public.

Une bibliothèque non reliée au quartier

La BNF n’est pas reliée au quartier. Elle tourne le dos au vieux XIIIe, à ce qu’il en restait en tout cas, elle nie le quartier, c’est un « objet célibataire » parachuté.

Le drame de la BNF, est double 1) au temps du numérique, ce genre d’équipement n’a peut-être tout simplement plus de sens, 2) l’image a précédé la fonction, l’architecture a précédé l’urbanisme, la forme a primé sur l’utilité.

François Mitterrand s’est trop investi dans le projet ; le politique n’a pas su rester à sa place. Dans un projet de construction, il faut partir des besoins, et ensuite s’amarrer au quartier, et non partir d’une image et vouloir ensuite la faire coller avec un usage. On a fait tout à l’envers. »

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La banlieue contre la ville, un livre de Pierre Le Vigan, 18 e + 3,50 de frais de port

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