Accueil ACTU Économie Chômage : le vrai bilan du quinquennat Hollande

Chômage : le vrai bilan du quinquennat Hollande

Le président de la République a tort de présenter l’inversion de la courbe du chômage comme « un fait indiscutable ». Il s’agit avant tout d’un effet statistique à court terme. La France compte 1,16 millions de demandeurs d’emploi supplémentaires depuis son élection.

Le 29 juin 2016, dans un entretien aux « Echos », François Hollande déclarait : « Il y a bien une reprise en France et un début d’inversion de la courbe du chômage. C’est un fait indiscutable ». La baisse du chômage fut non seulement une promesse du candidat Hollande en 2012 mais surtout, dès 2013, une condition établie par le président lui-même à une nouvelle candidature en 2017. A sept mois de l’échéance présidentielle, il est intéressant – et nécessaire – de se pencher sur « ce fait indiscutable » et d’établir un bilan du quinquennat sur le front de l’emploi.

Pire que Nicolas Sarkozy

Petit rappel historique. Le quinquennat de Jacques Chirac (2002-2007), profitant d’un environnement économique plutôt favorable, connût une légère décrue de l’ordre de 4.000 chômeurs (catégories A, B et C) de moins par mois en moyenne. Cette décrue se poursuivit les premiers mois du quinquennat de Nicolas Sarkozy (2007-2012) jusqu’à l’été 2008, quand la crise éclata et fit exploser le chômage. Par conséquent, son bilan est lourd : plus de 18.700 chômeurs de plus en moyenne par mois.

Mais François Hollande obtient un résultat plus mauvais encore, avec en moyenne plus de 22.700 chômeurs supplémentaires par mois… Résultat : alors qu’il lui reste encore sept mois à l’Elysée, le président de la République a déjà dépassé son prédécesseur en nombre de chômeurs (1,16 millions en août 2016 contre 1,12 sur cinq ans pour Nicolas Sarkozy).

Très loin de l’Allemagne

Si le président fait moins bien que son prédécesseur, dont les résultats n’étaient pourtant déjà pas bons, son bilan ne soutient pas la comparaison avec celui de l’Allemagne, pays comparable par son modèle économique, par la taille de son marché du travail et par le revenu par habitant. En 2015, la France affichait un taux de chômage plus de deux fois plus élevé qu’en Allemagne (10,4% contre 4,6%) et un taux de chômage des jeunes plus de trois fois plus élevé (25,1% contre 7,3%). L’Allemagne dispose depuis janviers 2015 d’un salaire minimum légèrement supérieur et la main-d’oeuvre y est légèrement moins chère que chez nous…

Il faut pourtant rappeler qu’en 2005, le taux de chômage allemand s’élevait à 11,3%, supérieur de 2,3 point à celui de la France. Mais les réformes entreprises au début des années 2000 ont profondément transformé le marché du travail, avec des résultats impressionnants en quelques années. Force est de constater que François Hollande n’a pas su tirer la leçon de ce brillant exemple.

Des réformes, mais peu d’effets sur l’emploi

Pourtant depuis 2012, l’exécutif n’est pas resté inactif et a pris de nombreuses mesures dont on peut évaluer aujourd’hui les résultats : citons les emplois d’avenir, le CICE, la loi de sécurisation de l’emploi, les contrats de générations ( un énorme flop, selon la Cour des comptes ), le plan de formation de 500.000 demandeurs d’emplois supplémentaires et la loi Travail . L’analyse révèle qu’aucun de ces dispositifs n’a permis de changer la donne sur le marché du travail. La plupart a consisté à créer des emplois aidés à grand renfort d’argent public et sans garantie pour l’emploi à long terme.

Rappelons que France Stratégie a ainsi considéré que, si le CICE a pu conduire à « une amélioration sensible des marges des entreprises », il n’a pas eu d’impact sur l’investissement et très peu sur l’emploi ; que la Cour des comptes a jugé l’effet des contrats de génération sur le chômage « quasiment négligeable » ; et que l’économiste Pierre Cahuc a affirmé que le plan de formation de 500.000 demandeurs d’emplois, annoncé en janvier dernier, n’avait « pas grand sens »

Pas de vraie amélioration

Les mesures prises traduisent surtout une volonté de diminuer les statistiques du chômage à court terme – ainsi le plan de formation des demandeurs d’emplois de janvier va entraîner un transfert massif des chômeurs de catégorie A, B et C vers la catégorie D qui regroupe les personnes en formation. Dans ce contexte, qu’on ne s’y trompe pas : une amélioration des chiffres du chômage au deuxième semestre 2016 traduirait plutôt un effet statistique à court terme qu’une réelle amélioration de la situation.

Au final, alors que François Hollande affirme comme un « fait indiscutable » que la situation s’améliore, son vrai bilan est, à ce jour, une hausse de 1 160 300 demandeurs d’emploi depuis mai 2012. L’inversion de la courbe du chômage n’est pas pour demain et l’échec des politiques menées en matière d’emploi est désormais flagrant. A sept mois de l’échéance présidentielle, ce bilan pèsera lourd, très lourd…

Edouard Michon est chercheur associé à l’Institut Thomas More. Les Echos

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