Accueil FOCUS Analyses Fi du Hearts & Minds : Trump rafle la mise & rentre les poches pleines (400 Md$US) ! [1]

Fi du Hearts & Minds : Trump rafle la mise & rentre les poches pleines (400 Md$US) ! [1]

À quoi servent bassesses & courbettes ? Accompagné d’une Melania Trump resplendissante &, ostensiblement, non voilée, Donald J. Trump, a décollé du pays avec 400 milliards de dollars de contrats en poche. Alors que, précédemment, le même Trump avait dit pis que pendre de cet islamisme takfirî pourtant si en cour à Riyad ? Comme quoi, brandir le bâton (surtout lorsqu’il est de la taille de celui à portée de main du locataire de la Maison-Blanche) est plus efficace que d’agiter, façon petits marquis du Quai d’Orsay, quelques carottes bio sous le nez de nos amis (sic) wahhabî ! À nul doute une leçon de realpolitik à méditer pour les Vieux Européens que nous sommes. D’autant plus que la France voit s’éloigner du tiroir-caisse de Bercy plusieurs contrats d’armements présentés, en rampant plus bas que terre, au ministre séoudien de la Défense, SAR Mohamed Ibn-Salmān Āl-Séʻūd… 1ère Partie.

Q. Mission accomplie pour Donald J. Trump à Riyad ?

Jacques Borde. Assurément. Comme l’a noté La Tribune, « Ce sont des montants hallucinants qui laissent rêveurs ou sceptiques. Les États-Unis et l’Arabie Séoudite ont signé samedi des accords d’une valeur de plus de 380 milliards de dollars, dont 110 milliards pour des ventes d’armements, au premier jour de la visite du président Donald Trump à Ryad »1.

Q. Et c’est sûr, tout ça ?

Jacques Borde. C’est officiel du moins. C’est, en tout cas, ce qu’a a annoncé le ministre séoudien des Affaires étrangères, Adel Ibn-Ahmed Al-Jubeir, lors de sa conférence de presse conjointe avec le US Secretary of State, Rex W. Tillerson2 :

« Les deux pays ont signé une série d’accords (…). La valeur des investissements dépasse les 380 milliards de dollars »3.

En fait, on atteindrait plutôt les 400 Md$US…

De son côté, la Saudi Press Agency (SPA) a fait état de « 34 accords dans des domaines aussi divers que la défense, le pétrole et le transport aérien ».

La SPA précisant qu’« un certain nombre d’accords et des opportunités d’investissement entre le Royaume et les États-Unis, dont la valeur totale dépasse 280 Md$US » parlant de « centaines de milliers d’emplois dans les deux pays »4.

Dans le seul domaine de l’énergie par exemple, Aramco, le géant pétrolier séoudien, a indiqué dans un communiqué avoir passé « des accords de 50 milliards de dollars » avec de grandes compagnies américaines.

Au plan plus géostratégique, le tout puissant ministre séoudien de la Défense, Mohamed Ibn-Salmān Āl-Séʻūd, et le Secretary of State Tillerson ont échangé deux mémorandums  portant sur la modernisation des forces armées séoudiennes.

Q. Trump n’a pas caché sa joie, en tout cas…

Jacques Borde. Oui. On le comprend. Il cloue assez largement le bec à beaucoup de ses adversaires du Deep State. Qui a jamais ramené 400 milliards de dollars en un seul voyage ?

« C’était une journée formidable » a lâché le président républicain. « Des centaines de milliards de dollars d’investissements aux États-Unis et des emplois, des emplois, des emplois ».

| Q. Et, ça n’est pas tout, semble-t-il ?

Jacques Borde. Non. Le groupe de capital-investissement Blackstone et le fonds souverain séoudien Public Investment Fund (PIF) ont annoncé, de leur côté la création d’un véhicule d’investissement de 40 Md$US pour investir dans les projets d’infrastructures, principalement aux États-Unis.

Comme le note La Tribune, « Sur les 40 Md$US de dotation, 20 milliards viendront du PIF et le reste sera souscrit par des investisseurs. Via ce financement qui mêle dette et fonds propres, Blackstone dit envisager d’investir dans des projets d’infrastructures pour un total de plus de 100 Md$US »5.

Ce nouveau fond « reflète notre avis positif concernant les projets ambitieux d’infrastructures qui vont être entrepris aux États-Unis comme le président Trump l’a annoncé »6 a déclaré le secrétaire général du PIF, Yasser al-Roumayyane

« Par ailleurs », indique encore La Tribune, « SoftBank Vision, le fonds mondial de capital-investissement, piloté par le japonais Softbank et le fonds souverain séoudien, a annoncé samedi avoir levé plus de 93 Md$US pour investir dans la robotique et l’intelligence artificielle. Le président de Softbank, le milliardaire japonais Masayoshi Son, avait révélé ce projet en octobre dernier et a depuis obtenu des promesses d’investissement de grands investisseurs internationaux. Ce fonds, outre Softbank et PIF, réunit Mubadala Investment d’Abu Dhabi, qui a promis 15 Md$US, les groupes améri Md$US ualcomm, taïwanais Foxconn Technology et japonais Sharp »7.

Et ça n’est pas tout, « Le fonds fait part de son intention de prendre des participations, minoritaires ou majoritaires dans des entreprises privées, cotées ou non en Bourse, quelles soient dans des activités nouvelles ou dans des activités plus établies. Le fonds espère à terme pouvoir réunir environ 100 Md$US de promesses en capital et avoir achevé sa levée de fonds en six mois »8.
Q. Finalement, diriez-vous que Trump est, surtout, aller faire du business ?

Jacques Borde. Oui et non. Même si c’était à 55% le but de son périple. Au plan géostratégique, je vous rappelle que tous les pays visités sont déjà dans la sphère d’influence de Washington. Au-delà de quelques accommodements cosmétiques de pure forme, il n’y avait rien de vraiment important à discuter, au plan géopolitique. À part rassurer les Séoudiens…

Q. N’est-ce pas un peu décourageant quant aux principes ?

Jacques Borde. Si, par là, vous voulez dire que le big business l’emporte sur l’onanisme droit-de-l’hommiste à la française oui !

Q. Peut-on dire que nous sommes surpris ?

Jacques Borde. (Soupir) Pour le prétendre, encore faudrait-il que nous n’ayons pas été prévenus, et de longtemps, des agendas de Washington en l‘Orient compliqué.

Or, sur ce point, comment de pas vous citer ces propos de l’ancienne US Secretary of State, Condoleeza Rice, qui a rappelé que les motivations de l’interventionnisme US an en Irak étaient tout sauf d’ordre humanitaire.

« Nous ne sommes pas allés en Irak pour apporter la démocratie », a rappelé Rice, le 11 mai 2017 lors d’une conférence du think-tank US Brookings Institution à Washington.

« Nous avons été en Irak [en 2013] pour renverser Saddam Hussein, dont nous pensions qu’il constituait un arsenal d’armes de destruction massive (ADM) et dont nous savions qu’il était une menace dans la région. C’était un problème de sécurité ».

Condoleezza Rice d’ajouter que « Je n’aurais jamais dit au président [George W.] Bush : ‘Utilisez la force militaire pour apporter la démocratie en Irak et en Afghanistan !’ »

Q. Donc l’Afghanistan, non plus…

Jacques Borde. Vous plaisantez, j’espère. Apporter la démocratie en Afghanistan en 2011 ne faisait pas davantage partie des objectifs des États-Unis. Dixit Rice : « Nous avons renversé [les Taliban] car ils ont abrité al-Qaïda après le 11 septembre ».

Q. Qu’ont amené les Américains, in fine ?

Jacques Borde. Rien. Rien de bon, en tout cas. Mais, encore une fois, apportez le bonheur, du chocolat et des roses est le cadet de leurs soucis.

En fait, Rice, bien évidemment, nous raconte elle aussi des craques. Les ADM et Al-Qaïda n’étaient que des prétextes.

Ce que les Américains ont toujours voulu, c’est faire basculer cette région du monde dans leur sphère d’influence. En l’espèce, Donald J. Trump n’est que le gestionnaire d’une rente de situation qui fait partie, depuis le début des années trente, de la corbeille de mariage de tout président américain.

Donc, assurément, là, il fait son job : aller sur place, serrez des mains et ramener un foultitude de contrats. Well done Mr. President ! N’en déplaise à la branlette permanente de nos médiamenteurs des deux côtés de l’Atlantique.

Q. Mais le chaos actuel…

Jacques Borde. Mais les Américains s’en fichent comme de leur premier scalp d’Indien.

Dans ses mémoires publiés fin 20169, l’ancien analyste de la CIA, John Nixon, nous rappelait combien « Un groupe comme DA’ECH n’aurait certainement pas pu connaître sous le régime répressif [de Saddam Hussein] un succès du même type que celui qu’il a connu sous le gouvernement de Bagdad, dirigé par les chî’îtes ».

Saddam Hussein gênait les ambitions US pour deux raisons essentielles :

1- il ne faisait pas partie du club des proxies US, comme la plupart des monarques de la région ;
2- à l’issue de la Guerre Iran-Irak, il disposait d’une puissance militaire peu convenable pour un tel électron libre dans une région aussi sensible.

Et comme le rappelait encore John Nixon, « En dépit de la brutalité de son régime, seul un homme à poigne tel que [Saddam Hussein] pouvait tenir un État multiethnique comme l’Irak ». Quod Erat demonstrandum.

En perdant Saddam, l’Irak a perdu sa stabilité

Q. Vous êtes en train de nous dire que les Américains ne recherchent pas la stabilité ?

Jacques Borde. Pas nécessairement.

Ce qu’ils apprécient avant tout ce sont les régimes qui :

1- ne contestent pas leur tutelle géostratégique ;
2- concluent de beaux contrats avec eux.

Le reste, en un mot comme en cent : Who cares ? En bon français, bien de chez nous, ils s’en tapent !

Tenez un bon exemple : le Nigeria.

S’occupent-ils de la manière dont le pays est géré ? De la manière dont se font les retombées économiques pour la population ?

[à suivre]

Notes
1 La Tribune .
2 La Tribune .
3 La Tribune .
4 La Tribune .
5 La Tribune .
6 La Tribune .
7 La Tribune .
8 La Tribune .
9 Debriefing The President: The Interrogation Of Saddam Hussein.

 

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