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Putsch raté en Turquie : quelles conséquences ?

Qui étaient les responsables de la tentative de coup d’État en Turquie ? Les partisans de Fethullah Gülen, conservateurs musulmans tournés vers l’Occident ? Les nostalgiques de Mustafa Kemal Atatürk et du général Evren, attachés aux six « flèches » constitutives de l’État turc moderne (républicanisme, populisme, laïcité, réformisme, nationalisme et étatisme) ? Au fond, tout cela n’importe pas vraiment à Recep Tayyip Erdoğan, décidé à purger l’État turc de tous les éléments qu’il juge séditieux. S’il a accusé le mouvement Gülen d’être à l’origine du putsch, c’est d’abord pour s’éviter une crise dans la crise, tant certains Turcs gardent une sympathie profonde pour la figure d’Atatürk. Signe des temps, le basculement de la Turquie vers un régime islamiste assumé démontre un phénomène général. Les nationalismes orientaux s’effondrent mécaniquement. On aurait pu penser que la Turquie y résisterait. Ce n’est pas le cas.

Depuis le 15 juillet, date de l’échec du coup de force militaire, des dizaines de médias ont été fermés (trois agences de presse, 45 journaux, 16 chaînes de télévision, 23 stations de radio, 15 magazines et 29 maisons d’édition), 150 généraux ont été limogés (parmi lesquels İhsan Uyar, chef de l’armée de terre, et Kamil Başoğlu, chef des entraînements et de la doctrine de commandement), 1.099 officiers ont été exclus de l’armée, plus de 15.000 personnes ont été placées en garde à vue et des milliers de professeurs ont été mis au chômage.

Pour se prémunir d’éventuels mauvais jugements de ses précieux alliés européens, Erdoğan s’est adjoint les services d’« experts » du Conseil de l’Europe après avoir annoncé qu’il dérogerait à la Convention européenne des droits de l’homme. De quoi satisfaire l’Organisation des nations unies ou l’inénarrable Thorbjørn Jagland, secrétaire général du susmentionné Conseil de l’Europe.

Comme le rappelle Caroline Galactéros dans Le Point, le déclin des kémalistes a commencé dès les années 2000, quand le Conseil national de sécurité turc s’est vu privé de tout pouvoir, sur demande des institutions européennes qui en avaient fait une exigence dans le processus d’adhésion de la Turquie ! Désormais, l’islamisme règne en Turquie, point nodal de la reconfiguration du Moyen-Orient. Pourtant, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, n’en a cure. Pour l’homme, habitué à rencontrer des « dirigeants d’autres planètes » lorsqu’il a bu un coup de trop, il ne faudrait surtout pas rompre les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union. Selon ce mondialiste patenté, une telle décision constituerait une « grave erreur de politique étrangère ».

Comment peut-on s’aveugler à ce point ? La Turquie n’est pas un pays européen. Il faut justement se mobiliser pour que ses ressortissants ne puissent pas circuler librement sur le continent. Les démonstrations de soutien au régime d’Erdoğan, vues à Strasbourg ou à Cologne, où des milliers de Turcs ont manifesté dans les rues, témoignent d’une politique de conquête qui se cache à peine. Quant à l’accord négocié sur la question migratoire, il est aussi inutile que contre-productif. L’Europe doit fermer ses frontières extérieures et laisser ses États membres restaurer leurs frontières intérieures. Seuls moyens efficaces de lutter contre l’invasion.

Heureusement, quelques pays lucides subsistent. Hans Peter Doskozil, ministre de la Défense autrichien, a comparé la Turquie à une « dictature » et a déclaré : « Le temps est venu […] de dire clairement que les négociations avec la Turquie doivent être suspendues ou s’arrêter. » Nous n’avons pas à pratiquer de droit d’ingérence en Turquie, mais simplement à bâtir une frontière civilisationnelle étanche entre eux et nous.

Gabriel Robin

Boulevard Voltaire

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