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Cette crise bancaire qui ne passe pas

On pensait que l’Italie était le maillon faible du secteur bancaire européen… Voilà Deutsche Bank au bord du gouffre ; Commerzbank et ING sur le point de supprimer des milliers d’emplois… Par Florence Autret, correspondante à Bruxelles.

Alors que près de 40 textes de réglementation financière ont été votés par l’Union européenne depuis la chute de Lehman Brothers en septembre 2008, que près de 2.000 milliards d’euros d’argent public ont été mobilisés (mais pas toujours utilisés) depuis huit ans, que l’on présente le transfert de leur surveillance à la Banque centrale européenne comme l’aube d’une ère de supervision impartiale… les banques restent en crise. Pourquoi ?

D’abord, parce que la santé du secteur est à l’image de l’économie dans son ensemble : plombée par le manque de croissance de ces dernières années (par exemple, le PIB/habitant de l’Italie a reculé de 11% depuis 2003…). Mille milliards de mauvaises créances pèsent sur les bilans bancaires.

Et pas seulement en Italie !

En moyenne, les petites banques, particulièrement dans le sud de l’Europe, courent un risque en capital (autrement dit de ne pas se voir rembourser l’intégralité du capital prêté) sur un quart de leurs prêts aux entreprises (contre 7% pour l’ensemble du secteur). Leur core business : le financement de l’économie réelle est en pleine tourmente.

 Ensuite, le coût du capital dépasse 9%, quand son rendement est à peine supérieur à 6%. Autrement dit, les banques ne gagnent pas assez pour rémunérer ceux qui les détiennent : fonds, fonds de pension, assureurs et… banques elles-mêmes. Tout le secteur manifeste ainsi sa défiance en… son propre modèle basé sur le financement bancaire. C’est que la transition entre deux concepts de prise en charge des risques bancaires n’est pas achevée. Le fameux bail out, consistant à transformer les dettes bancaires en dettes publiques en cas de crise, a été mis hors la loi. Mais le bail in, autrement dit l’absorption des pertes par les acteurs financiers eux-mêmes, n’est pas encore opérationnel.

Le tout jeune Conseil européen de résolution n’a pas encore adopté le « plan de résolution » d’aucune des quelque 141 banques dont il est censé superviser la restructuration, ou la fermeture ordonnée en cas de problème. Et l’Europe ne dispose d’aucun « filet de sécurité » paneuropéen pour absorber collectivement une faillite majeure. Le nouveau « fonds de résolution européen » aura à peine plus de 10 milliards en caisse à la fin de cette année. Enfin, les banques n’ont pas encore changé de business model. Elles continuent de miser sur les rendements miraculeux des activités de marché. Les instincts animaux n’ont pas été matés, puissent-ils l’être jamais. Les propos du président de la BCE, Mario Draghi, les invitant à se regrouper pour réduire leurs coûts ont laissé cois nombre d’observateurs. Appelait-il à revenir à un modèle industriel plus classique ? Une chose est sûre : la mue du secteur financier européen se poursuit sans que personne ne sache ni quand ni à quel prix elle se terminera.

 

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