Accueil ACTU Europe Quel Royaume-Uni pour l’Après Brexit ? [1]

Quel Royaume-Uni pour l’Après Brexit ? [1]

Suite de nos réflexions sur l’Après-Brexit. Londres tiendra-t-il tête aux oukases des apparatchiks d’une Eurocratie à la peine. Bye-bye Cameron & À l’eurosceptique Theresa May de se saisir du dossier & (espérons-le) de nous surprendre agréablement !

 

| Q. La succession de Cameron est acté ?

Jacques Borde. Oui. Ce sera fait ce jour, le 13 juillet 2016, David Cameron présentant sa démission à la reine, juste après les questions au Parlement. Il l’a lui-même annoncé, déclarant devant le 10 Downing Street que « Nous aurons un nouveau ministre dans ce bâtiment derrière moi mercredi soir ».

En fait, tout s’est fait comme l’avait prédit la presse londonienne : un female-only choice entre Theresa M. May (59 ans) et la Minister of State for Energy, Andrea J. Leadsom (53 ans), toutes deux sorties victorieuses de la présélection (sic) du 7 juillet 2016. Notons la très nette avance de May aux yeux des députés de son parti, avec 199 des 330 voix d’élus tories. Contre 84 pour sa rivale.

La seconde ayant jeté le gant, c’est donc la Secretary of State for the Home Department[1], Theresa M. May, qui va succéder à David Cameron.

| Q. Vous n’avez pas l’air surpris ?

Jacques Borde. Mais, personne ne l’est ! Dès le début de la lice au sein du parti, une bonne centaine de députés conservateurs lui ont apporté leur soutien (contre une vingtaine pour Michael Gove). Elle a en réuni 99 de plus sur son nom. Et, au dernier moment, Leadsom a retiré sans candidature. Il ne restait plus personne pour barrer la route à celle que l’on présente déjà comme la nouvelle Magaret Thatcher.

| Q. Et pourquoi Gove a-t-il été dégagé aussi vite ?

Jacques Borde. Utilisons des mots simples. Michael Gove (parlons comme les ados) est un gros nul et le bonhomme, ce qui n’arrange rien, avait pour ses pairs la trahison chevillée au corps. Je m’explique, Gove :

1- a été un assez mauvais ministre de la Justice.

2- a doublement trahi : d’abord de son ami de toujours David Cameron.

3- puis Boris Johnson, qu’il a lâché avec ses affidés au sein du parti. Ce qui, en passant, explique le jet d’éponge de Boris Johnson : au Royaume-Uni, on ne s’impose pas sans ses députés. Ou suffisamment d’entre eux.

4- les Britanniques, comme beaucoup d’autres Européens, ont la nostalgie des hommes (et femmes) d’État) : Disraeli, Churchill, Thatcher.

5- Gove était desservi par son physique de tête-à-claques qui lui collait à la peau comme une tunique de Nessus.

Tout cela lui valait in fine de solides inimitiés auprès des députés conservateurs, dont 60% ont voté, rappelons-le pour un maintien dans l’UE.

| Q. Et pourquoi Theresa May plutôt qu’Andrea Leadsom ?

Jacques Borde. Parce qu’elle a la stature de la fonction, et une solide expérience à un poste difficile. Or, comme l’a écrit John Rentoul, commentateur de The Independent, « Après l’énorme choc du vote pro-Brexit, le pays a besoin de stabilité et de quelqu’un de compétent et d’habile dans les négociations. Elle (Theresa May) est peut-être ennuyeuse (…) mais quelqu’un d’ennuyeux et de compétent est sans doute ce dont nous avons besoin aujourd’hui ».

Pour la petite histoire, rappelons que Theresa May occupait le poste le plus important au sein du gouvernement après le Prime Minister of the United Kingdom (Premier ministre), le Chancellor of the Exchequer[2] et le Foreign Secretary[3]. Au titre de Home Secretary, Theresa May avait également la haute main sur le MI5[4], le SR responsable de la sécurité intérieure du Royaume-Uni, l’équivalent du FBI et de notre DGSI[5].

À côté de cette femme à poigne, Gove, plus intriguant qu’homme d’État, faisait, de toute façon, petit joueur.

Seul bémol à cet engouement, ceux des Tories pro-Brexit (Th. May, bien qu’eurosceptique, a milité pour rester) qui l’avaient dans le nez. Ainsi Andrea L. Leadsom, qui avait fait campagne pour le Brexit[6], n’a pas manqué d’argumenter que : « Theresa est une candidate remarquable mais le pays a besoin d’être dirigé par quelqu’un qui croit vraiment aux opportunités qu’offrent une sortie de l’UE ».

| Q. Et, à propose du Brexit, May pourrait-elle retourner sa veste ?

Jacques Borde. Je ne crois pas. « Brexit signifie Brexit », a-t-elle déclaré et répété à plusieurs reprises. « La campagne a été menée, le vote a eu lieu, le taux de participation a été élevé et le peuple a rendu son verdict ».

Donc à moins d’une crise de sarkozyte aiguë pas de risques. Au pays de l‘Habeas corpus, on a, jusqu’à présent en tout cas, toujours été plus respectueux des gens que dans le nôtre. Tant mieux pour les Britanniques !

| Q. Sinon, vous avez l’air de dire que les Anti-Brexits ne sont pas aussi démocrates qu’ils le prétendent ?

Jacques Borde. Je n’en ai pas l’air. Je le dis ! Et je ne suis pas le seul. C’est Jacques Sapir qui l’écrit, d’ailleurs, beaucoup mieux que moi : « On constate que sur 8 référenda, seuls 2 ont été respectés. La pratique de l’Union européenne, et des gouvernements dans le cadre de cette Union européenne, se révèle donc largement anti-démocratique puisque remettant en cause dans 75% des cas un vote démocratiquement exprimé »[7].

Et ne parlons même pas de ces obligations de tout revoter – jusqu’à ce que le vote leur convienne, là, on arrête tout – l’air pipo andante que nous jouent depuis des lustres les eurocrates. Parlons simplement de ceux au cours desquels les électeurs ont été envoyés se faire voir :

– France, 2005, Constitution européenne (TCE), rejet à 54,9% : Résultat ignoré.

– Pays-Bas, 2005, Constitution européenne (TCE), rejet à 61,5% : Résultat ignoré.

– Grèce, 2015, Diktat des créanciers, rejet à 61,3% : Résultat ignoré.

Pour certains, visiblement, la démocratie ne s’use que si l’on s’en sert !

| Q. À propos du Brexit et de ses conséquences économiques, vous croyez que les choses vont se tasser ?

Jacques Borde. Normalement, oui. Notez d’ailleurs que ce sont les (mauvais) perdants qui  jouent sur la peur et fantasment sur un chaos économique qui n’arrive pas.

Si vous prenez les gens sérieux, comme le président du groupe Eurotunnel, Jacques Gounon, celui-ci a rappelé que la concession du Tunnel sous la Manche est régi par un traité international signé entre deux États souverains et n’a donc pas aucun lien avec l’Union Européenne. « Le trafic ne devrait en aucun cas être affecté par le référendum britannique et les prévisions de croissance demeurent sensiblement les mêmes. La vocation d’Eurotunnel, qui est de proposer une offre de transport performante et compétitive, n’est en rien remise en cause par la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union Européenne ».

De son côté, la présidente d’ETHIC[8] Sophie de Menthon, d’écrire que « Nombreux sont les chefs d’entreprises d’ETHIC qui ne sont pas réellement inquiets des possibles répercussions qu’entraînera la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Il n’y a, pour eux, “aucune panique à avoir” ».

Et, bien sûr, ce ne sont là que deux exemples parmi d’autres…

| Q. Comment les choses pourront-elles se mettre en place : le Brexit bien sûr ?

Jacques Borde. Contrairement aux oukases de nos eurocrates, au rythme choisi à… Londres et non à Bruxelles. Interrogée sur ITV, Theresa M. May a estimé que le pays avait besoin de davantage qu’un Premier ministre simplement pro-Brexit. « Nous avons besoin de quelqu’un qui saura construire sur l’héritage de David Cameron »[9]et parlera à tout le pays.

Un avis partagé par l’actuel ministre des Affaires étrangères, Philip Hammond, qui a affirmé que « Ce ne serait pas dans l’intérêt du Royaume-Uni d’invoquer dès maintenant l’article 50 » du Traité de Lisbonne. Ce sera au « nouveau Premier ministre » d’en prendre l’initiative.

Donc rien de négociable avant.

Concernant plus précisément les négociations avec l’UE, Theresa May a répété que même si elle a admis que « Le Brexit nous a envoyé le message clair que nous ne pouvons pas laisser la liberté de circulation continuer comme avant »[10], si elle est désignée, elle ne comptait pas enclencher l’article 50 avant la fin de l’année, car, dit-elle, « Il est important que nous trouvions le bon accord sur le contrôle de la liberté de circulation mais aussi pour le commerce de biens et services »[11].

| Q. Sur ce point qui la soutient ?

Jacques Borde. À ce stade, les opinions restent partagées. Les durs du Brexit s’en méfient encore. Ainsi, Nigel Farage a estimé, parlant de Andrea J. Leadsom, qu’il est « important que le prochain Premier ministre soit une Brexiteuse, elle a mon soutien ». Mais Leadsom, c’est du passé et May saura rallier les hésitants une fois posée à Downing Street. En fin de compte, personne n’a ni envie ni intérêt à jouer les prolongations.

End of the game ! Ou début du suivant, c’est selon…

Notes

[1] Plus communément appelé Home Secretary. Le ministère de l’Intérieur.

[2] Le Chancelier de l’Échiquier, le ministre des Finances.

[3] Titulaire des Affaires étrangères.

[4] Pour Military Intelligence, section 5.

[5] Direction générale de la Sécurité intérieure, remplace la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), née en 2008 de la fusion de la Direction de la Surveillance du territoire (DST) et de la Direction centrale des Renseignements généraux (DCRG).

[6] À noter que cette pointure de la Finance a longtemps été chez Barclays, donc une économiste pro-Brexit.

[7] http://russeurope.hypotheses.org/5071.

[8] Entreprises de taille Humaine Indépendantes & de Croissance.

[9] ITV (3 juillet 2016).

[10] ITV (3 juillet 2016).

[11] ITV (3 juillet 2016).

[12] Premier ministre.

Consulter aussi

Russes et Serbes : Histoire d’une véritable fraternité slave

L’amitié entre Russes et Serbes n’est pas un vain mythe. C’est une réalité spirituelle, culturelle …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

The cookie settings on this website are set to "allow cookies" to give you the best browsing experience possible. If you continue to use this website without changing your cookie settings or you click "Accept" below then you are consenting to this.

Close