Accueil ACTU Monde Guerre d'attrition Vs Guerre totale : Quelle cartes pour Moscou & ses alliés ?

Guerre d'attrition Vs Guerre totale : Quelle cartes pour Moscou & ses alliés ?

Dans un environnement plus que délétère, les Vozdushno-Kosmicheskiye S’ily (VKS)[1] poursuivent (enfin) implacablement la lie takfirî sous toutes ses formes. Mais, il n’y pas que la force brute & nécessaire, il y aussi des voisins pas souvent très clairs sur le sujet…

« Ni oubli, ni pardon, ni reconnaissance diplomatique, ni négociations. Destruction du pseudo-État islamique. Totale. Partout. Maintenant ».

T… une amie sur la Toile, à propos de Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)[2]; ou lorsque ce qui se conçoit clairement s’énonce de même.

| Q. Que pensez-vous de ceux qui haussent le ton vis-à-vis de Riyad et de son rôle dans la région ?

Jacques Borde. Si vous voulez parler de ce qu’aurait récemment déclaré l’ancien Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, lorsqu’il affirme que « l’Arabie Séoudite est la source du terrorisme, et devrait être placée sous tutelle internationale »[3]. Je pense qu’il s’agit d’une piste effectivement à creuser. Même si Maliki met la barre assez haut.

Sans compter que viennent s’ajouter aux dossiers irakien et syrien, la sanglante via factis mise en place au Yémen par l’administration Salmān.

À un moment, il va bien falloir en ramener quelques-uns à la raison…

| Q. Et, côté séoudien, à qui pensez-vous ?

Jacques Borde. Clairement, ceux qui conduisent la barque à Riyad ne sont pas légions ; donc, dans l’ordre, citons :

1- SM le roi d’Arabie Séoudite, Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd[4],

2- son ministre des Affaires étrangères, Adel Ibn-Ahmed Al-Jubeir,

3- last but not least, le ministre séoudien de la Défense, Mohamed Ibn-Salmān Āl-Séʻūd, dit MBS. L’homme porte un fardeau (donc les responsabilités et les erreurs qui vont avec, désolé) assez lourd : ministre de la Défense depuis le 23 janvier 2015 ; vice-prince héritier du Royaume ; second vice-Premier ministre depuis le 29 avril 2015 ; président du Conseil des affaires économiques & du développement. Et je dois bien oublier un truc ou deux !

Depuis le temps que l’a-communauté internationale appelle à la raison (lorsque ça n’est pas à son départ) le président syrien, le Dr. Bachar el-Assad, n’est-il pas temps de se pencher sur le turbulent royaume du Hedjaz et ses mauvaises manières géostratégiques ?

| Q. Et la proposition de Maliki est réaliste selon vous ?

Jacques Borde. En l’état des lieux : non. Et c’est dommage.

| Q. Et pourquoi non ?

Jacques Borde. Tout simplement, parce que le maître du bal reste Washington. Et qu’à moins d’un miracle en novembre, la capacité des États-Unis à évaluer la situation et à prendre les bonnes décisions – trente ans de politiques levantino-orientales et plusieurs millions de morts[5] en ont administré la preuve – avoisine le zéro.

Comme l’a, assez justement, rapporté Maliki, « ...les États-Unis ont mal lu les développements dans la région ; notamment ils ont pensé que la Syrie de Bachar el-Assad tomberait en un mois ou deux. Quand j’étais Premier ministre, je les ai avertis qu’ils ne pourront pas renverser le régime syrien. Mais les États-Unis  étaient soumis à la pression séoudienne et ce dans le cadre de leur relation bilatérale (…) à laquelle ils y tenaient en raison de leurs intérêts communs stratégiques. Et donc, les États-Unis ont soutenu la demande séoudienne pour adopter une résolution au Conseil de sécurité pour attaquer la Syrie. Sauf que les veto de la Russie et de  la Chine ont empêché cette résolution de voir le jour ».

| Q. Pour vous, jamais les États-Unis n’ont voulu entendre la voix de la raison ?

Jacques Borde. Non. Mais, c’est même pire que ça : jamais ils n’ont jamais voulu entendre d’autre son de cloches que celles sonnant à Riyad, si je puis dire dans la mesure où il n’y a pas de cloches sous l’azur séoudien, le Royaume interdisant la pratique d’autre culte que le wahhabisme.

Et Maliki de poursuivre : « …à vrai dire, les États-Unis n’ont pas compris les questions irakienne et syrienne. Ils n’ont tenu compte de nos avertissements que plus tard. Et je me souviens j’étais particulièrement sévère à l’égard de l’Arabie Séoudite que j’ai qualifié de  foyer qui donne naissance  à des organisations terroristes. Et même quand ils m’ont demandé  quelle était la solution ? je leur ai dit que l’Arabie Séoudite ne peut pas  régler ses propres problèmes, elle est devenu la source du terrorisme, et donc la seule solution est de la mettre sous tutelle internationale ».

Sans aller jusque-là, sommer l’administration Salmān de revoir sa copie et la mettre sous menace de saisie de ses avoirs, pourrait l’amener à résipiscence. Rappelons que l’idée n’est pas, non plus, de lui demander de se tirer une balle dans le pied, mais d’obtenir d’elle qu’elle cesse de se mêler des affaires géostratégiques de ses voisins.

| Q. Et ça ne serait pas, en l’espèce, risquer de déstabiliser le royaume ?

Jacques Borde. Pas nécessairement, il s’agit plus d’associer le royaume à ce qui serait un sort de new deal régional. En tenant compte des sensibilités et des craintes séoudiennes. Ce que n’ont absolument pas fait les États-Unis dans leur accouchement aux forceps du traité nucléaire avec l’Iran.

| Q. Qui pourrait conduire cette affaire ?

Jacques Borde. Pour l’instant, je dirais : personne ! Sauf que les Séoudiens sont tout ce qu’on voudra sauf des imbéciles : à voir Iraniens, Turcs et Russes se rabibocher, qui sait s’ils ne voudront pas, déçus qu’ils sont par l’administration Obama, se joindre à la partie. Ce qui, pour le cas, serait une excellente chose.

Reste l’hypothèse de novembre…

| Q. Quid ?

Jacques Borde. L’arrivée du Jacksonien Trump à la Maison-Blanche. Lui se dit prêt à discuter de tout avec tout le monde ! Notez qu’à propos du traité avec l’Iran, il a parlé de le renégocier et non de le mettre à la corbeille comme la fouteuse de guerre (sic) Clinton.

| Q. Vous n’avez pas complètement répondue à ma question quid d’une administration Salmān fragilisée ?

Jacques Borde. Plusieurs choses, en fait :

1- je crois l’administration séoudienne, qu’elle soit de Salmān ou de quelqu’un d’autre, plus assise qu’on le croit. Vous savez : ça fait trente ans que j’entends des auspices variés m’annoncer sa chute à intervalle régulier…

2- ne pas faire comme Obama et sa fine équipe : ne pas humilier les Séoudiens et encore moins leur faire perdre la face.

3- l’homme clé du régime, c’est bien sûr Mohamed Ibn-Salmān Āl-Séʻūd, dit MBS. L’homme est remarquablement intelligent et il a plein d’idées novatrices pour le royaume.

Aidons-le à les mettre en œuvre. Mais à certaines conditions. Dont la première : cesser de mettre son nez dans les affaires de ses voisins.

En clair, il ne s’agit nullement de mettre le royaume à genoux ou en coupes réglées (on a vu ce que ça a donné en Irak) mais de lui proposer une autre voie. Essentiellement moins guerrière.

| Q. Quid des Russes, sur ce terrain, ils ont leur mot à dire ?

Jacques Borde. Oui, plus qu’on le croit. Je rappelle que les Russes viennent de remporter un vaste contrat militaire avec Riyad. Là, non plus, même si le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï V. Lavrov, n’est assurément pas une flèche, Moscou ne manque pas d’entregent auprès de Riyad.

| Q. Quid des accusations de l’équipe Trump quant à la paternité effective des USA dans l’éclosion de DA’ECH ?

Jacques Borde. Ah, ah, l’intéressant débat qui a mis le feu à la Toile ! J’en tirerai plusieurs leçons :

1- Quant à la responsabilité des administrations Obama, Trump n’a jamais fait que reprendre à son compte des éléments déjà publiés et repris depuis des années. Quid novi sub solem, alors ? Le fait que le vecteur soit Donald J. Trump lui-même et la cible dans son HUD[6] de chasseur en maraude, Hillary R. Clinton.

2- Mettons que Trump soit un âne et n’y connaisse rien ! Ça n’est assurément pas le cas de certaines de personnes auprès de qui il prend conseil. Je pense là notamment au lieutenant-général Michael Flynn, ancien patron de l’Agence du renseignement militaire (DIA)[7].

3- Un autre voix qui y connaît quand même quelque-chose en matière de guerre asymétrique au Levant, a repris la balle au bond. Qui ? Le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallâh : Cf. « Ce sont eux qui le disent et le révèlent… ce sont les Américains avec l’aide de leurs alliés régionaux, dont l’Arabie Séoudite qui les ont créés et fabriqués de toute pièce pour affronter l’axe de la Résistance ».

4- Dans savolonté de noyer le bébé avec l’eau du bain, le camp démocrate a retourné le compliment en accusant Trumpt d’être le géniteur, par ses propos, d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH). La posture est osée. Elle est aussi maladroite et absurde.

| Q. Et pourquoi cela ?

Jacques Borde. Primo, parce que (et on le lui reproche assez) Trump n’a jamais été aux affaires. Alors que le couple Cinton, oui. Voir les exploits de la bougresse sur Benghazi. Du coup, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité !

Secundo, si Clinton avait, simplement, affirmé que l’Amérique n’avait eu aucune part dans l’apparition de DA’ECH, l’argument eu été défendable malgré tout. Là que fait l’équipe de Mme. Clinton : elle ne nie pas farouchement que les Américains n’ont rien à voir dans cette affaire, ce qui pourrait se concevoir ou se plaider ? Elle prétend que ce sont d’autres Américains que son propre camp. C’est pas moi, M’sieur : c’est eux ! Stigmatisant de gens qui n’ont pas gouverné le pays. C’est un gag ! Mais pas seulement, ce disant, elle admet l’implication des États-Unis en tant qu’entité juridique dans cette affaire. Pas très futé.

Mais le plus affligeant dans cette affaire c’est l’attitude des media nord-américains qui ont perdu tout sens critiques et déontologie et qui, quoi qu’elle dise, quoi qu’elle fasse, servent la soupe à l’ex-US Secretary of State. Et multiplient le Trump bashing.

Notes

[1] Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

[2] Ou Forces aérospatiales russes. Créées le 1er août 2015 suite à la fusion de la Voïenno-vozdouchnye sily Rossiï (VVS, armée de l’Air) avec les Voïenno Kosmicheskie Sily ou (UK-VKS,Troupes de défense aérospatiale.

[3] Al-Alam (14 août 2016).

[4] Khādim al-Ḥaramayn al-Sharifayn ou gardien des deux Saintes mosquées, La Mecque et Médine.

[5] Le seul embargo génocidaire imposé à l’Irak aurait fait 1.500.000 victimes, dont 500.000 enfants.

[6] Head Up Display ou Viseur Tête Haute, équipe tous les appareils de combat moderne.

[7] Plus précisément directeur de la DIA entre 2012 et 2014, favorable à une coopération avec Moscou en matière de sécurité internationale, brusquement parti à la retraite (sic) en août 2014, un an avant l’expiration officielle de son mandat.

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