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Céline et les belles américaines

Chose promise, chose due. Céline et le cul, le fou rire du verbe et le cul. Si Conan prend conscience de son sens des valeurs au combat, Ferdinand le fait au bordel. Voyons comment.

On commence avec sa Lola, déguisée en Jeanne d’Arc.

Mais Céline annihile d’abord la référence belliqueuse :

« Avant d’avoir traversé la fricassée boueuse des héroïsmes, son petit air Jeanne d’Arc m’aurait peut-être excité, converti, mais à présent, depuis mon enrôlement de la place Clichy, j’étais devenu devant tout héroïsme verbal ou réel, phobiquement rébarbatif. J’étais guéri, bien guéri ».

Il pense comme notre vieil ami Jean-Edern à la quéquette du Graal.

« …les élans du cœur m’étaient devenus tout à fait désagréables. Je préférais ceux du corps, tout simplement. Il faut s’en méfier énormément du cœur, on me l’avait appris et comment ! à la guerre. Et je n’étais pas près de l’oublier. »

Oh, Ferdinand, how shocking ! Quel jeu de mots vicieux.

Ce n’est pas fini, car notre bougre découvre les courbes du Michigan :

« Son corps était pour moi une joie qui n’en finissait pas. Je n’en avais jamais assez de le parcourir ce corps américain. J’étais à vrai dire un sacré cochon. Je le demeurai.

Je me formai même à cette conviction bien agréable et renforçatrice qu’un pays apte à produire des corps aussi audacieux dans leur grâce et d’une envolée spirituelle aussi tentante devait offrir bien d’autres révélations capitales au sens biologique il s’entend. »

C’est la découverte du nouvel incontinent.

Et de rapprocher comme Evola sexe et métaphysique :

« Je n’eus en effet de cesse et de repos (à travers une vie pourtant implacablement contraire et tracassée) avant d’avoir mené à bien cette profonde aventure, mystiquement anatomique ».

 Enfin arrive Manhattan :

« J’attendis une bonne heure à la même place et puis de cette pénombre, de cette foule en route, discontinue, morne, surgit sur les midi, indéniable, une brusque avalanche de femmes absolument belles. Quelle découverte ! Quelle Amérique ! Quel ravissement ! Souvenir de Lola ! Son exemple ne m’avait pas trompé ! C’était vrai ! »

Ce passage me rappellera toujours mon arrivée personnelle à Buenos Aires trois quarts de siècles plus tard.

On continue :

« Quelles gracieuses souplesses cependant ! Quelles délicatesses incroyables ! Quelles trouvailles d’harmonie ! Périlleuses nuances ! Réussites de tous les dangers ! De toutes les promesses possibles de la figure et du corps parmi tant de blondes ! Ces brunes ! Et ces Titiennes ! Et qu’il y en avait plus qu’il en venait encore ! C’est peut-être, pensais-je, la Grèce qui recommence ? J’arrive au bon moment ! »

La Grèce qui recommence c’est un grand trait de génie celui-là. On cite Lothrop Stoddard encensé par Scott Fitzgerald et par Julius Evola:

“Probably few persons fully appreciate what magnificent racial treasures America possessed at the beginning of the nineteenth century. The colonial stock was perhaps the finest that nature had evolved since the classic Greeks.”

Magnificent racial treasures… Autre chose que le national treasure !

Nouvelle dose de quinine et mystique :

« Elles me parurent d’autant mieux divines ces apparitions, qu’elles ne semblaient point du tout s’apercevoir que j’existais, moi, là, à côté sur ce banc, tout gâteux, baveux d’admiration érotico-mystique de quinine et aussi de faim, faut l’avouer. »

Evidemment elles ne se jettent pas dans ses bras :

« Elles pouvaient m’emmener, me sublimer, ces invraisemblables midinettes, elles n’avaient qu’un geste à faire, un mot à dire, et je passais à l’instant même et tout entier dans le monde du Rêve, mais sans doute avaient-elles d’autres missions. »

Heureusement Ferdinand découvre le boxon à Détroit :

« Et puis celles-ci au moins, on pouvait les toucher franchement. Je ne pus m’empêcher de devenir un habitué de cet endroit. Toute ma paye y passait. Il me fallait, le soir venu, les promiscuités érotiques de ces splendides accueillantes pour me refaire une âme. »

On lui consent un rabais pour son savoir-faire :

« On n’exigeait de moi que de faibles redevances dans cette maison, des arrangements d’amis, parce que je leur avais apporté de France, à ces dames, des petits trucs et des machins. »

Et puis comme toujours dans ce genre d’endroit l’amour survient à force de le faire :

« À l’égard d’une des jeunes femmes de l’endroit, Molly, j’éprouvai bientôt un exceptionnel sentiment de confiance, qui chez les êtres apeurés tient lieu d’amour.

Nous devînmes intimes par le corps et par l’esprit et nous allions ensemble nous promener en ville quelques heures chaque semaine. Elle possédait d’amples ressources, cette amie, puisqu’elle se faisait dans les cent dollars par jour en maison, tandis que moi, chez Ford, j’en gagnais à peine six. L’amour qu’elle exécutait pour vivre ne la fatiguait guère. Les Américains font ça comme des oiseaux. »

On termine par une ode à la merveilleuse américaine :

« Bonne, admirable Molly, je veux si elle peut encore me lire, d’un endroit que je ne connais pas, qu’elle sache bien que je n’ai pas changé pour elle, que je l’aime encore et toujours, à ma manière, qu’elle peut venir ici quand elle voudra partager mon pain et ma furtive destinée.

Si elle n’est plus belle, eh bien tant pis ! Nous nous arrangerons ! J’ai gardé tant de beauté d’elle en moi, si vivace, si chaude que j’en ai bien pour tous les deux et pour au moins vingt ans encore, le temps d’en finir.

Pour la quitter il m’a fallu certes bien de la folie et d’une sale et froide espèce. Tout de même, j’ai défendu mon âme jusqu’à présent et si la mort, demain, venait me prendre, je ne serais, j’en suis certain, jamais tout à fait aussi froid, vilain, aussi lourd que les autres, tant de gentillesse et de rêve Molly m’a fait cadeau dans le cours de ces quelques mois d’Amérique. »

La conclusion ? Béni soit qui mâle y pense !

 

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