Accueil ACTU Monde Incongruités & Oeillières occidentalo-centrées…

Incongruités & Oeillières occidentalo-centrées…

Boum-boum-badaboum ! Les trois âniers de l’Apocalypse anti-syrienne ont frappé & (du moins à les entendre) bien frappé. Il s’agissait (encore à les entendre) de faire payer au méchant régime de Damas (sic) de bien contre-productifs errements chimiques sur l’ultime fief takfirî de la Ghouta orientale. Damas Vs une communauté internationale (sic) réduite au seul (vieux) couple adultérin anglo-saxon & à sa Marianne, en quelque sorte. Après, comment s’étonner du peu d’entrain suscitée par cette énième via foedi encore une fois ad usum saudi au Levant ?

Q. Quid de nos prétextes pour s’en prendre à la Syrie ? Êtes-vous convaincu ?

Jacques Borde. Pas le moins du monde, en fait. L’administration Macron, engluée dans ses grèves et dans la Tartarinade de la (non)évacuation de Notre-Dame-des-Landes, avait, de toute évidence, plus que besoin de se refaire une santé géopolitique. Ce sont les Syriens, une fois encore, qui auront fait les frais de cette pantomime si maladroitement écrite et, semble-t-il, plutôt mal exécutée.

Q. Et vous continuez à nier l’existence et la nature même des frappes chimiques attribuées à Damas ?

Jacques Borde. Oui, tout à fait. En l’espèce, je refuse de croire en ce qui n’a jamais existé. C’est aussi simple que ça…

Q. Mais le Département d’État

Jacques Borde. Pfff. Tout ce qu’aura pu nous dire, le 13 avril 2018, la gracieuse Under Secretary of State for Public Diplomacy & Public Affairs et Spokesperson for the US Department of State, Heather A. Nauert1, c’est que « Oui. Nous savons qu’il n’y a que certains pays comme la Syrie qui ont les moyens adéquats et ce type d’armes (…). L’attaque a eu lieu samedi et nous savons avec certitude qu’il s’agissait d’une arme chimique ».

Mais, car il y a un mais et un gros, Mme. Nauert s’est hâté de préciser qu’il n’était « pas question de rendre » ces preuves publiques, expliquant que les États-Unis avaient leurs « propres sources » et qu’un « tas de ces choses sont classifiées ». Quod erat demonstrandum, comme disent les latinistes2 !

À rappeler que, le 12 avril 2018, lors d’un hearing au Congrès, où se parjurer ou égrainer des forgeries peut vous mener tout droit derrière les barreaux d’un pénitencier fédéral, le US Secretary of Defense, le général (Ret) James Mad Dog Mattis3, avait admis ne pas avoir de preuves sur l’implication de l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)4 dans la supposée attaque chimique de la Douma. Également à noter que le site de Barzeh avait été blanchi de toute activité chimique non conforme par le très sérieux Organisation for the Prohibition of Chemical Weapons (OPCW), le 22 novembre 2017. Alors…

Q. Rien ne vous agrée en cette affaire ?

Jacques Borde. Si, une seule. Nous avions, nous Français, des missiles surface/surface à tester pour de vrai. C’est désormais chose faite ! Mais pas avec le succès attendu semble-t-il…

Q. Quel missile au juste ?

Jacques Borde. Le Missile de croisière naval (MdCN), dérivé du SCALP emporté par les Rafale et les Mirage 2000D de l‘armée de l’Air.

Nos excellents confrères de Opex360.com nous apprennent que « D’une longueur de 7 mètres (avec booster) et d’une masse de 1,4 tonnes, le MdCN peut voler à la vitesse de 1.000 km/h. Sa portée est estimée à plus de 1.000 km. Il est doté d’un système de ciblage GPS, et d’une centrale inertielle. Évoluant à très basse altitude, il utilise un autodirecteur infrarouge pour reconnaître sa cible et se guider vers elle avec une ‘précision métrique’ »5.

Q. Mais il s’agissait d’une frappe à trois ?

Jacques Borde. Oui, mais une union de raison plus que de sentiments. Et pour des raisons diamétralement opposées. Le Premier ministre britannique, Theresa M. May6, brexito-plombée aux entournures, devait redorer son blason face aux Chambres. Teflon Trump, lui, avait, impérativement, pour devoir de montrer de quel bois son administration se chauffait avant de se retirer en bon ordre de cette partie du Levant où, à son idée, elle n’a plus grand-chose à espérer, sauf à y risquer la peau de forces spéciales prépositionnées un peu imprudemment. Boum-boum-badaboum ! L’America First a fait la démonstration urbi et orbi ses capacités de frappes.

Mission accomplie, verbatim Trump.

Q. Mais, rassurez-moi, nous sommes bien dans le même camp que les États-Unis ?

Jacques Borde. Oui et non.

Oui, dans la mesure où nous venons de choisir le même adversaire pour affirmer la personnalité de nos administrations respectives.

Au-delà, la question peut légitimement être posée. Quelque part, on peut même parler d’agendas divergents ou de contradictions franco-américaines.

Q. Lesquelles ?

Jacques Borde. Notamment celle que note le Pr. Jean-Pierre Filiu7 lorsqu’il écrit que « La dimension la plus préoccupante de l’opération du 14 avril réside cependant dans la divergence flagrante entre les buts que se sont publiquement assignés Paris et Washington. Le président Trump, au-delà de la scandaleuse indécence de ses tweets, campe toujours sur une ligne de désengagement du théâtre syrien, voire du Moyen-Orient en général. Quatre mois après avoir reconnu Jérusalem capitale d’Israël, il a le front d’affirmer que le sort de la région doit revenir aux peuples concernés. Il magnifie dans la foulée la portée du raid très limité qu’il avait ordonné en avril 2017, affirmant contre toute évidence avoir alors détruit ‘20% de l’aviation syrienne’. Ce raid avait pourtant eu si peu d’impact qu’il n’avait même pas dissuadé le régime Assad de continuer d’utiliser l’arme chimique »8.

En revanche, de notre côté de l’Atlantique, « L’Élysée se réclame en revanche d’une démarche bien plus ambitieuse, où la sanction de l’usage de l’arme chimique doit s’accompagner de la garantie de l’accès humanitaire aux zones assiégées, puis de la mise en œuvre d’une authentique transition politique. De tels objectifs, aussi louables soient-ils, peuvent très difficilement être atteints sans un engagement substantiel des États-Unis, un engagement que l’inscription des frappes dans la durée aurait peut-être pu entraîner. Or, les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’après-14 avril en Syrie a toutes les chances de ressembler à l’avant, avec une Russie compensant son ‘humiliation’ symbolique par un soutien encore plus déterminé au régime Assad »9.

Bla, bla, bla ! Mais, au-delà, sommes-nous du même côté de la même barricade ? Sérieusement, posons-nous la question…

Q. Mais, pourquoi sommes-nous si perdus lorsque nous nous aventurons en cet Orient compliqué ?

Jacques Borde. Principalement, en raison de l’analphabétisme géopolitique et géostratégique de la plupart de nos intervenants, même si, bien sûr il existe d’éblouissantes exceptions, mais peu écoutées généralement.

Nous vivons, intellectuellement parlant, pieds et poings liés par un environnement politico-médiatique incapable d’évoluer et de s’adapter. Sommairement formatés par des universitaires d’une médiocrité avilissante et lobotomisés par une ENA sclérosée de naissance et pataugeant dans un Orient fantasmatique, comment voulez-vous que ceux qui se retrouvent aux commandes soient à la hauteur des enjeux ?

En fait, d’une manière générale, nous avons une appréciation erronée de ce que sont les groupes armés, les factions, les partis. Et jusqu’aux combattants, dont nous sommes incapables de dire qui ils sont, d’où ils viennent et quel est leur réel substrat idéologique. Je vous parle là de ceux qui s’opposent (à nous et/ou entre eux) en Irak et en Syrie . Ne serait qu’en raison des problèmes de langue et d’histoire…

Q. De quelle manière ?

Jacques Borde. Oh, c’est simple, ou plutôt compliqué, en fait.

Prenez le terme le plus connu pendant des décennies, Fedayin. Terme qui a toujours servi à nommer les combattants palestiniens. En fait, il s’agit du terme fida’in, qui est le pluriel de fidai, qui étymologiquement ne signifie pas stricto sensu combattant, mais celui qui se sacrifie en vue d’obtenir la fida, la rédemption10. En fait, comme en Occident, une large partie du langage militaire dérive en droite ligne du langage religieux.

En fait le couple fida-fida’in est le nom officiel de ceux que nous appelons les Hashishin, qui sont des Ismailiens nazirites, dogmatiquement des chî’îtes septimains. En fait, le groupe sectaire fondé à la fin du XIe siècle par Hassabn Ibn-Sabbah, dont le fief sanctuarisé11 était la citadelle d’Alamût, un piton rocheux quasi inexpugnable.

Quant au terme Hashishin qui leur était accolé, il n’a absolument rien à voir avec l’assassinat et/ou le hashih.

L’erreur vient du fait que Hashishin signifie de manière littérale, aussi insignifiant que l’herbe, donc une personne de basse extraction ou de basse moralité. En clair. de très sales types pour leurs ennemis ou victimes.

Q. Pourquoi recourir à ce terme de fida’in ?

Jacques Borde. En raison de sa valeur ajoutée. Parce que les Fida’in (ou hashishin donc) étaient le must en matière d’activisme, « des intellectuels de très haute volée », nous dit Philippe Bondurand12, qui rappelle que « les sources de l’époque insistent surtout sur leur maîtrise de la taqîya13 étroitement liée à la culture de la secte. On vante le dons des hashishins pour les langues, leur connaissance des cultures régionales, leur savoir théologique surtout. C’est en se faisant passer pour un soufi, sorte de sage mystique musulman qu’un fidai réussit à s’infiltrer dans l’entourage de Nizam al-Muk pour le tuer. Cette connaissance s’étend bien au-delà des infinies variétés de l’Islam : c’est en parfaits connaisseurs de la foi chrétienne que les pseudo-moines sont réputés endormir Conrad de Montferrat »14, proprement trucidé à Tyr en 1192.

Fait d’armes (sic) qui assurera leur réputation en Occident. Mais pas certain qu’ils en soient, pour autant, les responsables. Conrad avait beaucoup d’ennemis.

Comme le rapporte Philippe Bondurand, « … Conrad de Montferrat apparaît plus nuisible pour Richard Cœur-de-lion que pour les Ismaéliens avec qui il commerçait, ou même pour Saladin avec qui il vient de signer la paix. Richard sera d’ailleurs accusé d’avoir trempé dans l’assassinat, ce qui lui vaudra en 1192, à son retour de croisade, d’être arrêté et emprisonné par Léopold V, duc d’Autriche, le cousin de Conrad » 15.

Et de nous fournir la trame de la série de films consacré à ce roi et son féal, Robin des Bois ! Un modèle (sic) pour ceux qui guident si maladroitement nos pas au Levant ? Qui sait !…

Notes

1 Ex-journaliste vedette d’ABC et de Fox News.
2 En français CQFD.
3 Contrairement aux fantasmes colportés par les Démocrates et leurs relais divers et variés, Mattis est considéré comme un intellectuel par ses pairs, notamment en raison de sa bibliothèque personnelle comptant plus de 7.000 volumes. Il a toujours avec lui, lors de ses déploiements, un exemplaire des Pensées pour moi-même de Marc Aurèle. Le major-général Robert H. Scales le décrit comme « … l’ un des hommes les plus courtois et polis que je connaisse ».
4 Ou Armée arabe syrienne.
5 Opex360.
6 Qui fut une aussi redoutable que discrète Secretary of State for the Home Department. Autrement dit la patronne du Renseignement intérieur britannique.
7 Professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po (Paris). Il a aussi été professeur invité à Columbia (New York) et Georgetown (Washington).
8 Trop peu, trop tard en Syrie ? .
9 Trop peu, trop tard en Syrie ? .
10 Ou qui se rédime, pour passer dans un registre plus biblique.
11 Tiens, encore un terme militaire issu du champ religieux…
12 In Hashishins : Sous la cape, le poignard. Guerre & Histoire, n°38, p.64-68 (août 2017).
13 Pan de la doctrine, que l’on traduit par dissimulation, auquel, à titre personnel, je préfère celui d’occultation.
14 In Hashishins : Sous la cape, le poignard. Guerre & Histoire, n°38, p.64-68 (août 2017).
15 In Hashishins : Sous la cape, le poignard. Guerre & Histoire, n°38, p.64-68 (août 2017).

 

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