Accueil ACTU Monde Boulette ou coup de maître ? Trump met le JCPoA en mort clinique… [2]

Boulette ou coup de maître ? Trump met le JCPoA en mort clinique… [2]

N’en déplaise à ses détracteurs, Donald Teflon Trump, prenant tout son petit monde de vitesse (sa décision était officiellement attendue pour le 12 mai 2018), vient de démontrer capitoli & orbi, si je puis dire, que Washington était bien le faiseur de pluie de l’Orient compliqué cher au général. Qu’en cette affaire il ait tort ou raison importe in fine assez peu. La réalité est toute autre : en abattant ici son brelan, Trump vient, tout simplement de rebattre les cartes au Proche & Moyen-Orient. Le reste – les réactions de l’Europe, notamment – n’est que de l’écume géostratégique dans un grand jeu qui dépasse la plupart de ses acteurs. À commencer par les Russes & les Européens que nous sommes. Épisode 2.

« Comme il n’y a aucune panique boursière, ce serait même plutôt le contraire, on peut en conclure que le retrait par Trump des accords du JCPoA ne représente aucune menace sur la paix mondiale. Les investisseurs, toujours craintifs, sont les premiers à déceler les signes de dangers et en profitent pour prendre leurs bénéfices. Il y a un léger frémissement sur le secteur pétrolier nais c’est la moindre des choses en pareilles circonstances. N’écoutez pas la propagande qu’on vous distille et vous instille en France. Il y aura de nouvelles négociations et cette fois-ci elles seront plus équilibrées, plus réalistes et plus positives… comme avec la Corée-du-Nord (…). Et pendant ce temps-là, le Secrétaire d’État, Mike Pompeo, revient de Corée du Nord avec comme passagers, trois Américains qui étaient encore détenus dans ce pays. Il est allé préparer le prochain meeting entre le président Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un qui s’annonce sous les meilleurs auspices. Comment donc ce ‘va-t-en-guerre’ de Trump a-t-il pu résoudre la quadrature du cercle et apporter la paix dans la péninsule coréenne qui y avait disparu depuis les années 50 ? Alors qu’aucun président n’était parvenu à le faire et particulièrement les 3 derniers, Clinton, W. Bush et Obama qui ont arrosé la Corée du Nord de milliards de dollars pour les voir intensifier la course aux armements nucléaires ».
Eber Haddad, sur sa page Facebook.

| Q. Diriez-vous, malgré tout, que les Iraniens ont perdu la première manche ?

Jacques Borde. Non, je n’ai pas dit ça. J’ai dis qu’ils restaient seuls face au trio Washington-Riyad-Jérusalem. Ce qui n’est pas la même chose. Et surtout, ce quant-à-soi n’a rien de bien nouveau pour Téhéran, c’est la réalité avec laquelle ils doivent jongler depuis le début de la crise syrienne.

Pour eux, la seule vraie différence avec la décision de Trump, c’est qu’elle va de pair avec un feu vert en direction de Jérusalem en vue d’obtenir la reductio a minimo de la présence iranienne en Syrie. Mais, les deux adversaires – Jérusalem Vs Téhéran – s’y faisaient déjà face. Alors…

| Q. peut-on, pour autant, parler de ratage de la part des Iraniens ?

Jacques Borde. Oui, mais pas seulement. Ce sont, surtout, les Européens et les Russes qui ont, pour cet épisode en tout cas, tout raté. Ou en tout cas réussi peu de choses…

| Q. Mais Trump a anticipé sa décision pourquoi ?

Jacques Borde. Aucune idée ! À ce stade, on ne peut que spéculer. Très théoriquement, la décision du président américain sur le Joint Comprehensive Plan of Action/Plan d’action global conjoint (PAGC/JCPoA) était annoncée pour le 12 mai 2018. Apparemment, Trump – et, là, merci aux grandes oreilles de la NSA1 – aura grillé la politesse à quelques-uns…

| Q. Vous pensez à qui ?

Jacques Borde. Très directement à Emmanuel Macron. Le président français était hyperactif sur ce dossier. Trop pour Washington visiblement. Macron tablant, à la fois, sur :

1- un report (espéré) de la décision de Teflon Trump.
2- un périple (anticipé) à Téhéran, pour y rencontrer le président iranien, le Dr. Hassan Feridon Rohani,
3- par là, la dépose des fondations d’un nouvel accord avec l’Iran.

De tout évidence, Trump, que Macron avait, de toute façon, prévenu de son agenda, a préféré prendre les devants et scier la branche diplomatique sur laquelle s’avançait – avec un certain sens des responsabilités et quelque doigté, reconnaissons-le – l’équilibriste Macron.

| Q. Pas très fair play en tout cas ?

Jacques Borde. Et où avez-vous vu que la géopolitique est une affaire de fair play ?

| Q. Et pas Poutine ?

Jacques Borde. Non, certainement pas. Les Russe n’agissent pas au Levant. Au mieux, ils réagissent. Ils sont trop faibles économiquement, et, encore plus, pusillanimes géostratégiquement. Cessons d’attendre d’eux plus qu’ils ne seront jamais en position de donner…

| Q. Et les Européens dans tout cela ?

Jacques Borde. En dessous de tout, comme toujours. La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères & la politique de sécurité, Federica Mogherini, n’est que le paravent d’une impuissance géostratégique parfaitement intériorisé quant aux questions d’Orient. Seuls les Allemands, par leur puissance économique, auraient pu avoir quelques réactions, mais :

Primo, la Bundeskanzlerin2 Angela D. Merkel, voire même son chef de la diplomatie Heiko Maas, sont des zozos. Des gérants de faillites vivant sur les acquis des administrations précédentes.

Secundo, cela se sait peu, mais par expérience je peux vous dire que les Allemands ont des relations totems3 avec le Hezbollah. Ce qui n’est guère du goût des Américains.

Tertio, et passez-moi l’expression, les Américains tiennent les Allemands par les couilles…

| Q. C’est-à-dire ?

Jacques Borde. Entre les menaces, à peine voilées, de l’administration Trump de barrer la route aux automobiles allemandes et les amendes que le Trésor américain ne cesse de faire pleuvoir sur les corporates teutonnes au moindre pas de travers, les Allemands sont pieds et poings liés face à l’hêgêmon étasunien.

Ligne dure confirmée sur Twitter par le nouvel ambassadeur américain, Richard Grenell, qui vient juste de prendre ses fonctions à Berlin, qui a rappelé que le président Trump « a dit que les sanctions allaient viser des secteurs critiques de l’économie de l’Iran. Les entreprises allemandes faisant des affaires en Iran devraient cesser leurs opérations immédiatement ».

Déjà, avant sa prise de fonction, Grenell avait émis des critiques à l’égard du gouvernement Merkel, estimant, notamment, que Berlin « aurait dû » se joindre aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et à la France lors des frappes contre Damas en avril 2018.

À bon entendeur…

| Q. Pourquoi l’Allemagne ?

Jacques Borde. Un containment, comme celui qui se (re)met en place à l’égard de l’Iran, c’est une tentative d’étouffement, de mort lente, de l’adversaire. Or, comme le rappelle La Tribune, « L’Allemagne est l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Iran. Selon les statistiques du ministère de l’Économie datant de 2016, les exportations allemandes avaient atteint quelque 2,6 milliards d’euros, en hausse de 26% sur un an »4.
CQFD.

| Q. Dites-moi, Macron n’est-il pas un peu seul sur ce dossier face à Trump ?

Jacques Borde. Oui et plus que vous le croyez.

D’un côté, j’aurais tendance à dire que le président français, plutôt novice en ces matières internationales, ne se débrouille pas si mal pour quelqu’un d’aussi inexpérimenté.

Paris continuera à plaider en faveur d’une amélioration de l’Accord de Vienne, a affirmé la ministre des Armées Florence Parly, car si « Cet accord, ce n’est pas le meilleur accord du monde », « sans être parfait, il a néanmoins un certain nombre de vertus » et « ils [les Iraniens] le respectent (…). Cet accord doit être complété. C’est ce que le président de la République a proposé. Il faudra poursuivre sans cesse pour plaider l’amélioration de cet accord, que les États-Unis y soient présents ou pas »5.

Mais, de l’autre, franchie la porte de son bureau, sur qui peut, sérieusement, compter Emmanuel Macron ?

Je le dis et le répète, son chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, n’est qu’un vestige du Hollandisme sans grande utilité et dont il aurait dû se séparer depuis longtemps. Mais, d’une manière plus générale, que pèsent nos frêles fonctionnaires énarco-mondains face aux fauves géopolitiques qui entourent Trump à la Maison-Blanche ?

| Q. Des noms, des noms ?

Jacques Borde. Oh, vous maintenant, vous les connaissez. Citons-en deux :

1- le US Secretary of Defense, le général (Ret) James Mad Dog Mattis6.
2- l’Assistant to the President for National Security Affairs (APNSA), John R. Bolton.

Le second étant directement à la manœuvre dans ce qui vient de se passer vis-à-vis de l’Iran. Mais, surtout et n’en doutez pas un seul instant, de l’Europe dont Bolton n’a jamais eu cure et dont il juge les positions avancées au Levant et en Iran comme autant de places à prendre pour le poliorcète émérite qu’il est dans les eaux internationales.

| Q. Donc c’est à ce point-là ?

Jacques Borde. Oui, John R. Bolton a indiqué que le rétablissement des sanctions était effectif « immédiatement » pour les nouveaux contrats et d’ici au 6 août ou au 4 novembre 2018 pour les entreprises, y compris étrangères, déjà présentes en Iran, qui ont donc trois à six mois pour en « sortir ». Verbatim le Department of the Treasury, le délai allant de 90 à 180 jours.

« Il est absolument possible que des sanctions supplémentaires puissent suivre, si nous avons de nouvelles informations », a précisé John R. Bolton. « Nous voulons mettre le plus de pression économique possible sur l’Iran et leur dénier l’accès aux revenus qu’ils auraient eus » sans retrait américain.

Après, attention aux yeux ! Par ailleurs, « Tout pays qui aidera l’Iran dans sa quête d’armes nucléaires pourrait aussi être fortement sanctionné par les États-Unis », a mis en garde Trump.

MM. les Européens, merci d’être passés, on vous écrira !…

Notes

1 Ou National Security Agency (Agence nationale de la sécurité) en charge du Renseignement d’origine électromagnétique.
2 Chancelière fédérale.
3 Terme issu du vocabulaire des Renseignements. Signifie des relations privilégiées.
4 La Tribune .
5 RTL (8 mai 2018).
6 Contrairement aux fantasmes colportés par les Démocrates et leurs relais divers et variés, Mattis est considéré comme un intellectuel par ses pairs, notamment en raison de sa bibliothèque personnelle comptant plus de 7.000 volumes. Il a toujours avec lui, lors de ses déploiements, un exemplaire des Pensées pour moi-même de Marc Aurèle. Le major-général Robert H. Scales le décrit comme « … l’ un des hommes les plus courtois et polis que je connaisse ».

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