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Trump et la tradition nordique du refus migratoire en Amérique

Si nous ne faisons pas attention, la race blanche finira par être complètement submergée

Gatsby le Magnifique

Le leader raciste David Duke a soutenu Trump, et c’est tout un symbole.

Le refus migratoire incarné par Trump et son frêle électorat n’a rien de neuf. Les races refusées ont changé mais on a toujours refusé des immigrés en Amérique à partir de la fin du XIXe siècle, même si on n’a jamais su les arrêter ! Les grands hommes s’en sont mêlés, comme Kipling qui se plaint à Boston de la baisse tendancielle du nombre de Wasps. Dans son journal, le paisible et prestigieux Henry James s’avère effrayé par le dynamisme de la jeune population juive fraîchement débarquée. HG Wells fait de même dans son essai sur les Etats-Unis. Dans une nouvelle nommée La Rue, Lovecraft diabolise à sa manière hallucinée l’arrivée de nouveaux venus dans sa rue. Il dénonce leur physique répugnant et leurs idées politiques subversives ! Puis il pleure les paysages d’antan et les temps anciens des pionniers blonds comme l’or ! William O’Henry (le Maupassant américain) enfin se moque de « ces morceaux de protozoaires » dont on veut faire des citoyens américains.

Car on est loin du Melting Pot d’Israel Zangwill.

Mais rien ne vaut pour comprendre ce mal du siècle migratoire qu’une page oubliée d’un roman très connu :

  • La civilisation s’en va par morceaux, éclata Tom avec violence. Je suis devenu terriblement pessimiste. as-tu lu l’Ascension des Empires de gens de couleur, par un type nommé Goddard ?
  • ma foi, non, répondis-je, assez surpris du ton dont il avait parlé.
  • eh bien, c’est un bouquin très fort que tout le monde devrait lire. L’idée qu’il y développe est que si nous ne faisons pas attention, la race blanche finira par être complètement submergée.
  • mais ces livres, c’est de la science, insista Tom, en lui jetant un regard d’impatience. ce type-là, il a étudié le sujet à fond. c’est à nous, qui sommes la race dominante, à nous méfier, sinon les autres races prendront la tête.

La page est écrite sur un ton un peu satirique. Mais Scott Fitzgerald (c’est de lui qu’il s’agit) partage cette vision et, comme tous les grands auteurs, se moque un peu de son porte-parole. L’extrait vient de Gatsby et il est bien sûr gommé des adaptations cinématographiques (lisez aussi les Jules Verne ou les Trente-neuf marches de John Buchan pour rire).

Trump déclare adorer Fitzgerald, sans doute pour des raisons esthétiques (mais comme on sait les raisons esthétiques deviennent vite raciales – voyez le culte des belles femmes du Donald, voyez Mosley et la F1, voyez Porsche, Ferrari et la famille Quandt…).

Dans notre extrait, le personnage fait allusion aux deux best-sellers racistes de l’époque, que Kevin McDonald a recensés, et dont le renommé Paul Johnson s’est moqué dans sa libérale Histoire du vingtième siècle.

Evoquons le best-seller de Madison Grant, Le Passage d’une grande race. Ce livre fondamental inspira le raciste sénateur Bilbo (auteur de Faites-votre choix : séparation ou créolisation) et surtout les lois anti-immigration des américains en 1920 et 1924.

C’est l’époque où le grand cinéaste David Wark Griffith évoque la « race aryenne » et la menace noire dans Naissance d’une nation, l’époque où le KKK déploie avec faste ses trois millions de militants sur les trottoirs des grandes villes. Un journaliste affole l’opinion anticommuniste en dénonçant une Europe affamée et ruinée qui quitte son « home ».

Madison Grant rappelle sur un ton doctoral combien l’humanité est divisée en races, combien elle est hiérarchisée en races, combien enfin elle est inégale en races. Il célèbre la race nordique, puis critique la race alpine pas très entreprenante (les Français républicains et fonctionnaires), enfin il considère avec commisération la race méditerranéenne, qui fut pourtant dit-il très bonne en construction dans l’antiquité ! Ami et correspondant donc de Vacher de Lapouge, Madison Grant est un pessimiste comme tous les auteurs racistes depuis Gobineau. Le nordique s’efface. En France dit-il, la taille a perdu quatre pouces après les guerres napoléoniennes ; la France, jadis terre des Francs et de la civilisation, a perdu ses élites pendant les guerres de religion et la révolution ; car les racistes américains vouent un juste culte aux huguenots français (voyez le démographe Edward Allsworth Ross). La Grande Guerre aussi a réduit les effectifs des types supérieurs en Europe. Grant remarque après que l’immigration non désirée fait s’effondrer le taux de natalité des belles populations de souche (pour lui les indiens sont juste des aborigènes).

Il a peur des ghettos polonais et siciliens, comme Ross qui lui redoute la natalité slave… et dans un dernier élan déprimé, Grant pronostique un natif américain aussi oublié chez lui que le normand Rollon ou le citoyen grec. Pour lui la démocratie détruit la civilisation par sa faiblesse et sa démagogie.

Avant la guerre germano-américaine. Lothrop Stoddard (le « Goddard » de Gatsby) dénonce lui dans deux best-sellers la révolte du sous-homme et la montée des races de couleur, montée facilitée par nos guerres fratricides qu’il nomme guerres du Péloponnèse. Il prévoit la prochaine dès 1922. Obama vous prépare la dernière avec la Russie…

Stoddard est comme Grant un nostalgique du type colonial, illustré en littérature par Melville, Hawthorne ou bien sûr le réactionnaire Edgar Poe (Hawthorne méprise l’humanitarisme, Poe la « canaille »). Lothrop Stoddard écrit que ce type colonial était le plus beau type depuis la Grèce antique. La guerre de Sécession met fin pour ces auteurs au modèle racial américain, amène des immigrés européens tolérables dans un premier temps (allemands, irlandais), puis intolérables.

Dans le même esprit Francis Parker Yockey écrira dans Imperium (lien) que l’immigration n’a pas eu pour but d’augmenter la population en Amérique, mais de la changer

L’Amérique étonne alors le monde raciste. Et le détenu Adolf Hitler va applaudir de sa forteresse aux réformes américaines de l’immigration (1920 et 1924), à la politique raciale et eugéniste :

« Il y a, à notre époque, un pays où l’on peut observer au moins de timides tentatives inspirées par une meilleure conception du rôle de l’État. Ce n’est pas, naturellement, notre république allemande modèle ; ce sont les États-Unis d’Amérique qui s’efforcent d’obéir, du moins en partie, aux conseils de la raison. En refusant l’accès de leur territoire aux immigrants dont la santé est mauvaise, en excluant du droit à la naturalisation les représentants de certaines races, ils se rapprochent un peu de la conception raciste du rôle de l’État. »

Etonnez-vous après que l’on traite Donald Trump ou les partis hostiles à l’immigration ou aux réfugiés de racistes ou d’hitlériens ! Ces nazis n’ont que ce qu’ils méritent, et en plus, comme le souligne le ministre teuton Wolfgang Schauble, ils risqueraient, si on les écoutait, de nous plonger dans la consanguinité…

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